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PORTRAIT
MARK ZELLWEGER

Le romancier de l'ombre

Mark Zellweger est l’un des auteurs émergents du roman d’espionnage. Les ouvrages du Fribourgeois décrivent un univers mystérieux et opaque dans lequel il a lui-même été immergé.

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Valentin Flauraud
02 décembre 2019

Le romancier Mark Zellweger, qui ne se sépare jamais de son Borsalino, cultive l'élégance raffinée.

«J’aime comprendre et dévoiler ce qui est caché.» Mark Zellweger (60 ans), coiffé d’un éternel Borsalino qui lui confère une grande élégance, exècre les eaux calmes des lacs. Cet auteur de romans d’espionnage, qui gravit depuis cinq ans les échelons de la notoriété éditoriale, préfère ces abysses vaseux où bataillent les services secrets. Bref, Mark Zellweger se plaît à explorer les eaux troubles. C’est d’ailleurs le nom qu’il a donné à sa maison d’édition fondée à Pully (VD) en 2014 et riche de dix experts du polar.

Parcours surprenant

Qu’on se rassure, le Fribourgeois aux racines singinoises, né à Lille en 1959, est vierge de cette fraîcheur un peu naïve que l’on prêterait à un casse-cou. Les services de renseignement qu’il décrit au fil de ses huit ouvrages, les nids de barbouzes qu’il évoque au gré de son œuvre, Mark Zellweger assure les connaître de l’intérieur.

Comment ce spécialiste de l’épigraphie romaine a-t-il croisé la route de l’espionnage international? Par quel prodige ce diplômé de prestigieuses écoles de business françaises comme HEC Paris a-t-il investi le territoire de l’occulte étatique? Par quel tour de magie ce directeur marketing qui a travaillé 35 ans durant pour des géants pharmaceutiques, parmi lesquels les branches pharma et matériel médical de L’Oréal, a-t-il côtoyé la galaxie de la sécurité d’Etat? «A l’époque, un membre de ma famille était agréé «secret défense». Or, ce statut implique que l’agence de renseignement sait tout de la famille en question», confie Mark Zellweger.

Mission en lien avec la pharma

«Dans ce contexte, j’ai été contacté par un service secret qui planifiait d’intervenir dans un pays satellite de l’Union soviétique, poursuit le romancier. La mission était en lien avec l’industrie pharma et le hasard de la vie a fait que je connaissais une personne permettant d’approcher la cible recherchée.»

Le Fribourgeois est ensuite devenu le consultant stratégique du patron du service de renseignement à l’origine de l’opération, qui s’occupait d’affaires clandestines dans le monde entier. «J’ai effectué ce travail en parallèle à celui de directeur marketing dans l’industrie pharmaceutique. Je réalisais des rapports, je donnais mon avis sur certaines opérations.» On brûle, pardieu, de connaître le nom de cette officine d’espionnage. Notre curiosité se cassera les dents sur l’omerta propre au milieu. «Les services secrets sont régis par des règles strictes, et le silence en fait partie. Tant que tu ne dis pas par le menu ce que tu as fait, où tu l’as fait et pour qui tu l’as fait, on te fout la paix», explique l’auteur.

Existence émaillée de ruptures

Décidément, celui qui a vécu une partie de son enfance en France et dans d’autres pays, voyageant au gré des déplacements de son père PDG d’une grande société à Paris, est l’homme des changements de cap radicaux. C’est dans cet itinéraire en rupture avec l’esprit moutonnier que s’inscrit le Mark Zellweger écrivain. En 2009, celui-ci connaît un sérieux problème de santé. Une forme grave d’hernie discale lui fait perdre l’usage de la jambe gauche, entraînant sur celle-ci l’altération d’un tiers de la masse musculaire. «Je devais me gaver de puissants antidouleurs, si bien que j’ai mis quatre ans avant de recourir. Malgré tout, j’ai pu effectuer récemment les 10 kilomètres de Lausanne.»

Dans le sillage de cette douloureuse épreuve de vie, son épouse lui suggère, en 2012, d’écrire des romans d’espionnage, arguant que ses connaissances constituaient un tremplin rêvé. Aussitôt dit aussitôt fait, Mark Zellweger entame la rédaction de son premier opus, L’Envol des Faucons (2014). Avec modestie, il admet avoir été coaché, à ses début, par une ancienne journaliste de la RTS afin de gommer certains travers d’écriture.

Héros de la Seconde Guerre

Au fil des années, Mark Zellweger s’est affirmé comme un auteur à succès tant en Suisse qu’à l’étranger, notamment grâce aux deux tomes des Espionnes du Salève. Ces titres sont demeurés en tête des ventes, début 2018, dans le rayon «Espionnage» des grandes librairies du pays. Ils ressuscitent les héros de l’ombre de la Seconde Guerre, à l’instar des curés et des femmes actives dans les services secrets et l’antinazisme. Ils rappellent combien Genève fourmillait d’espions dans les années 1940 et à quel point le service de renseignement de la Confédération a aidé les Alliés. Le dernier ouvrage de l’écrivain, Cyber games, publié en septembre 2019, connaît, lui aussi, un démarrage en trombe.

«Dans mes romans, j’affectionne les enjeux géopolitiques et le réalisme historique», souligne Mark Zellweger. L’espionnage à la Bond ne trouve pas grâce à ses yeux: «Le show, les gadgets de cette saga m’indiffèrent. Je goûte davantage à l’univers de Robert Ludlum, créateur du personnage de Jason Bourne.»


Mini-Questionnaire

  • Votre mot préféré? Saperlipopette!
  • Y a-t-il une vie après la vie? Oui.
  • Comment l’imaginez-vous? Remplie de paix.
  • Le désir que vous aimeriez réaliser? Aller sur la Lune.
  • Votre plat préféré? Les mezzes libanais.
  • Un beau souvenir? La baie d’Halong, au Vietnam, un 31 décembre.
  • Une qualité que les autres ont remarquée chez vous? Le sens de la dérision et de l’humour.
  • Quel est votre plus vilain défaut? Un caractère affirmé.
  • Quelle est la chose qui vous irrite le plus? La mauvaise foi.