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Passionné d’aviation et d’astronautique, le Genevois Boris Otter veut devenir le deuxième Suisse à aller dans l’espace. Cosmonaute amateur, il compte sur le tourisme spatial et mise sur un projet surprenant pour financer son rêve.

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Patrick Gillièron Lopreno
08 avril 2019

Boris Otter, qui n'est pas cosmonaute professionnel, veut aller dans l'espace en tant que touriste spatial.

Dans la vie, il faut parfois que toutes les planètes s’alignent pour concrétiser ses rêves les plus fous. Le Genevois Boris Otter (49 ans) garde dans un coin de sa tête celui de devenir le deuxième Suisse après Claude Nicollier à s’envoler pour l’espace, passant la ligne de Karman (à 100 km d’altitude) qui délimite la frontière entre l’atmosphère terrestre et l’espace. C’est à un cours facultatif d’aviation au cycle d’orientation qu’il faut remonter pour trouver les prémices de son dessein. «L’enseignant, un ancien pilote de chasse, m’a énormément marqué.» Le concours organisé par le prof offre au gagnant le droit de piloter en double commande. «J’ai gagné et la passion pour l’aéronautique ne m’a plus quitté.»

Mauvaise année

A la fin des années 1980, la vingtaine, Boris Otter obtient un CFC d’employé de commerce et finance ses coûteuses heures de vol nécessaires pour une licence de pilote privé en arbitrant des matches de hockey. Un hobby qui le mènera jusque dans les patinoires de ligue nationale A avec plus de 2000 parties sifflées toutes ligues confondues. «J’ai appris la rigueur et à gérer la pression.» Muni d’une licence de pilote privé d’avion (1994) et d’hélicoptère (1996), il suit d’abord les traces de son père et devient sapeur-pompier professionnel du Service d’incendie et de secours de la ville de Genève (SIS). Et puis, rattrapé par sa passion de l’aéronautique, il entame la formation Crossair à Bâle pour devenir pilote de ligne en 2001. Mais les attentats du 11 septembre, puis le crash du Jumbolino de Cross­air en novembre de la même année suivi du grounding de Swissair mettent fin à ses rêves de devenir pilote professionnel. «C’était la mauvaise année. Les compagnies n’engageaient plus de jeunes pilotes.»

Voler en apesanteur

Le Genevois maintient ses licences valides jusqu’en 2005, pour aller au bout de son objectif, mais son épouse tombe enceinte et l’absence de perspective professionnelle ne lui permet plus de maintenir ses licences. Il poursuit alors sa carrière comme coordinateur des avions au sol et comme pilote sur simulateur chez Skyguide, profession qu’il pratique encore aujourd’hui. En 2013, c’est le déclic et le début de son défi de devenir le deuxième Suisse à aller dans l’espace. «Ma femme d’origine russe avait un contact au centre de formation des cosmonautes à Moscou.» Boris Otter s’est déjà rendu deux fois à la Cité des Etoiles, en 2016 et en 2018. A Moscou, en parfait amateur, il a enchaîné les onéreux modules de formation et a déjà réalisé un vol en apesanteur coûtant 4000 euros avec dix paraboles, «chacune signifiant entre 25 et 28 secondes d’apesanteur pur où on a le sourire jusqu’aux oreilles et l’impression de flotter dans la mer Morte». Son débit de paroles s’accélère en évoquant d’autres expériences spatiales, comme l’entraînement à la résistance au mal de l’espace sur une chaise à rotation qui effectue 30 tours/min. «C’est comme faire des montagnes russes sur un bateau, un cauchemar pour les astronautes.»

Se définissant volontiers comme jusqu’au-boutiste, le père de trois enfants a deux options pour finaliser son rêve, Virgin Galactic ou Blue Origin, deux compagnies organisant bientôt des vols commerciaux dans l’espace avec un ticket à 250000 dollars. Car lui en est convaincu: 2019 sera l’année du tourisme spatial. Sept space tourists (tous millionnaires) sont déjà allés dans l’espace. Pour être le huitième et n’étant pas millionnaire, le Genevois a lancé une campagne de crowdfunding et a l’idée de vendre de la nourriture spatiale importée de Russie pour financer une partie de son projet mondial lancé prochainement (voir le lien ci-dessous). Son idée? Partager son rêve fou (et les coûts) en offrant la chance à cinq autres touristes spatiaux de l’accompagner à bord d’un vaisseau spatial privé grâce à un «sponsoring mondial». Budget de la mission: 2 millions de francs. «Nous pourrons admirer la beauté de la Terre, en flottant en apesanteur et recevrons ainsi les ailes d’astronaute commercial, attestant que nous sommes allés là-haut.»

Le projet de crowdfunding de Boris Otter pour financer une partie de son projet (jusqu’au 22 avril)

Le site de son projet mondial «Un ticket pour l’espace» (dès le 12 avril 2019) avec toutes les informations

Mini-Questionnaire

  • Votre bruit préféré? Ecouter une chanson qui me plaît fortement, par exemple «Space Oddity» interprétée par l’astronaute canadien Chris Hadfield. Sinon, je n’apprécie guère le bruit…
  • Une qualité que les autres ont remarquée chez vous? Ma ténacité
  • Si vous étiez un animal, lequel seriez-vous? Le tigre. Il est puissant, respecté, indépendant mais aussi un peu paresseux.
  • Le don de la nature que vous voudriez avoir? Pouvoir voler!
  • Quel est le plus bel endroit en Suisse? Le Schilthorn (BE)