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PORTRAIT
ROMAIN MANGE

Un sacré coup de crayon

Le Vaudois Romain Mange manie aussi bien le dessin de presse humoristique que le volant d’un bus. Confessions d’un artisan passionné.

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Darrin Vanselow
07 octobre 2019

Romain Mange dans son bureau de Pompaples où il concocte ses dessins d'humour pour différents médias.

Le talent se niche souvent dans les lieux les plus improbables de la banalité quotidienne. Qui n’a pas, un jour ou l’autre, emprunté les transports publics en observant d’un œil à la fois curieux et compatissant la virtuosité des chauffeurs ou le stress propre à leur activité. Et qui n’a pas tenté d’imaginer l’individu, la trajectoire de vie derrière l’uniforme strict et le coup de volant délicat, qui peut, il est vrai, se faire brutal. Avec Romain Mange (42 ans), chauffeur de bus scolaire dédoublé en dessinateur de presse humoristique, le passage de l’autre côté du miroir a tout du voyage insolite semé de belles surprises.

L’affable Vaudois, né à Morges, commence par publier dès 2015 un dessin hebdomadaire dans le Journal de la région de Cossonay. Le succès aidant, il décroche deux autres collaborations, d’abord avec l’application pour smartphone La Torche 2.0 puis la publication satirique romande Vigousse.

«Les dessins que je réalise pour le Journal de la région de Cossonay sont mes plus personnels et mes plus libres. Je mise sur un humour absurde et décalé, en évitant d’aller trop loin pour demeurer accessible. Graphiquement, j’essaie d’apporter de nouvelles idées pour ne ressembler à personne d’autre, tant et si bien que j’ai créé mes propres codes esthétiques», explique Romain Mange.

Humour dénué d’agressivité

L’habitant de Pompaples (VD), toutefois, refuse de s’aligner sur les dessins de la presse satirique française à la Charlie Hebdo, qu’il juge souvent vulgaires et outranciers. «En Suisse, nous sommes plus subtils, moins gratuits, tout en restant piquants et drôles. Il faut néanmoins soutenir la liberté d’expression tant qu’elle n’appelle pas au rejet de l’autre ou à la violence.»

C’est une évidence, les créations de Romain Mange échappent au piège de l’agressivité débridée: «Mes dessins, qui abordent tous les thèmes, ne sont pas méchants, mais loufoques.» A y regarder de plus près, cette douceur de l’humour, reflet de la gentillesse du personnage, contraste avec la vigueur du trait, le dynamisme du coup de crayon: «Comme j’évolue dans le registre de l’absurde et du délirant, j’ai adopté un style graphique pêchu, j’ai fait en sorte qu’on sente les volumes, les effets de distorsion.»

La BD dès l’enfance

Romain Mange effectue en 1993 un apprentissage de pâtissier-confiseur, avant de bifurquer sur le graphisme à l’âge de 23 ans et de constater, avec amertume, que la branche est pauvre en débouchés. Au-delà de ce parcours zigzagant, le Morgien est dévoré de passion pour la bande dessinée dès l’enfance. Môme, il se gave d’Astérix, de Gaston Lagaffe, lit le Journal de Spirou et, surtout, les Bidochon, célèbre série sur la beaufitude. «Mes premiers dessins brocardaient souvent d’autres gamins dont la tronche ne me revenait pas trop ou qui constituaient de bons sujets. Les profs en prenaient pour leur grade eux aussi. Outre les BD créées à la maison, je dessinais beaucoup à l’école. J’amusais la galerie avec des esquisses gratinées que j’exécutais sous la table pendant les cours. Ces impertinences ont valu quelques convocations à mes parents.»

Le dessinateur d’humour dans l’âme se met pour la première fois au volant d’un bus en 2012, acculé par l’implacable constat que son activité de graphiste indépendant ne lui apporterait pas les revenus suffisants. Il obtient un poste de chauffeur à 50% sur une ligne publique pour un groupement de communes de la région de Morges. En 2019, il passe aux transports scolaires pour CarPostal dans la région de Cossonay-Penthalaz (VD). «Je travaille à mi-temps. J’ai de nombreuses petites coupures de service pendant la journée, parenthèses durant lesquelles j’essaie d’avancer dans mes dessins. Comme je ne rentre pas trop tard chez moi en fin de journée, j’ai encore le temps de bosser en deuxième partie d’après-midi, mais je dois être efficace pour tenir les délais de rendu de mes dessins.»

Un gamin qui s’amuse

Romain Mange se considère-t-il comme un artiste? «Le qualificatif d’artiste est trop pompeux. Je préfère celui d’artisan. Celui-ci exerce un métier d’abord par passion. L’artisan possède un savoir- faire bien à lui. Il travaille sur de petites séries, voire des exemplaires uniques, comme je le fais avec mes dessins. Je dirais donc que je suis un artisan doublé d’un gamin qui s’amuse», analyse le chauffeur-dessinateur, dans une envolée de modestie et d’authenticité qui sied à merveille à sa personnalité.

www.rmange.ch

Deux dessins de Romain Mange parus dans un récent recueil baptisé «Quand Mange croque».

 

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