La rage de vivre | Coopération
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PORTRAIT
MYRIAM DUC

La rage de vivre

Avec son parcours cabossé et son cœur cassé, Myriam Duc ne partait pas avec les bonnes cartes dans la vie. Et pourtant, c’est un vrai message de résilience qu’elle livre.

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Valentin Flauraud
16 décembre 2019
La boxe l'a aidée à se recentrer et à évacuer ses émotions négatives.

La boxe l'a aidée à se recentrer et à évacuer ses émotions négatives.

Elle a des tatouages sur la peau: un cœur avec une brèche de laquelle s’envolent des oiseaux, qui lui rappelle qu’elle puise sa force des épreuves qu’elle a eu à surmonter; et un soleil, qui représente la paix intérieure qu’elle a trouvée sur sa route. A eux seuls, ils racontent Myriam Duc (25 ans), sa personnalité solaire, son cœur cassé et les ailes qui lui poussent dans le dos pour voler toujours plus haut, toujours plus loin.

Tout avait mal commencé pour le petit oiseau, qui a perdu bien des plumes dans le nid familial, dénué de douceur. Elle grandit entre les coups, les remontrances, le mobbing. A 15 ans, on lui diag­nostique un syndrome d’Ehlers-Danlos (SED), une maladie orpheline qui fragilise les organes à cause du manque de collagène qu’elle induit. Les médecins mettent, pour la première fois, le mot «maltraitance» sur son vécu. Deux ans plus tard, elle compose le 117 pour fuir la violence domestique. La suite n’est pas un long fleuve tranquille pour autant. Elle vit de squat en squat, avec parfois 25 francs en mains pour tenir un mois. De cette période sombre, elle garde surtout le souvenir des personnes bienveillantes qui se sont occupées d’elle et l’ont aidée à se relever. Entre-temps, elle a terminé ses études, travaille comme secrétaire médicale à Lausanne et vit dans son propre appartement.

Une nouvelle vie commence

Pour évacuer les émotions qui la submergent, elle se met au sport à haut niveau et se lance des défis: aller voir la mer à vélo, traverser les Alpes au pas de course, participer à de longs trails. Mais en 2016, la maladie la rattrape. Elle subit deux opérations du cœur. Ses amis viennent lui remonter le moral à l’hôpital à coup de parties de Uno.

A peine rétablie, contre l’avis des médecins, elle se met à la boxe et part en auto-stop jusqu’au Sri Lanka. Durant ce voyage, soudain, elle sent que quelque chose a changé. Elle a trouvé la paix intérieure. «La base du bonheur, c’est avoir un coin pour dormir, quelque chose à manger, un environnement stable et aimant, raconte-t-elle. Puis, c’est aussi une question de perception des choses. Dans la même journée, il y a des événements négatifs et positifs. Je me focalise sur le positif et utilise le négatif pour en tirer une leçon qui me permette d’évoluer.»

Elle a fait du chemin, elle qui se sentait nulle, moche et inutile, mais mesure encore la distance à parcourir. «Avant, je devais toujours en faire un maximum. Je n’ai pas appris à avoir des relations stables. Je peux être blessante avec mes amis sans faire exprès. J’ai encore des fois l’impression de ne pas être aimée.» Pourtant, ses amis sont géniaux et feraient n’importe quoi pour elle, comme lancer une cagnotte pour la rapatrier du bout du monde en cas de problème. «Mais je ne peux pas les prendre pour mes parents», souligne-t-elle.

Objectif: monter sur le ring

Son amour pour la boxe est le fruit du hasard. Le physiothérapeute, qui la suit depuis de longues années, la trouve un jour abattue par le chagrin et lui ordonne de taper dans un ballon. Dans le box d’à côté, se trouve justement le gérant d’un club de boxe, Jamal, qui devient son mentor. «La boxe me permet de garder l’objectif, d’apprendre à rester debout et lucide malgré les chocs, au lieu de fuir. Oui, on se prend des coups, mais la vie aussi, ça fait mal.» Son prochain défi: obtenir sa licence pour mener un premier combat amateur, à raison de six jours d’entraînements hebdomadaires. Pour cela, il lui manque l’accord de son médecin. Elle n’a aucun doute de l’obtenir. «Le pauvre sait assez bien à quel point je suis têtue», rigole-t-elle. Car ce que Myriam Duc n’a pas encore dit, c’est qu’un fil de deux centimètres sur son aorte peut provoquer à tout moment un AVC. Qu’une nouvelle opération du cœur devrait intervenir à un moment ou à un autre, selon la vitesse d’usure de celui-ci. Le SED rôde toujours.

Depuis petite, elle écrit. D’abord dans un journal intime, puis sur un blog, jusqu’à la publication en novembre de son livre «Itinéraire d’une survivante» (Ed. Favre). «L’écriture agit comme une thérapie. Si on m’avait mis un livre similaire entre les mains, plus jeune, cela m’aurait beaucoup aidée.»

Aujourd’hui, elle a fait la paix avec la petite fille qu’elle était. Elle a décidé aussi de pardonner à ses parents, même si leur relation demeure très compliquée. «Aujourd’hui encore, je détourne le regard dans la rue quand je vois une jeune maman avec son bébé. Ça me fait trop mal. Il y a toujours une raison pour que je retombe, j’ai besoin de regarder devant, cela me donne de l’énergie. Je veux dire aux gens blasés d’éviter de s’enliser et de se battre pour mener la vie qui leur correspond. Je ne crois pas à la chance, je crois à la rage de vivre.»

Mini-questionnaire

  • Que feriez-vous s’il ne vous restait plus que 6 mois à vivre? Ce que je fais déjà: vivre à fond, manger du chocolat et transformer mes rêves en réalité.
  • Votre bruit préféré? Le silence de la nature.
  • Un beau souvenir? Le jour où j’ai trouvé la paix intérieure.
  • Votre mot préféré? «Oups»
  • Votre plat préféré? En tout cas pas celui du plongeoir!
  • Le désir que vous aimeriez réaliser? Egoïstement parlant, faire un combat sur un ring. Sinon, transmettre un message de tolérance autour de moi.