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Dans la diversité des carnavals

Fête Le bal des carnavals se met en branle cette semaine. Ils sont nés dans le but de se défouler avant le carême. Plongée au cœur de leurs traditions à Bâle, Berne et Lucerne.

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Keystone, Beatrice Thommen-Stöckli, SP
01 février 2016

Affronter une pluie de confettis déguisé, un plaisir dès le plus jeune âge

 

Histoire

 

 

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Le Morgestraich: un événement poétique qui attire les foules à 4 h du matin.

La cinquième saison de lʼannée

Avec tous ses préparatifs et ses réunions, le carnaval est, pour tous ceux qui y participent activement, une sorte de cinquième saison dans l’année, une période durant laquelle leur vie se focalise sur cet événement. Il règne une sorte de fébrilité trouvant son apogée dans la célébration de cette fête. Comme son nom l’indique, le carnaval (qui vient de l’italien carnelevare, «ôter la viande») se rapporte au jeûne. Dans la tradition de cette fête, dont les premières mentions remontent au XIVe siècle, une date est particulièrement importante: le 11 novembre. Ce jour-là, des événements ont lieu dans de nombreuses villes afin de lancer le compte à rebours avant les festivités.
Le 11 novembre est également la Saint-Martin, marquant la fin des gros travaux des champs. Au Moyen Âge, cette date annonçait la période de jeûne précédant Noël. À l’image du carême précédant Pâques, il fallait détruire tous les aliments interdits durant cette période et qui, en outre, ne pouvaient pas être stockés jusqu’à la fin du jeûne.

Après avoir hiberné depuis le 11.11 à 11 h 11, l’ours se joint à la fête…

La lune en décide

Le moment de carnaval est déterminé en fonction de la date de Pâques, celle-ci dépendant elle-même de la lune. En 325, le concile de Nicée a décidé que Pâques aurait lieu après le premier dimanche qui suit la première pleine lune du printemps, c’est-à-dire après le 21 mars. À cette époque, on observait un jeûne de quarante jours. Il existait également des traditions typiques, comme le Jeudi gras, le mot gras se référant au saindoux et à toute autre forme de graisse.
Le jeudi précédant le mercredi des Cendres – le début du carême – était le dernier jour où l’on pouvait tuer un animal. La viande devait être consommée le jour même, car il était interdit de manger de la viande pendant la période de jeûne.

Tu es comme le vieux carnaval, tu ne suis pas…»

Expression bâloise évoquant le retard

Friture et bombance

On avait également recours à la matière grasse. Ceci explique pourquoi tant de spécialités de carnaval – comme les boules de Berlin, les cuisses-dames ou les merveilles – sont cuites dans un bain de friture. Le Lundi et le Mardi gras à Lucerne évoquent également la période de bombance qui précède le carême: on parle alors de Güdismontag, Güdel signifiant estomac. En général, on se remplissait bien la panse avant le mercredi des Cendres…
À l’origine, le mercredi des Cendres ne marquait pas toujours le début du carême, qui commençait une semaine plus tard. Mais lors du concile de Bénévent en 1091, il fut décidé que le jeûne serait suspendu les dimanches. Pour que le carême dure toujours quarante jours, on décida qu’il débuterait le jour de l’actuel mercredi des Cendres.
Aujourd’hui encore, le carnaval de Bâle s’aligne sur la date originelle du carême, soit quarante jours avant Pâques, hormis le dimanche. C’est pourquoi on le désigne aussi sous le nom de «vieux carnaval». Il existe encore une expression désignant quelqu’un de très en retard: «Tu es comme le vieux carnaval, tu n’arrives pas à suivre». Mais il semble improbable que les Bâlois aient voulu fâcher les catholiques avec leur carnaval pendant le carême, car en 1091, nous sommes cinq siècles avant la Réforme.

Dès jeudi et six jours durant, de nombreuses guggens vont s’en donner à cœur joie dans les rues de Lucerne.

Lʼinfluence de la Réforme

Il est facile de suivre les événements historiques à l’aide de nos trois exemples. Lucerne est catholique, comme l’ensemble de la Suisse centrale. La Réforme ne représenta donc pas un tournant historique dans cette région. Berne et Bâle sont toutes deux protestantes. Pendant de nombreuses années, il ne fut pas possible de fêter le carnaval à Berne en raison de l’interdiction qui fit suite à la Réforme. Ce n’est qu’il y a une trentaine d’années que les Bernois lui redonnèrent vie. Il en alla autrement à Bâle: bien que cette ville située au bord du Rhin soit également devenue protestante et que des interdictions aient été promulguées, les Bâlois passèrent outre et maintinrent intacte la tradition carnavalesque.
Le carnaval est un art en soi. Chacun le ressent à sa manière. Entre les moments calmes, comme le «Morgestraich» de Bâle, et les explosions de notes de musique, avec les concerts de guggens, il y en a pour tous les goûts.

