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"Le 1er pas", cinéma vert et engagé

Dans "Le 1er pas", le Vaudois Boris Vonlanthen a filmé les associations et particuliers de sa région engagés pour le développement durable. Comme fil rouge, il a suivi en vidéo sa famille dans les premiers pas de sa transition écologique. Son film sera projeté dans le cadre du Festival du film vert.

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Darrin Vanselow
25 mars 2019

Boris Vonlanthen est certain que changer ses habitudes est à la portée de tous, comme le montre son film «Le 1er pas».

C’était Noël 2017. En emballant les nombreux cadeaux, Boris Vonlanthen a compris que c’était le moment. Le moment ou jamais pour faire ce qu’il appelle son «coming out» de réalisateur et matérialiser cette passion du 7e art présente depuis son enfance, lorsqu’il empruntait la caméra super-8 de son grand-père et se la jouait Spielberg en faisant des remakes de ses James Bond préférés. Les années ont passé et son but a changé, avec un message d’une extrême importance qu’il a voulu faire passer dans un film sans artifices. «Là, à 44 ans, j’avais quelque chose à dire.» Alors, pendant neuf mois, sans budget et sur son temps libre, ce père de trois enfants a filmé la transition écologique entreprise par sa famille pour réduire sa consommation et ses déchets. L’aventure s’est concrétisée par la sortie d’un moyen-métrage de 58 minutes, «Le 1er pas». Celui qu’ils ont franchi, avec la volonté de montrer qu’il est à la portée de tous.

"Le 1er pas" raconte la transition écologique d'une famille suisse

Le film «Demain» (réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent) avait agi comme premier déclic auprès du papa réalisateur autodidacte. «C’était l’un des premiers films positifs sur la thématique du développement durable, mais assez éloigné de notre culture.» Boris Vonlanthen s’en est inspiré, donnant la parole à de nombreuses personnes et associations de sa région de la Côte rencontrées au gré des saisons – qui rythment le film comme une métaphore botanique – jusqu’à la récolte des fruits l’été dans le potager. «Savoir qu’on n’est pas seuls à vouloir agir réconforte et donne du courage. Des structures existent et ne demandent qu’à accueillir de nouveaux adhérents.» La famille Vonlanthen habite à Gland, au contact direct de la nature. Les enfants Lia (12 ans), Tim (7 ans) et Nils (10 ans) ont grandi à deux pas du lac et pas loin de la station d’épuration, avec un voisin pêcheur. «Ils ont très vite compris le cycle de l’eau et que la pollution allait se retrouver dans l’eau dans laquelle baignent les poissons.»

Un documentaire amateur à petit budget

Tout paraît si naturel et simple à première vue. «J’ai en quelque sorte accompagné le mouvement que ma famille avait déjà entrepris.» La gestion du temps, entre son travail de physiothérapeute à 80% et le tournage du film a été une première difficulté. Revêtir les différentes casquettes – réalisateur, acteur, scénariste ou monteur – en a été une autre. Sans budget, Boris Vonlanthen a dû se montrer inventif, utilisant les roues d’un skateboard pour construire un système de travelling ou des pièces de plomberie pour un trépied portatif. Mais le père de famille n’est jamais à court d’idées, lui qui a développé la physio-surf-thérapie, combinant son métier et sa passion pour traiter ses patients. «Sur la planche de surf, on arrive à stimuler constamment l’appareil de stabilisation du corps, bien plus que sur la terre ferme car l’intensité de l’effort est démultipliée sur l’eau.»

Projeté dans des festivals pour inspirer d'autres citoyens

Le film «Le 1er pas» sera projeté dans des festivals, l’idée étant qu’il soit libre d’accès dès septembre car son auteur ne veut rien en retirer, si ce n’est de pouvoir faire passer le message qu’il est possible de changer ses habitudes. «Cela nécessite une mise à jour de notre système interne, comme un ordinateur.» L’aventure qu’ils ont vécue leur a apporté un nouveau mode de vie, plus responsable, sans grever leur budget. «Au contraire, nous dépensons moins.» Les céréales sont fabriquées maison, tout comme plusieurs produits de nettoyage. «Et le projet a stimulé la réflexion des enfants, qui réagissent lorsqu’ils estiment qu’un produit est suremballé. Cela a ouvert leur champ de critères pour faire des choix.»

Le réalisateur amateur évoque avec passion le tournage de son film, «le résultat d’une nécessité plus qu’un choix délibéré». Il se souvient qu’à 20 ans, il avait gagné le 1er prix des jeunes réalisateurs d’un festival à Vevey. La possibilité lui avait été donnée d’effectuer un stage à la prestigieuse New York Film Academy, mais il avait longtemps repoussé l’échéance avant de donner son prix à une amie plus impliquée, Séverine Cornamusaz, qui a profité de ce coup de pouce du destin pour devenir réalisatrice professionnelle. «Je n’ai aucun regret. Je suis comblé avec trois enfants et je fais des longs-métrages avec rien ou presque.» Récemment, grâce à l’une des associations présentes dans son film, il a proposé un cours de batterie en échange de confitures. «Comme dans la vie, on donne un service et on en reçoit un autre en retour, parfois de manière inattendue.»

«Le 1er pas» sera projeté le 31 mars à Rolle, dans le cadre du Festival du film vert et le 8 juin à Nyon.


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