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Une place pour la nature

Nos pelouses «propres en ordre» ne sont pas très favorables à la biodiversité. Pour offrir un refuge à la faune, des citoyens s’engagent avec leurs jardins naturels.

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Marius Affolter
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Tatiana Tissot
17 septembre 2018

Pour Corinne Authouart, son jardin naturel est un lieu de contemplation de la nature. Elle aime admirer les différents tons de vert.

Il faut plus de désordre dans nos jardins! En Suisse, la nature souffre en effet du côté tatillon des propriétaires. Pelouse coupée au millimètre, massifs de fleurs changés à chaque saison, arbustes exotiques persistants pour éviter les feuilles mortes: ce milieu aseptisé n’est pas des plus accueillants pour la biodiversité. Insectes et oiseaux peinent à y trouver de quoi se nourrir. Une alternative existe: le «jardin naturel». Il offre des cachettes à la petite faune, avec des buissons, des tas de branches, une prairie fleurie.

Conscients de l’importance de redonner une place à la nature, certains citoyens s’engagent moralement dans ce sens avec la Charte des Jardins, une initiative née du côté de Genève en 2007 (www.charte-des-jardins.ch). C’est le cas de Corinne Authouart (49 ans), membre depuis cinq ans. Elle a ainsi transformé des bouts de son jardin à Orbe dans le canton de Vaud.

Favoriser la petite faune

Chez elle, des îlots de graminées et de fleurs ponctuent élégamment la zone herbeuse devant la maison (voir la vidéo, lien en fin d’article). Une petite mare, des arbustes indigènes et un gros tas de branches forment différents milieux. De grands et vieux arbres procurent des abris aux chauves-souris et aux oiseaux, un hérisson a élu domicile dans le jardin. L’enseignante, qui s’est formée dans le domaine de la biodiversité, cultive aussi un potager bio. «En agissant à l’échelle de notre jardin, on contribue à l’effort collectif pour la biodiversité», insiste-t-elle. Depuis sa conversion, elle observe plus d’espèces, surtout de papillons et d’oiseaux. Elle met tout de même en garde: «Un jardin naturel n’est pas forcément un jardin qu’on laisse aller, cela ne veut pas dire moins de travail, mais un travail différent, et moins systématique.»

«La qualité principale de la Charte des Jardins, c’est qu’elle est facile à mettre en place, s’enthousiasme-t-elle. Laisser pousser un coin de pelouse ou de prairie, choisir des espèces indigènes quand on va à la jardinerie, faire des tas de pierres ou de branches. Des gestes simples, à la portée de tout le monde!» Elle recommande de ne pas mettre la barre trop haut, et de savoir aussi se faire plaisir. Une moitié d’espèces indigènes et une moitié d’espèces de plantes pour le plaisir, voilà déjà un bon objectif. Elle-même a planté quelques fleurs non indigènes qui apportent une touche de couleur.

Comme il faut oublier le «propre en ordre» cher aux Suisses, elle conseille aussi d’expliquer sa démarche à ses voisins, «car le désordre dérange». C’est d’ailleurs un but de la charte, de créer des liens entre voisins et… peut-être d’en inspirer certains. Quelles sont les réactions d’ailleurs? «C’est mitigé, confie Corinne Authouart. Certains trouvent que c’est beau, ce contraste entre l’herbe tondue et les îlots de prairie, tandis que d’autres estiment qu’il faudrait que j’ajoute des fleurs pour embellir la rue!»

Une petite mare offre un abri aux libellules et à d'autres insectes.

Des îlots de prairie fleurie

Une idée est de conserver une partie de gazon traditionnel, pour que les enfants y jouent par exemple, mais de laisser pousser l’herbe à des endroits choisis. «Dans ces zones, on ne fauchera qu’une à trois fois par année, et la première fois en juin», explique Nicolas Wüthrich, responsable de l’information chez Pro Natura. «Les plantes réalisent leur cycle complet, fournissant ainsi de la nourriture aux insectes.»

On peut tenter de planter un mélange de graines pour prairie fleurie sur son gazon, mais cela ne prend pas facilement. Pourquoi? La terre est trop riche, la faute aux engrais! «La première étape est de ne plus en ajouter pour laisser peu à peu des mauvaises herbes s’installer», recommande Nicolas Wüthrich. Après la phase des pissenlits, d’autres espèces plus appréciées trouveront leur place. «Laisser pousser et tondre moins souvent, c’est déjà un geste important! Si on tond une fois par mois plutôt qu’une fois par semaine, on fait déjà une différence pour les insectes.»

Dans tout le jardin, même au potager, on peut adopter des gestes simples, tels qu’éviter insecticides, désherbants, pesticides et engrais synthétiques. D’autant plus que les amateurs ont trop souvent la main lourde. «On empoisonne ainsi non seulement les fruits et légumes qu’on va manger, mais également la nature», regrette-t-il. S’il observe un changement de mentalité, Nicolas Wüthrich enjoint les gens à réagir. «Un excès d’entretien mène à une moindre présence des papillons et des insectes: ce n’est pas une impression, c’est la réalité. Mais chaque geste fait une différence.»

 Corinne Authouart, membre de la Charte des Jardins

Les atouts du lierre

Pour les oiseaux, en plus d’arbustes indigènes, on peut installer des plantes grimpantes comme le lierre, qui prend peu de place et améliore l’habitat de nos amis ailés. «En septembre, ses fleurs sont butinées par les abeilles, et en février, le rouge-gorge familier se régale de ses fruits. Différents oiseaux dont le merle noir font leur nid dans un vieux lierre», explique Petra Horch, responsable de projets de conservation à la Station ornithologique suisse.

«On ne pense pas nos jardins comme un espace à partager avec d’autres espèces», regrette la spécialiste. «Les gens ont de la peine à le croire, mais au niveau de la biodiversité, par rapport aux autres pays européens, la Suisse a des efforts à faire. Les surfaces bâties augmentent et la place de la nature diminue… en mètres carrés comme dans la tête des gens!» A nous donc de redéfinir le rôle de nos jardins, et d’y faire une petite place à la faune et flore locales.

 


Des gestes à adopter pour la biodiversité
 

Installer un hôtel à insectes

Pour leur fournir des cachettes. Sur le balcon, on peut en placer un petit.

Mieux fleurir son balcon

Adopter des fleurs indigènes, et pas seulement des géraniums exotiques.

Stop à la pollution lumineuse

L’éclairage du jardin perturbe la nature. En choisir avec détecteur de présence de préférence.

Placer un nichoir

On le choisit selon l'espèce que l'on souhaite attirer. On peut même cibler les rapaces ou les chauve-souris! Bien s'informer sur l'emplacement idéal, et faire très attention de le placer dans un lieu inaccessible aux chats.

Un tas de branches pour le hérisson

Laissé dans un coin du jardin il plaira à ce mammifère qui ne manque pas de piquants. Un mur en pierres fera lui le bonheur des lézards.

Un bassin pour les oiseaux

Ils passent de longues heures chaque jour à entretenir leur plumage. Un bassin avec de l'eau claire leur apporte un coup de pouce – à placer sur un terrain à découvert à cause des prédateurs.

Renoncer à l’utilisation des pesticides

Un geste primordial pour la faune.