Ces carnavals alémaniques cartonnent! Ce sont là des estimations, la météo influençant fortement les chiffres.

 

À Bâle, les «Waggis» adorent attaquer les jeunes femmes aux confettis…

Bâle, Berne, Lucerne

Ils sont fous ces Bâlois: réveil au milieu de la nuit

Dates: du lundi au mercredi après le mercredi des Cendres.
Du 15 au 17 février.

Lancement
Lundi, à 4 h pile du matin, débute le Morgestraich. Toutes les lumières du centre-ville s’éteignent subitement.Les cliques défilent avec des lanternes colorées, éclairées de l’intérieur, au son des fifres et des tambours. Les guggens ne participent pas au Morgestraich. Les lanternes sont apparues à la suite de l’interdiction des torches en 1845, pour des raisons de sécurité.

Origine et histoire
La première mention du carnaval de Bâle date de 1376. Depuis la Réforme, la cité rhénane est protestante. Malgré cette transition, le carnaval a toujours eu lieu: les interdictions n’ont pas été entendues!

Caractéristiques
Des artistes décorent les lanternes du Morgestraich. Toutes les grandes créations sont exposées sur une place après le Morgestraich. Les Schnitzelbänke se saisissent des événements de l’année écoulée et les scandent, en dialecte et en rimes. Une centaine de formations s’exécutent dans les bistrots et les caves des cliques.

Thèmes
De mise pour la plupart des grands groupes. Inspirés de l’actualité.

Insignes
Cuivrés, argentés, dorés ou «bijou» (du meilleur marché au plus cher). Création chaque année. «En porter un, c’est une question d’honneur. Il fait office de billet d’entrée», indique Christoph Bürgin, président du comité d’organisation.

Berne: avec l’ours et Guillaume Tell

Dates: du jeudi au samedi après le mercredi des Cendres.
Du 11 au 13 février.

Lancement
Le jeudi, à 20 h, on libère l’ours à la Tour des prisons. Le premier ours de carnaval a été libéré en 1984. Avec son écharpe rouge, il est présent à tous les rendez-vous du carnaval.

Origine et histoire
Le carnaval de Berne a été interdit lors de la Réforme. Au XIXe, pour compenser, des cortèges satiriques sont organisés le lundi de Pâques.
L’association du carnaval de Berne a été créée en 1982 et cette tradition s’est mise à revivre.
«Il y avait encore des gens qui trouvaient que le carnaval n’appartenait pas à Berne», se souvient Hans Flury (83 ans), cofondateur de l’association.

Caractéristiques
Vendredi à 22 h, cortège aux flambeaux avec des tambours. Chaque année, une pièce de théâtre parodie l’histoire de Guillaume Tell (le samedi à 10 h).

Thèmes
Certaines cliques défilent librement, d’autres optent pour un thème.

Insignes
Cuivrés, argentés ou dorés. Création chaque année. Leurs ventes peinent encore à Berne.

Lucerne: ça va péter sur le lac

Dates: du Jeudi au Mardi gras,
du 4 au 9 février.

Lancement
Jeudi à 5 h du matin (on remet ça le Mardi gras à 6 h).

Tout commence avec l’«Urknall» (le «big-bang») qui consiste en une forte détonation accompagnée de jets de lumière sur le lac des Quatre-Cantons. À bord d’une péniche, il y a la famille Fritschi, grande figure masquée de la manifestation. Le père Fritschi, sa femme Fritschene, leur enfant, le fou et les paysans débarquent ensuite. Ça y est, les guggens sont au parfum, que la fête commence!
En ville, place alors au «Fötzeliräge»: des sacs remplis de petits morceaux de papier journal explosent sur la foule. Un lancer d’oranges conclut ce moment.

Origine et histoire
Le carnaval de Lucerne suit le calendrier des fêtes catholiques.
Avant le carême, qui dure du mercredi des Cendres à Pâques, les gens mangent, boivent et font la fête.

Caractéristiques
Des membres de quatre grandes corporations de la ville forment le comité du carnaval. Depuis le XVe siècle, le père Fritschi symbolise la collaboration confédérale. Il a plusieurs fois été kidnappé!

