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Recherches fréquentes

PORTRAIT
RACHEL HUSSHERR

Voyages polaires

Après des études en biologie à l’Université de Lausanne, Rachel Hussherr s’envole pour Québec et prend le large en Arctique pour étudier les changements environnementaux.

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Ashley Stasko
21 octobre 2019

 Sur le bateau FV Frosti, près des côtes de l'île Victoria en mer de Beaufort.

Nichée dans son appartement au troisième étage d’un de ces bâtiments à petites briques rouges du quartier Limoilou de Québec, Rachel Hussherr, scientifique, chercheuse et journaliste rentre tout juste de mission. Après six semaines sur un bateau au milieu de l’Arctique, elle retrouve l’animation et le trafic de la ville.

La jeune femme de 27 ans fait son premier voyage polaire en 2015. Rachel avait alors embarqué pour son mémoire de recherche sur un brise-glace de la garde côtière canadienne, le NGCC Amundsen avec 80 membres d’équipage, dont 40 scientifiques. L’appel du large ne la quitte alors plus et elle navigue tous les ans au moins six semaines en Arctique sur des vaisseaux de différentes envergures. «Tandis que sur le brise-glace nous avons un plan de stations fixe, sur le bateau de pêche il nous faut parfois changer de route, explique-t-elle. L’an passé, il y avait de la glace qui dérivait, nous avons dû nous éloigner. Quand trop de glace s’accumule autour de la coque, le bateau risque d’être coincé, il nous faut alors le secours d’un brise-glace.»

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Le climat au microscope

Lors de ses expéditions en mer, la scientifique étudie le phytoplancton (ndlr: ensemble des végétaux microscopiques en suspension dans l’eau). Une de ses missions est d’évaluer la quantité de gaz qu’il produit, le diméthylsulfure (DMS). Celui-ci passe de l’océan à l’atmosphère influençant positivement la formation des nuages. Ayant une grande capacité à renvoyer les rayons du soleil vers l’espace, les nuages sont indispensables à notre planète. «On dit souvent que le DMS est un gaz refroidisseur du climat contrairement au dioxyde de carbone.» En fonction de l’acidité et de la luminosité de son environnement, le phytoplancton produit plus ou moins de diméthylsulfure. Dans l’étude qu’elle a réalisée, il en a émis moins.

En vidéo: Rachel Hussherr explique ses recherches sur le phytoplancton

Depuis quatre ans qu’elle navigue en Arctique, il reste difficile pour Rachel de voir l’évolution climatique à l’œil nu. Contrairement à elle, ses collègues qui partent en mer depuis 15 ans voient de grands changements. «Pendant une de mes missions, le brise-glace avait du mal à passer au sud de l’Arctique, dans la baie d’Hudson, la glace était dense. Je pensais que c’était bon signe, raconte-t-elle. Malheureusement, c’était de la glace qui avait fondu au nord; la banquise a été morcelée et, emportée par les courants vers le sud, s’est accumulée dans la baie.»

Sur le sol glacé

Changement de décor pour la jeune femme en mai dernier. Cette fois, c’est sur la terre ferme, du moins glacée, qu’elle complète en dernière minute une équipe scientifique pour aller étudier la fonte de la banquise. Destination: Alert, l’endroit habité le plus au nord de la planète. «Il ne m’en fallait pas plus pour accepter!», lance Rachel. Mais contrairement au bateau où tout est à portée de main, sur terre il y a davantage de logistique. «On dormait sur la base militaire d’Alert et on avait notre camp de glace (ndlr: l’endroit où la glace est forée et étudiée) à 17 kilomètres.» L’équipe de scientifiques au nombre de cinq cette fois se déplace en motoneiges et doit veiller à ne rien oublier.

Jane Eert

Une ourse et ses petits sur un morceau de banquise à la dérive. A bord du Frosti, août 2018.

Malgré le froid, avoir cette nature immaculée comme cadre de travail offre quelquefois aux chercheurs de fabuleux spectacles comme une ourse et ses oursons blottis contre elle sur un morceau de glace à la dérive (photo ci-dessus). «Et voir les loups arriver de nulle part sur la glace qui s’étend à perte de vue est magique et très impressionnant», ajoute la chercheuse.

De la Suisse au Québec

Avant de débarquer sur le territoire des ours blancs, Rachel a d’abord côtoyé les prairies de l’Unil. «La vie étudiante est très stimulante sur un campus universitaire. Et quel rêve de travailler sur les pelouses face au lac, à côté des moutons qui paissent.» Originaire d’un petit village alsacien, Rachel avait alors choisi Lausanne pour son cursus en biologie. Après deux années passées sur les rives du Léman, c’est le programme d’échange universitaire de l’Unil qui lui a fait traverser l’Atlantique. Elle termine son bachelor à l’Université Laval à Québec et enchaîne avec un petit boulot d’été dans un laboratoire de biogéochimie océanique qui débouchera sur un projet de recherche en master. Rachel est depuis installée à Québec et jongle entre son travail de journaliste en vulgarisation scientifique, ses contrats dans divers laboratoires et ses missions en Arctique. 

 


Mini-Questionnaire

  • Votre mot préféré? Peut-être «saperlipopette»!
  • Le dernier livre que vous avez lu? Difficile à dire, j’en lis toujours plusieurs en même temps... Je pense que c’est «Les contes fantastiques» d’Hoffmann.
  • Un beau souvenir? Le rire de ma grand-mère
  • Votre remède quand ça va mal? Une tasse de bon thé, un peu de chocolat (de Suisse, c’est encore mieux) et une bonne couverture.
  • Si vous étiez un animal, lequel seriez-vous? Un loup

 


A bord

Sur le bateau, les journées sont intenses (découvrez sa journée type ci-dessous). Comme les données disponibles sur place sont précieuses, et qu’il n’est pas certain que les budgets permettront de nouvelles missions, les chercheurs sont sur le pont du lever au coucher pour profiter au maximum de l’opportunité présente. «Après une mission, il faut du temps pour se remettre. On accumule beaucoup de fatigue et sur le bateau on ne mange et ne dort pas comme d’habitude.» L’espace de vie est aussi des plus restreint. Sur le bateau de pêche FV Frosti (14 membres d’équipage, 7 scientifiques), il n’y a pas d’espace commun, seulement de petites cabines, des salles transformées en laboratoires et une salle de bain.

Programme de sa journée type sur le Frosti

  • 06h30 levé
  • 07h00 déjeuner
  • 07h30 réunion scientifique
  • 08h00 démarrage journée de travail
  • 12h00 avec un peu de chance, une pause pour manger, sinon repas sur le pouce entre deux filtrations d’eau
  • 18h00 30 minutes de pause pour manger 
  • 21h30-22h vaisselle de laboratoire et fin de la journée

 


Des liens

Son site: www.madameplancton.com
Son mémoire de recherche: à lire ici