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LE GOûT DE LA VIE

L'amour, la mort, la niaque

Dans un récit poignant, la Gruérienne Audrey Bertschy raconte comment elle a peu à peu repris le dessus après le décès tragique de son compagnon. La jeune femme est persuadée qu’on a tous les ressources pour aller de l’avant, mais qu’il faut vouloir les chercher.

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Charly Rappo
02 septembre 2019

Le lac de la Gruyère, celui de son enfance, continue de ressourcer Audrey Bertschy.

«Au petit matin du 16 février 2016, tu es mort.» Ainsi commence Hors-saison, le récit autobiographique bouleversant d’Audrey Bertschy. La Gruérienne y raconte l’année de deuil qui a suivi la nuit durant laquelle son compagnon, Claudio, a perdu la vie par hypothermie, près de chez eux, à Hauteville (FR).

Passionnée de lecture et d’écriture, la trentenaire a pris la plume très vite après le drame, pour ne pas perdre la tête. «Audrey, qui est plutôt introvertie, a toujours bien écrit. Quand j’ai lu son texte, je me suis tout de suite dit qu’il aiderait d’autres personnes», raconte son amie Elodie Magnin, qui lui a soufflé l’idée de contacter un éditeur.

«Mes enfants ont étouffé ma colère et essuyé mes larmes»

Audrey Bertschy, 34 ans

Ces copines, qui ont vécu un temps en colocation, sont comme les deux doigts de la main. Elodie a un respect infini pour Audrey: «Je l’ai rarement vue craquer et elle est admirable avec ses enfants.» Loane, née d’une première union, a aujourd’hui 7 ans. Son demi-frère, Eden, 4 ans. «J’ai évité de faire de la mort un tabou avec eux parce que ce sujet était très caché quand j’étais petite et que j’ai détesté cela. Le mystère laisse place à tant de possibilités», témoigne Audrey.

Entre culpabilité et cauchemars

Mais n’allez pas féliciter la jeune femme pour sa grande force, au risque de réveiller sa susceptibilité: «On a tous des ressources qui nous permettent d’aller de l’avant, mais il faut vouloir les chercher.» Pas facile, entre culpabilité et cauchemars. Elle sait qu’on n’est pas tous égaux face à la manière d’affronter la mort. «Mes parents sont passés par des épreuves difficiles. Ils sont toujours restés solides et je pense qu’ils m’ont ainsi aidé à avancer», analyse-t-elle.

Comme elle l’écrit, ses enfants lui ont «réappris à marcher sur le sol glacé de l’année écoulée.» Ils l’ont sauvée: «Tous les tremblements de terre n’auraient pas brisé leur volonté de se réapproprier leur maman. Jour après jour, ils ont apaisé ma tristesse, étouffé ma colère et essuyé mes larmes avec une patience infinie», lit-on. En plus de sa famille, plusieurs amis ont été précieux pour évoluer dans son deuil. Ainsi que le temps. Et la psychothérapie? «Moins, même si lors des séances j’ai pu pleurer à ma guise et dire certaines choses qu’il ne m’était guère possible de confier à quelqu’un d’autre.» Avec le recul, elle observe qu’un soutien administratif lui aurait été utile. Difficile de gérer les factures et les formulaires à remplir lorsqu’on ne vit plus qu’à moitié.

Leur maisonnette comme cocon

Audrey n’a pas déménagé depuis que l’homme qu’elle aimait a quitté à jamais la maisonnette qu’il avait achetée pour leur famille. «Ça aurait été un second deuil. J’ai créé mon cocon avec mes enfants ici. Mais c’est du boulot», sourit cette employée de commerce en évoquant les travaux en cours. Et en regardant le jardin, dans lequel seules les tomates ont résisté aux limaces…

Une fois son livre terminé, la Fribourgeoise est partie en Inde, pour faire le vide lors d’une cure ayurvédique: «Il y a eu un déclic là-bas. Un jour, j’ai dit ça suffit, je pleure depuis presque deux ans. J’ai lâché quelque chose dans ce pays.» Elle a gagné son combat contre la tristesse. Et continue de dévorer les livres, un par semaine, en mettant ceux de Claudie Gallay sur le haut de la pile. D’écrire aussi, des textes de plus en plus romancés. La vie quotidienne a repris son cours. «Bla bla bla… Vous avez bientôt fini de parler?», s’impatiente Loane. C’est l’heure de partir en vadrouille.

Audrey Bertschy

«Hors-saison»

Paru ce printemps aux Editions Faim de Siècle

 

Mini-questionnaire

  • Y a-t-il une vie après la vie? Oui. Et je l'imagine paisible.
  • Un don que vous aimeriez avoir? Celui de pouvoir ressusciter quelqu’un pour un petit moment, afin de reparler avec.
  • Un rêve à réaliser? Voyager en bus à travers le monde avec mes enfants, en passant par l’inspirante Louisiane.
  • Le dernier livre que vous avez lu? «Mon midi, mon minuit», un roman d’Anna McPartlin que j’ai adoré!
  • Si vous étiez un animal, ce serait lequel? Un oiseau, pour voler...
  • Un bel homme? Sean Penn
  • Votre plat préféré? Les cordons-bleus à l’indienne de ma maman, à base de jambon pané, de crème, de curry, de fromage et de cornichons.
  • Qu’est-ce qui vous irrite? L’ego et la bêtise
  • Une odeur qui vous plaît? Celle du bois coupé: mon père a été menuisier.
  • Un beau souvenir? Mes vacances d’enfance en Italie