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PORTRAIT
AVENTURIèRE

Au bout de soi

La Vaudoise Rachel Frei Bandieri revient d’une course en Laponie durant laquelle elle a parcouru, en trois jours et 17 heures, 320 km, sans aucune assistance, et par -10 °C. Extrême.

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Valentin Flauraud
13 mai 2019

Rachel Frei Bandieri pose avec ses deux chiennes, Sparta et Nyx, au pied du Mont-Tendre dans le Jura vaudois.

«Ça doit être de famille», dit-elle. La veille, elle avait fait un tour à vélo de 73 km avec son père âgé de 72 ans. Une broutille. «Il doit y avoir quelque chose de génétique.» Petite, la blonde Rachel Frei Bandieri assure qu’elle était très calme: «Je lisais beaucoup, faisais du cheval et de la danse. Mais rien d’excessif. Je n’étais pas hyperactive.»

A 41 ans, entre son travail à 40% dans le marketing, des conférences sur ses exploits sportifs, du coaching de vie, ses sites, blogs et réseaux sociaux ou elle raconte ses courses, mais aussi des épisodes intimes de sa vie, elle rénove une maison, s’occupe de deux chiennes, d’un chat, d’une jument, tout en préparant ses prochaines courses en Arctique… Ah oui: elle passe aussi du temps avec son chéri qui lui n’est pas plus sportif que cela. Si enfant elle n’était pas hyperactive, il semblerait qu’elle le soit devenue.


Chaque détail compte

Revenons à son dernier exploit: une deuxième place à la Rovaniemi 300 en février dernier en Laponie. Ils étaient quinze au départ, hommes et femmes confondus, dix à l’arrivée dont deux femmes aux deux premiers rangs. Attachée à ses hanches, une luge de 25 kg contenant des vêtements de rechange, réchaud, nourriture lyophilisée et cagoule… que Rachel a traînée derrière elle sur 320 km. Assise au milieu de son matériel, dans une pièce décorée de petits drapeaux de prières tibétains, elle m’explique pourquoi elle a choisi d’emmener tel habit ou un Zippo plutôt que des allumettes… Chaque détail compte: le superflu retarde et fatigue. Un oubli peut être fatal. «Ça arrive qu’il y ait des morts. Avec la fatigue et le froid, on peut avoir des vertiges, des étourdissements, et prendre alors une mauvaise décision.»

Lors d’une précédente course aux Etats-Unis, un participant s’était retrouvé à moitié nu dans la neige, loin de tout. «Quand on a froid, le corps émet beaucoup de chaleur. Comme il avait perdu la notion de la réalité, il s’est déshabillé.» Lorsque les organisateurs l’ont retrouvé – les participants doivent émettre un signal GPS à des points précis – il avait les pieds et les mains gelés. «Il a dû être amputé. Mais il a survécu.»

En harmonie avec la nature

Survivre. C’est certes notre lot à tous, mais avec plus ou moins d’aventures. Rachel Frei Bandieri a choisi de se poser des défis: «Pour voir si j’en étais capable et être fière de moi.» Chacun son truc. Elle ne préconise pas, dit-elle, qu’on l’imite: «Je me suis rendu compte, un peu malgré moi, que ce que je fais parle aux gens. Ils me disent: Ça nous montre que c’est possible. C’est une bouffée d’oxygène. Chacun devrait essayer de faire ce dont il a envie. Qu’y a-t-il d’autre à faire?» Lorsqu’elle marche seule par -10 °C, elle avoue ne penser à rien d’autre qu’à son objectif, et se sentir totalement libre, en harmonie avec la nature. Si elle part marcher avec ses deux chiennes pendant plusieurs semaines, une hiérarchie s’établit entre elles, comme dans une meute. Elle se sent alors à sa place.

Même si elle semble avoir de la facilité dans tout ce qu’elle entreprend, en arriver là n’a pas été facile. Depuis ses 13 ans, cette ancienne inspectrice de police souffre d’anorexie, puis de boulimie. «J’ai tout le temps faim», lance- t-elle à travers un sourire. C’est ce qui l’a amenée au sport: «Pour contrôler. Dès que je mangeais et que je pensais que je n’aurais pas dû, j’allais courir une, deux heures. Pour éliminer, purger.»

Depuis deux ans, elle est débarrassée de son problème. Et ce n’est pas le sport qui l’y a aidé, mais son chat, qui a failli mourir d’un coup de fusil tiré par un inconnu alors qu’ils campaient en Valais. Vous avez bien lu: elle campe avec son chat, entre autres. Il marche aujourd’hui sur trois pattes. La violence et l’injustice de l’accident ont été pour elle un déclic: «J’ai promis de faire ce qu’il faut pour m’en sortir. Ne plus culpabiliser, mais aussi ne plus me poser en victime. J’avais tout essayé: régimes, thérapies… C’est quand j’ai décidé que je n’étais pas anormale que j’ai tourné la page.»

Au volant de son énorme 4×4, avec des cages à l’arrière pour ses deux chiennes, elle raconte sa future aventure: 1000 km en autonomie, en un mois, en Finlande toujours. «Je suis tellement impatiente!» Parfois, le bonheur se lit sur un visage. 

Mini-Questionnaire

  • Y a-t-il une vie après la vie? Oh oui!
  • Une personnalité que vous auriez aimé être? Ella Maillart ou Mike Horn… ou un mix des deux!
  • Votre bruit préféré? Celui des torrents de montagne
  • Votre plat préféré? La pizza maison faite par mon homme
  • Si vous étiez un animal? Une louve