Thèmes
Inspirés de l’actualité.

Insignes
Cuivrés, argentés ou dorés. Nouvelle création chaque année. Font office de billet d’entrée.

D'autres rendez-vous

Carnaval de Monthey (VS), du 4 au 9 février 2016

http://www.carnavaldemonthey.com

Carnaval de Sion, du 4 au 9 février 2016

www.carnaval-sion.ch

Carnaval du Jura, Bassecourt (JU), du 5 au 9 février 2016

www.carnavaldujura.ch

Carnaval des Bolzes, du 7 au 9 février 2016

www.carnavaldesbolzes.ch

Brandons de Payerne (VD), du 12 au 15 février 2016

www.brandonspayerne.ch

Bellinzone, du 4 au 9 février 2016

On s’apprête à fêter pour la 153e fois le Rabadan dans le chef-lieu du Tessin. Ce mot du dialecte piémontais signifie «bruit». La manifestation, qui dure du jeudi au Mardi gras, s’ouvre lorsque le syndic  transmet les clés de la ville au roi de Rabadan, élu par la société du carnaval. Le cortège des enfants a lieu le vendredi. Le samedi, place au concert des guggens. Le cortège du dimanche est le grand moment de la fête. Concours de déguisements, tir à la corde, animations de rue et risotto géant sont aussi au programme.

www.rabadan.ch/it/programma

Lötschental (VS), du 3 au 9 février 2016

Les Tschäggättä sont des personnages de carnaval poilus et masqués, typiques du Lötschental. Ils font leur apparition entre la fête de la Chandeleur (chaque 2 février) et le «Gigiszischtag» (le mardi qui précède le mercredi des Cendres). Tous les soirs, ces individus sauvages déferlent dans la vallée, effrayant tous ceux qu’ils croisent. Ces personnages et ces coutumes trouvent certainement leur origine dans les nombreux mythes et légendes du Lötschental. Deux défilés de Tschäggättä sont organisés: le défilé traditionnel des Tschäggättu (le 4 février 2016) et le grand défilé de carnaval du Lötschental (le 6 février 2016).

www.loetschental.ch

Soleure, du 4 au 10 février 2016

Le héros du carnaval soleurois s’appelle Hilaire, c’est pourquoi le carnaval est annoncé traditionnellement le 13 janvier, jour de sa fête: le maire remet symboliquement les clés de la ville au chef de la corporation des bouffons d’Honolulu, et la Rathausgasse (ruelle de l’hôtel de ville) est rebaptisée Eselsgasse (ruelle des ânes). Les festivités débutent vraiment le jeudi gras à 5 heures précises avec le Chesslete: des milliers de participants portant chemises et bonnets de nuit ainsi qu’un foulard rouge parcourent les rues de la ville dans un vacarme assourdissant. Les autres temps forts sont les grands cortèges du dimanche et du mardi; le Höflisingen der Schnitzelbänkler (chansons parodiques interprétées par des groupes pamphlétaires); l’extinction des feux durant laquelle les bouffons rassemblés sautillent à travers la ville; puis, le mercredi des Cendres, le bonhomme de paille (Böögg) est livré aux flammes. Le soir, en marge des festivités organisées, les rues de la ville sont très animées: les participants au carnaval vont d’un restaurant à l’autre pendant que les groupes pamphlétaires et les fanfares investissent la cité dans un assourdissant tintamarre.

www.fasnacht-solothurn.ch

Altstätten (SG), du 4 au 9 février 2016

Altstätten est connue pour être le haut lieu du carnaval dans la vallée du Rhin. Du jeudi gras au mardi de carnaval, les cliques et les fanfares mettent de l’ambiance dans toute la ville avec des défilés hauts en couleur, des polonaises, des bals masqués et autres soirées très animées. Le défilé des habitants d’Altstätten à travers les rues de la vieille ville en pleine nuit est connu loin à la ronde! Mais le grand cortège du samedi attire également un public nombreux, sans oublier les spectacles en soirée et les concerts de carnaval. Les Röllelibutzen (personnages de carnaval traditionnels) incarnent l’esprit de la fête par excellence. Ils se distinguent par leur imposante coiffe, des lances à eau et une ceinture de grelots autour du ventre. Le défilé des Röllelibutzen a lieu le mardi de carnaval.

www.roellelibutzen.ch

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Déguisements, guggens, satire, spécialités culinaires...

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