Bruno Manser: sa vie, son combat | Coopération
X

Recherches fréquentes

CINEMA
Protection de l'environnement

Bruno Manser: sa vie, son combat

Un film qui sort le 18 décembre en Suisse romande retrace l’engagement de Bruno Manser. Le combat pour la protection de la forêt tropicale du Bâlois est plus que jamais d’actualité, dix-neuf ans après sa disparition.

TEXTE
PHOTO
Ascot Elite Entertainment/Tomas Wüthrich, Keystone
09 décembre 2019

Stridulations, gazouillis, bruissements, clapotis. La jungle n’est jamais silencieuse, et pourtant elle dégage une paix à laquelle aspire un jeune Bâlois nommé Bruno Manser. «A quel monde est-ce que j’appartiens, au nouveau ou à l’ancien?»

Cette question qu’il a consignée en 1984 dans l’un de ses journaux intimes, lors de son premier séjour dans la forêt tropicale malaisienne, et qui l’a accompagné toute sa vie, est elle-même la réponse: il a appartenu aux deux, se lançant à corps perdu dans la lutte occidentale pour la protection de la forêt tropicale et les revendications territoriales des Penan, une tribu nomade.

Le combat de l'activiste suisse au cinéma

«Bruno était un homme d’une extrême générosité et un vrai explorateur. Il s’intéressait à tout, explique Roger Graf (60 ans), son compagnon de route de longue date. Son seul problème est d’avoir surestimé la bonté des gens.»

Il y a dix-neuf ans, Bruno Manser, alors âgé de 46 ans, se volatilise dans la jungle. Il est considéré comme disparu depuis 2005. Dans son nouveau film, le réalisateur fribourgeois Niklaus Hilber fait revivre sur grand écran le charismatique ethnologue et militant écologique. Il est incarné à l’écran par Sven Schelker (29 ans), étoile montante du théâtre suisse originaire de la région bâloise. L’acteur n’avait que 10 ans lorsque Bruno Manser a disparu pour toujours dans la forêt tropicale. «A l’époque, c’était déjà une icône pour moi», se souvient-il.

Bruno Manser s'oppose à la police malaisienne (image tirée du long-métrage).

 

Bruno Manser, la voix de la jungle

En 2017, pour la préparation du projet, le comédien se rend avec le réalisateur Niklaus Hilber sur l’île de Bornéo, dans l’Etat malaisien de Sarawak, où il passe trois semaines avec les Penan. Le tournage réalisé dans la partie indonésienne de l’île − la situation politique ne permettant pas le tournage en Malaisie − se complète par soixante-deux jours dans la jungle, entre janvier et avril 2018.

Le véritable Bruno Manser a disparu dans la jungle le 25 mai 2000.

«Cela a été une période très intense, avec une intimité et un réseau quasi inexistants», raconte l’acteur, qui s’est senti très proche de l’activiste. Et d’ajouter: «Déjà avant, je le considérais comme un grand homme, s’étant sacrifié pour une cause désintéressée. Mais, depuis que j’ai pris conscience de tout ce qu’il a réalisé et de ce qu’il représente encore aujourd’hui pour les Penan, je le respecte d’autant plus.»

Dans le long-métrage, le chef Penan Along Sega demande son aide à Bruno Manser.

Bruno Manser n’a pas seulement lutté pour la préservation de la forêt tropicale, mais aussi pour les droits de l’homme. «Son but était d’obtenir un morceau de territoire pour les Penan», explique Roger Graf. Un combat épineux car ce peuple nomade se déplace constamment et n’a pas de droit légal sur les terres qu’il occupe. La forêt tropicale étant aussi menacée par une déforestation sans scrupules, l’écologiste a mené un combat contre le gouvernement malaisien et ses dirigeants sans foi ni loi.

Agir contre la déforestation depuis la Suisse

En 1990, après six ans passés chez les Penan, Bruno Manser quitte la jungle. Une décision motivée par le fait que sa tête est mise à prix par le gouvernement, qui le considère comme un ennemi de l’Etat. Son autre raison: il pense que sa lutte politique et diplomatique contre la déforestation aura plus de poids depuis la Suisse.

A son retour, Roger Graf s’engage à ses côtés. «Nous avons connu une énorme vague de sympathie dans les années 1990», indique ce dernier. Le combat pour la nature a permis au Fonds Bruno Manser (BMF) de constituer un réseau mondial impressionnant.

L’activiste a non seulement été reçu par la conseillère fédérale Ruth Dreifuss, mais a également porté ses revendications devant le prince Charles, Al Gore ou encore le secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros-Ghali à New York.

L’ardent défenseur de l’environnement a mené une grève de la faim de soixante jours devant le Palais fédéral qui reste dans les mémoires, ainsi qu’une campagne d’affichage audacieuse lors du sommet du G7 à Munich.

Dans le film aussi, Bruno Manser poursuit son combat depuis la Suisse et rencontre des décideurs.

Un engagement épuisant et peu de résultats concrets

Il fit même un saut spectaculaire en parachute au-dessus du siège de l’ONU à Genève. Ses interventions étaient toujours de véritables performances physiques. Or faute de résultats, la frustration a commencé à monter. «Nous avions l’attention du public, mais il nous manquait les résultats concrets, tangibles», explique Roger Graf. L’objectif minimal, la Déclaration obligatoire du bois et des produits en bois, n’a été adopté par le Parlement qu’en 2010, soit dix ans après la disparition de l’activiste. Après des années d’engagement épuisant, Roger Graf s’est aussi retiré du combat.
 

«Bruno n’était pas un diplomate. L’hypocrisie et la malhonnêteté l’ont détruit.»

Roger Graf (60 ans)


Le combat continue

Lors de la première du film «Bruno Manser – La voix de la forêt tropicale», dans lequel il joue aussi, Roger Graf est profondément affecté: «Je ne m’attendais pas à ce que ça m’émeuve autant. Beaucoup de choses refont surface.» Le film, qui se veut un long-métrage et non un documentaire, résonne avec les préoccupations de notre époque. Le mouvement écologiste est en effet plus visible que jamais, entre autres grâce à la médiatisation de l’activiste suédoise Greta Thunberg (16 ans).

On pourrait penser que Bruno Manser était en avance sur son temps. «C’est totalement faux», estime Sven Schelker, le comédien qui l’incarne. «Le début des années 1990 était déjà une période de fort activisme écologique.» Mais il admet qu’aujour­d’hui le public est davantage sensibilisé: «C’est encore pire qu’il y a vingt ou trente ans, tout simplement.»

Roger Graf voit des parallèles entre les deux activistes: «Comme Bruno au départ, Greta Thunberg rencontre un énorme écho dans les médias et a une image très positive.» Et de souligner: «Reste à espérer qu’elle parviendra à obtenir des engagements fermes de la part des décideurs. Bruno, lui, n’était pas un diplomate. L’hypocrisie et la malhonnêteté l’ont détruit.» Le film a le pouvoir d’élever Bruno Manser au rang d’icône du mouvement écologiste. Les circonstances mystérieuses de sa disparition pourraient elles aussi ajouter à la légende.
 

 

Concours

Gagnez vos places de cinéma

«Dans le rôle de Bruno Manser, Sven Schelker est bluffant de réalisme», confie Roger Graf, qui a côtoyé l’activiste. Lors de la première à Bâle, le film «Bruno Manser – La voix de la forêt tropicale» a été salué par une ovation. A voir dans les cinémas de Suisse romande dès le 18 décembre. Nous offrons 10 × 2 places de cinéma. Délai de participation: 13 décembre à 16h.

Participer