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Ma peau, mon bouclier: un organe plein de ressources

Notre peau est un organe incroyable, capable de se défendre contre les agressions, mais aussi de collaborer avec des micro-organismes pour sa protection. Focus sur son fonctionnement, avec trois chercheurs spécialisés.

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Getty Images
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Tatiana Tissot
08 avril 2019

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Testez vos connaissances sur la peau avec notre quiz.

La peau est une interface avec le monde qui nous entoure. Dotée de 600000 récepteurs sensoriels, elle nous permet de percevoir le froid et le chaud, la rugosité d’une surface ou sa douceur. Ainsi que la douleur. Certaines zones sont particulièrement sensibles au toucher, tel le bout des doigts.

Notre peau est aussi un bouclier qui nous protège. «Le monde extérieur est plein d’agresseurs potentiels: pollution, rayons UV, micro-organismes pathogènes, etc. Elle produit des éléments de défense contre chacune de ces menaces», explique Dominique Bernard (57 ans), chercheur biologiste chez L’Oréal, qui étudie la fonction barrière de la peau depuis une trentaine d’années. Nous le rencontrons lors de l’exposition «Dans ma peau» au Musée de l’Homme à Paris, qu’il a aidé à concevoir avec d’autres chercheurs.

La mélanine, pigment protecteur de la peau

Les agressions UV peuvent détruire les cellules vivantes. La peau détient ses propres armes pour s’en protéger: elle a en effet la capacité de synthétiser ou produire des filtres UV naturels.

Pour contrer les UV, la peau dispose aussi des pigments de mélanine, que les peaux foncées ont en plus grande quantité. Ces pigments protègent les kératinocytes, qui sont les cellules de base constituant notre épiderme. Elles se forment dans les profondeurs de la peau, puis migrent jusqu’à la surface en transportant la mélanine comme un chapeau protecteur. «Mais si on s’expose au soleil, ces défenses naturelles ne suffisent pas: il faudra ajouter la protection d’une crème solaire, même pour les peaux foncées», précise le chercheur.

Un hydratant naturel de la peau

En matière d’hydratation, la peau dispose aussi d’un mécanisme naturel: le film hydrolipidique à sa surface, qui est composé de sébum et de sueur. Si certaines peaux n’ont pas besoin d’appliquer de crème pour garantir leur hydratation, pour les autres, l’usage d’un cosmétique vient en renfort. C’est une question de génétique, mais aussi d’environnement, le froid et le sec ayant tendance à la dessécher. «Les produits cosmétiques refont finalement ce que la peau fait déjà naturellement: ils sont utiles lorsque celle-ci est débordée», ajoute le chercheur.

Faut-il se laver le visage au quotidien, ou éviter pour ne pas détruire la barrière naturelle de protection? C’est utile au moins une fois par jour selon le chercheur, afin d’ôter les éléments qui s’accumulent à sa surface, à condition d’utiliser des substances douces pour ne pas abîmer le film hydrolipidique.

L’alimentation joue aussi un rôle clé sur la peau. Les éléments nutritifs lui arrivent directement par le sang. Cela explique pourquoi en cas d’ingestion de trop de produits gras ou sucrés, un bouton peut apparaître. «Souvent, si la peau réagit, cela signale quelque chose qui va aussi toucher les autres organes», précise le chercheur.

Exposition

Immersion dans la peau

Une plongée au cœur de notre plus grand organe! L’expo «Dans ma peau» du Musée de l’Homme à Paris est à voir jusqu’au 3 juin 2019. Elle propose une immersion interactive dans les tissus de la peau, à travers une scénographie ludique. Conçue avec les scientifiques de L’Oréal, elle évoque les progrès scientifiques: reconstruction, impression 3D...

 


Messieurs, prenez aussi soin de votre peau

Plusieurs facteurs pèsent sur les signes de l'âge, mais ils ne touchent pas la peau des hommes et des femmes de la même façon. Le point avec le scientifique Frédéric Flament.

L’héritage génétique ne fait pas tout! Différents facteurs accroissent les signes de l’âge, comme le stress urbain, la pollution chronique ou les rayons du soleil. Si les rides et les relâchements des tissus sont inéluctables, ils s’installent toutefois différemment selon les individus.

