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Le digital, un défi pour tous

La numérisation tue des emplois, mais en crée d’autres. Pour éviter de rester à quai, il faut se former en permanence, avec un seul mot d’ordre: l’apprentissage tout au long de la vie. Mais est-ce possible?

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Markus Lamprecht, Shutterstock
03 septembre 2019

Pour David Appel, spécialiste en e-didactique, les nouvelles technologies n'ont pas vocation à remplacer le contact humain.

Plus d’un million de postes de travail disparaîtront en Suisse d’ici à 2030, quasiment un emploi sur quatre: telles sont les prévisions, divulguées en 2018, de la société de conseilauprès des entreprises McKinsey.  La numérisation débouche de plus en plus souvent sur l’automatisation des tâches. «Certains métiers disparaissent, ce n’est pas nouveau. Pour ne citer qu’un exemple, combien de chapeliers trouve-t-on encore sur le marché?», observe Benni Lurvink (52 ans). «La seule différence, c’est que cette mutation tend de nos jours à s’accélérer.» 

Barbara Baumeister, gérontopsychologue, s'inquiète de la vitesse à laquelle la technologie évolue.

Assurer la reconversion 

En sa qualité de responsable de laformation des apprentis et des collaborateurs chez Coop, Benni Lurvink est conscient qu’il a du pain sur la planche. La société McKinsey révèle, en effet, que la numérisation entraîne la fin de certains postes, mais en crée à peu près autant de nouveaux. Néanmoins, les compétences requises sont différentes. Les entreprises doivent dès lors assurer la reconversion et la formation continue de leurs collaborateurs. Par ailleurs, les emplois maintenus sont soumis à une évolution constante. «Accomplir une formation ou des études et s’en tenir toute sa vie professionnelle à ces seules connaissances, voilà un schéma qui ne fonctionne plus.»

Coop investit chaque année 45 millions de francs dans la formation initiale et continue de ses collaborateurs. Elle les soutient financièrement en leur permettant de comptabiliser une partie des jours de formation comme temps de travail. «Les entreprises devraient mettre en garde leurs employés contre l’évolution rapide du monde du travail, tout en leur offrant la possibilité de se perfectionner, explique Benni Lurvink. Il incombe bien sûr aussi aux employés d’être disposés à améliorer – ou du moins à maintenir – leurs acquis sur le marché du travail.»

Digitalswitzerland partage ce point de vue. Cette organisation réunit autour d’un objectif plus de 150 membres, des entreprises pour la plupart, mais également des cantons et des instituts de formation: renforcer la position de la Suisse comme pôle d’innovation numérique. Chaque année, elle organise la Journée du digital (lire en page 20). L’édition 2019 de la manifestation se tient ce mardi 3 septembre.

Elle coïncidera avec le lancement d’une nouvelle campagne conjointe de Digitalswitzerland et de l’Union patronale suisse, intitulée «Apprendre tout au long de la vie». 

Innovations fulgurantes

Cette opération sensibilisera la population à la nécessité d’apprendre et de se former sans interruption en cette époque d’innovations fulgurantes. «La campagne a pour vocation d’être source de motivation et d’inspiration, et de donner envie d’investir en soi», argumente Danièle Castle (59 ans), responsable, avec Christian Lundsgaard-Hansen (30 ans), de la campagne auprès de Digitalswitzerland. Et d’ajouter: «La numérisation n’est pas une menace. Il faut au contraire la considérer comme une opportunité.»

La campagne repose sur deux piliers. D’une part, Digitalswitzerland a réuni plus de 100 histoires personnelles en lien avec l’apprentissage tout au long de la vie. Ces récits se fixent pour but d’encourager tout un chacun à suivre une formation continue. Ils sont présentés sur le site web de la campagne, en parallèle à plus de 500 cours portant sur le développement des compétences numériques. D’autre part, les employeurs apportent leur contribution: une centaine d’organisations ont manifesté leur volonté de signer une déclaration d’intention. Dans ce document, elles se disent ouvertes à l’idée d’organiser des programmes de formation continue pour leurs employés, afin de les préparer aux défis de la société numérique.

Christian Lundsgaard-Hansen et Danièle Castle voient dans la numérisation une immense opportunité.

Appui pédagogique de poids

Ces organisations s’engagent également à reconnaître les formations acquises en dehors des canaux traditionnels et à éviter de valoriser les seuls diplômes. «La numérisation constitue dans ce contexte un appui de poids», souligne Christian Lundsgaard-Hansen. 

Divers sites Internet et applications (lire en page 20) permettent désormais d’acquérir de nouvelles compétences sans suivre de cursus particulier débouchant sur l’obtention d’un diplôme. «Youtube est mon exemple favori: on y trouve des vidéos didactiques sur mille et un sujets. Ainsi, je me suis servi des tutoriels disponibles sur ce média pour créer le site Internet de mon entreprise. Et je n’ai pas eu besoin de diplôme pour effectuer cette démarche.» Danièle Castle et Christian Lundsgaard-Hansen sont persuadés que tout le monde – jeunes ou moins jeunes – peut faire évoluer ses connaissances et suivre le rythme de la révolution numérique. «Ce n’est absolument pas une question d’âge, mais de curiosité individuelle», juge Danièle Castle. 

