X

Recherches fréquentes

Lifestyle

Opération chardons bleus

Des plants de panicaut des Alpes ont été réintroduits 
cet été autour de la chaîne du Moléson. Le Jardin botanique 
de l'Université de Fribourg collabore ainsi avec 
Pro Natura pour sauvegarder cette plante. Rencontre avec
 Benoît Clément, cheville ouvrière du projet.

PHOTO
Aldo Ellena
17 août 2018

Benoît Clément, jardinier horticulteur, pose au milieu des chardons bleus au pied de Teysachaux, dans les Préalpes fribourgeoises. Il ?uvre pour le repeuplement de cette? plante alpine dans la région.


«J'ai découvert ces chardons bleus par hasard!» Benoît Clément, jardinier horticulteur employé par le Jardin botanique de l'Université de Fribourg, explique sa trouvaille avec enthousiasme. Ce fan d'ultra-trails s'entraînait dans la région du col de Villard (FR), au pied de Teysachaux, quand ses yeux experts se sont posés sur des feuilles de panicaut des Alpes, il y a quelques années. Cette espèce emblématique des régions alpines se raréfie. Elle est protégée depuis le début des années 1970.
«Nous avons, aux alentours de la chaîne du Moléson, parmi les plus importantes populations en Europe», souligne le passionné. Pour en trouver davantage, il faut se diriger vers le col de Jaman. En août, ces plantes en pleine floraison parent les pentes environnantes d'un bleu-gris très particulier.

Germination délicate

Dans le but de renforcer la population menacée au pied de Teysachaux, où seules quatre plantes subsistaient, le Jardin botanique a travaillé en collaboration avec Pro Natura, le Service de la nature et du paysage du canton de Fribourg, ainsi que le propriétaire du terrain, soit les Etablissements pénitentiaires de Bellechasse. Début juin, plus de 90 jeunes plants ont été réintroduits sur les alpages de Mormotey et Tremetta, au-dessous de la crête reliant le Moléson à son voisin Teysachaux.
Pour mener à bien cette opération, il a fallu plusieurs années de patience. Le jardinier a récolté durant trois ans des graines aux endroits à repeupler. Il a procédé à des essais de germination en pot. «Car la germination ne va pas de soi pour ces plantes. Il faut réveiller la dormance en exposant les graines au gel, précise Benoît Clément. Elles ont parfois besoin de plusieurs années pour germer.» Puis, les jeunes pousses ont été plantées dans la zone exacte de provenance des graines, aux abords de la plante mère. Il n'est pas question de réintroduire des plants issus d'un lieu sur l'alpage voisin. «Les propriétés génétiques changent d'un endroit à l'autre», explique le jardinier.

Victimes des herbivores

«Quand j'ai découvert ces chardons, c'était surtout des chevaux qui pâturaient par ici», déclare Benoît Clément. Car les chardons bleus sont victimes des herbivores qui puisent dans leurs fleurs une réserve d'eau bienvenue en été. «Nous avons réussi à éloigner les moutons et les chevaux en incitant les exploitants des alpages concernés à clôturer à des périodes bien précises.»
«Les nouveaux plants se portent bien, c'est une réussite pour l'instant.» Le jardinier se réjouit de contribuer à la préservation de cette plante emblématique. «Mon travail, c'est vraiment du plaisir», conclut celui qui a réussi à allier sa passion pour la course de montagne à son activité professionnelle.

Le choix du bon emplacement

Le chardon bleu est une espèce protégée; il est strictement interdit de le cueillir. On peut toutefois trouverdes graines dans les jardineries, comme chez Coop brico+loisirs (prix: 3 fr. 90). A planter dans un endroit à moitié ombragé et qui permet de garder une certaine humidité, afin que le chardon prospère.