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Un équilibre sur les cimes

Karine Moix a découvert la montagne tardivement avant d’en devenir accro. De retour d’un trek humanitaire dans l’Himalaya, la Vaudoise garde une cabane avant de repartir pour son périple. Portrait d’une femme au grand cœur.

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Olivier Maire
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Sylvain Bolt
24 août 2018

Le brouillard se lève sur le massif des Muverans et l’hélico parvient de justesse à amener le dernier des cinq sacs de 700 kg. Karine Moix (43 ans)dirige les opérations en cette journée de ravitaillement à la cabane de la Tourche (VD), qui culmine à 2200 m d’altitude. Tout doit être prêt dans quelques jours, pour l’ouverture de la saison. Sous ses ordres, deux amis fidèles sont venus lui donner un coup de main, dont Félix, la soixantaine, bon vivant et espiègle. «On doit faire gaffe de pas faire de conneries, sinon elle nous engueule!»

Une femme de caractère

Karine Moix, gardienne de la cabane, a un fort caractère et une autorité naturelle – «Il en faut pour s’affirmer en tant que femme ici!» – forçant l’admiration de son ami Félix. «Elle est toujours souriante, chaleureuse et bien habillée dans son costume traditionnel pour accueillir ses hôtes.»
Loin des clichés du farniente estival, le gardiennage de cabane est un métier exigeant. Karine Moix en sait quelque chose: elle attaque sa huitième saison à la Tourche, qui offre une vue imprenable sur le Mont-Blanc. De juin à mi-octobre, elle gère seule la vie là-haut, avec 55 lits et un service de restauration. «Il ne faut pas avoir peur de bosser de 5 h à 21 h tous les jours.» Parfois le week-end, son compagnon Patrick, membre du Club alpin suisse de Saint-Maurice qui a reconstruit la cabane en 2011, vient l’aider. La vie en cabane, c’est aussi savoir gérer la solitude. «Les gens idéalisent. Mais je n’ai pas beaucoup d’occasions de faire des sorties en montagne.» Pour déconnecter, elle fait parfois quelques pas pour rejoindre le lieu-dit de la Croix de Javerne. «De là-haut, je ne vois pas la cabane et le coucher de soleil est splendide.»
Rien ne laissait présager son destin de montagnarde. Née en Bourgogne, elle débarque en Suisse à 20 ans pour travailler comme saisonnière aux Collons (VS). Elle qui ne connaissait rien à la montagne découvre l’existence d’un baudrier et est initiée à la peau de phoque par son premier compagnon, guide de montagne. Premier 4000 à 25 ans avec la Dent-Blanche, puis le Cervin et un voyage de deux mois seule en Himalaya, en 2000, qui ne sera pas le dernier. Devenue accro à la montagne, Karine Moix se lance comme aide-gardienne à la cabane des Dix vers 30 ans – «un bon apprentissage» – avant de reprendre le gardiennage de celle du Vélan, en dessus de Bourg-Saint-Pierre (VS). Puis elle découvre la Tourche. «Quand j’ai vu l’endroit, je suis tombée amoureuse.»
Le terrible tremblement de terre qui frappe le Népal en 2015 va bouleverser son existence. Une avalanche emporte le village de Tsumo, sa meilleure amie rencontrée lors d’un de ses nombreux voyages. «Lorsqu’elle est partie, j’étais à plat. Il fallait que je fasse quelque chose.» Elle décide de trouver une raison d’être au lieu de céder au découragement et fonde une association pour reconstruire des écoles, financer des enseignants népalais et parrainer les enfants orphelins. Sur place, l’organisation est difficile. «Parfois, les porteurs ne sont pas là au rendez-vous et l’hélico a mis un mois pour venir.»

Traversée du Népal

Cette année, elle a décidé de se lancer dans le Great Himalaya Trail ou la traversée du pays, 1700 km de sentiers entre 2000 et 6000 m d’altitude en six mois environ. A chaque tronçon, elle marcherait pour une association différente, dont la sienne, pour soutenir tous les projets sur place. Elle vient de rentrer de la moitié de l’aventure, éprouvante tant sur le plan mental que physique. Mais même les «dzouga» – ces moustiques suceurs de sang – et les journées de 11 h de marche n’auront pas eu raison de sa motivation. La joie des enfants pour de simples petits cadeaux lui ont donné la force de continuer malgré les difficultés. «Il y a de l’amour qu’on ne trouve pas en Suisse.»
Ces voyages au Népal lui apprennent à relativiser et elle se révolte en évoquant les visiteurs de la cabane se plaignant du manque de confort. «J’ai le même enthousiasme depuis neuf ans. Même si j’en ai ras le bol à la fin de la saison.» Mi-octobre, un jour après avoir fermé la cabane, elle repartira aider son pays et ses enfants de cœur. «Tout ce que je gagne ici, c’est pour le Népal. Je sais pourquoi je fais mes röstis!» Karine Moix a trouvé son équilibre entre le Népal et sa cabane.
Son bonheur se trouve en altitude. «En plaine, je me sens différente des autres. Ici, je me sens être quelqu’un.»

Son association

Le blog de son trek en Himalaya

Un jour, un mois, 
une année

Les jours en semaine: il y a moins de monde en montagne
Octobre: pour les couleurs automnales
2015: date du tremblement de terre au Népal, ça a bien changé ma vie

Les petites questions de Coopération

  • Votre mot préféré? Santé! Cela veut dire que je suis avec mes amis et qu’on passe un bon moment ensemble autour d’un verre
  • Le désir que vous aimeriez réaliser? Aider le maximum d’enfants à avoir une bonne éducation
  • Votre bruit préféré? Le silence
  • Quel est votre salaire? Juste assez pour vivre et aider le Népal
  • Si vous étiez un animal, lequel seriez-vous? Une marmotte
  • Quelle est la chose qui vous irrite le plus? Les gens trop matérialistes