A l’heure actuelle, les personnes qui ont quitté le monde du travail ne peuvent se permettre de manquer de curiosité. A l’instar des actifs, elles doivent sans cesse apprendre, puisque tout devient numérique: les guichets de banque, de poste ou des entreprises de transport ferment peu à peu. La dématérialisation s’insinue partout. «De nos jours, on ne peut plus se passer de la technologie dans la mesure où elle est omniprésente», confie Barbara Baumeister (59 ans), gérontopsychologue et responsable des filière d’études en gérontologie sociale à la Haute Ecole des sciences appliquées de Zurich (ZHAW). Les changements d’attitude chez les personnes âgées – «geron» signifie «vieux» en grec ancien – constituent son prin¬cipal champ d’étude. La spécialiste est donc bien placée pour savoir que l’âge et l’apprentissage ne sont pas incompatibles.

Les seniors ont leur mot à dire

«Bien sûr, la rapidité s’étiole avec l’âge», concède la professeure. Ce que l’on appelle l’intelligence fluide (capacité de penser vélocement) décline. «Mais l’intelligence cristallisée (capacité d’utiliser les connaissances accumulées) compense ce phénomène, faisant le lien entre la nouveauté et les expériences vécues. Cette aptitude est bien plus développée chez les personnes d’âge mûr que chez les jeunes.» Selon Barbara Baumeister, la raison pour laquelle moult personnes âgées peinent avec les nouvelles technologies est simple: «L’acuité des sens baisse avec l’âge. Les petits caractères, les écrans sombres, par exemple, représentent des obstacles.» Seule la vitesse à laquelle évolue la technologie préoccupe Barbara Baumeister. Pour la gérontopsychologue, les voix critiques qui tirent la sonnette d’alarme doivent être entendues. Son collègue David Appel (43 ans), spécialiste en e-didactique à la ZHAW, est sur la même longueur d’onde: «Le fait que les personnes âgées ont parfois du mal avec les nouveautés technologiques ne doit pas toujours être interprété comme un refus de s’adapter. Il ne faut pas oublier que les seniors ont, à l’origine, vécu dans une société vierge de technologie. Ils s’interrogent d’abord sur les raisons justifiant l’emploi de ces nouveaux outils pour s’adapter ensuite à l’évolution.»

Ne pas surestimer la technologie

David Appel est d’avis qu’il existe un risque de surestimer la technologie. «Elle présente une foule d’avantages, lâche-t-il. Quand on jongle entre travail à plein temps et vie de famille, elle permet d’apprendre de nouvelles choses avec davantage de flexibilité. Et l’accès à la formation est plus simple pour ceux dont la mobilité est limitée.» Il ajoute: «La numérisation répond mieux aux besoins spécifiques: on peut écouter et réécouter des cours, accéder à un texte en version audio, évoluer à son propre rythme ou choisir à quel moment travailler.» Mais David Appel évite l’angélisme: «Toutes ces opportunités ne remplacent pas le contact humain en ce sens que l’approfondissement des connaissances nécessite un échange avec les autres.»


Journée suisse du digital

La 3e édition de la Journée suisse du digital se tient ce mardi 3 septembre. Elle est organisée sous le patronage du président de la Confédération Ueli Maurer, de la ministre de l’Environnement Simonetta Sommaruga et du ministre de l’Economie Guy Parmelin. Plus de 80 organisations et entreprises animent plus de 250 activités gratuites sur 12 sites à travers la Suisse. A la gare centrale de Zurich, divers acteurs de la numérisation se présenteront au public, dont le prestataire en ligne microspot.ch. Un entretien avec Ueli Maurer a lieu sur ce site. La Journée du digital 2019 sera l’occasion de lancer la campagne «Apprendre tout au long de la vie» et le site www.lifelonglearning.ch. 

L’intégralité du programme sur: www.digitaltag.swiss

 


Les pépites du web

Il fut un temps où il fallait se rendre dans une salle de cours pour se former. Désormais, il suffit de filer sur le web.

Apprendre les langues

Nombre de prestataires de cours de langues jouent des coudes sur Internet. L’entreprise Rosetta Stone propose une approche révolutionnaire: un apprentissage par immersion permettant aux utilisateurs d’aborder directement la langue plutôt que de s’échiner à apprendre le vocabulaire et les règles de grammaire. Le prix du cours est toutefois assez élevé. Classique, mais moins onéreux, les cours de Babbel sont élaborés par des enseignants et spécialistes des langues. Duolingo est une plateforme également très connue qui mise sur l’aspect ludique, une présentation attrayante et la gratuité de l’offre.

Se rendre à l’université

Les MOOCs (Massive Open Online Courses) visent à démocratiser l’apprentissage en milieu académique: les plus grandes universités du monde proposent des cours gratuits, accessibles à tous, quelle que soit la situation géographique et financière des participants. Parmi les plus connus, on recense la plateforme edX, lancée par Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT), ainsi que les cours Coursera, créés par l’Université de Stanford. Les institutions universitaires suisses, dont l’EPFL, prodiguent des cours, en partie gratuits et partiellement en français, sur la plateforme Swiss MOOC Service. Les Universités de Genève (UNIGE) et de Lausanne (UNIL) proposent également un tel enseignement sur Coursera.

Se muer en géographe

Sur Internet, on peut muscler ses connaissances en géographie de façon ludique. La plateforme Seterra abrite plus de 200 jeux et exercices. On s’amusera à placer correctement sur une carte les pays ou les villes. Limitée à l’Europe, Toporopa fonctionne de manière similaire. De son côté, Geoguessr (en anglais) présente un panorama issu de Google Street View. En clair, l’utilisateur doit deviner de quel endroit il s’agit, et ce à l’aide de l’image ou en parcourant le lieu proposé en quelques clics.