Frédéric Flament, chercheur pour le groupe L’Oréal et auteur des «Skin Ageing Atlases», étudie sous la loupe les effets des UV ou de la pollution sur notre épiderme – qui varient selon notre génétique mais aussi selon l’ethnicité de la peau. Par exemple, il a observé comment les peaux asiatiques sont sujettes à des taches pigmentaires dès la vingtaine, et que les peaux noires ont moins de rides.

Rides et inégalités entre les sexes

La peau des hommes et des femmes réagit aussi différemment aux agressions. Ces messieurs ont notamment une peau sujette aux rougeurs. En revanche, les poils de leur visage, même rasés, permettent un ancrage de la peau. Avec à la clé moins de relâchement cutané et donc moins de rides!

Le chercheur qui scrute les rides regrette toutefois que les hommes ne prennent pas plus soin de leur peau dans nos contrées, pour la protéger face aux agressions du quotidien. Il cite en exemple les Sud-Coréens. Là-bas, cette pratique fait partie de la culture, les hommes aussi chouchoutent leur peau! La base: se laver le visage chaque jour, utiliser un hydratant et une protection solaire.

Malgré nos différences, est-ce une bonne idée pour un homme de piquer la crème de sa conjointe? «Oui, c’est tellement mieux que de ne rien mettre!», s’exclame Frédéric Flament. «Après, les produits spécifiquement masculins ont une meilleure pénétration, ainsi que des textures et parfums spécifiques.» Le rayon «hommes» n’est donc pas qu’une question de marketing, même si la différence reste modeste.

La barbe est un atout pour la peau des hommes: elle les protège des rayons du soleil et a un effet mécanique antirides.


Fantastique microbiote, des bactéries qui nous veulent du bien

Notre peau est un écosystème où évoluent des milliards de micro-organismes invisibles à l’œil nu (comme c'est aussi le cas dans notre intestin). Chercheuse spécialisée dans le microbiote chez L’Oréal, Cécile Clavaud observe cette population de bactéries, champignons et virus.

Cécile Clavaud, chercheuse, étudie le fonctionnement du microbiote cutané. Elle nous donne quelques clefs pour comprendre son fonctionnement.

A quoi sert le microbiote de la peau et du cuir chevelu?

Nous vivons en symbiose avec ce microbiote. Il contribue à nous défendre contre les microbes, renforce la barrière cutanée et, selon des études récentes, pourrait aussi aider à la cicatrisation.

Quelles conséquences si notre microbiote a un déséquilibre?

Les désordres associés au microbiote aujourd’hui sont l’atopie, le psoriasis, les pellicules et la dermite séborrhéique notamment. Des solutions plus ou moins futuristes sont envisagées pour le rééquilibrer. Ce qui existe déjà, par exemple, ce sont les prébiotiques, sous forme de crème ou de spray. L’idée est de fournir de quoi «nourrir» les bonnes bactéries pour les aider à se reproduire et à coloniser l’espace (ndlr: elles ne laissent ainsi pas de place aux mauvaises bactéries).

Une autre piste sont les "probiotiques", une solution plus futuriste car il n'existe pas d'encadrement législatif aujourd'hui. Des start-up proposent ainsi d'utiliser un micro-organisme vivant, bon pour la peau, et de l'importer. Une troisième piste est de miser sur les post-biotiques. L'idée est alors d'ajouter directement sur la peau les molécules produites par les micro-organismes – comme l'acide lactique par exemple. On pourrait les ajouter pour compenser l'absence de bactéries en produisant.

En se lavant tous les jours, ne risque-t-on pas d’abîmer ces micro-organismes qui nous veulent du bien?

Quand on se lave, même avec un produit un peu agressif, les micro-­organismes reviennent en six à huit heures à leur composition initiale sur une peau saine. On n’abîme donc pas notre microbiote sous la douche, et j’insiste: il faut se laver, je ne dirai pas le contraire! Mais si on utilise des antibiotiques, il y a une altération importante de leur population. Des prébiotiques peuvent alors aider à la rétablir.

 

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