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Parcours: ils ont changé de cap sur le tard

Emploi Les travailleurs de plus de 50 ans n’ont pas dit leur dernier mot! S’il n’est pas facile pour eux de (re)trouver du travail, leur expérience fait aussi leur force. Trois personnes qui ont changé d’orientation témoignent.

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Heiner H. Schmitt, Charly Rappo, Sandro Mahler, DR
24 octobre 2016

Une vie, trois professions... La cinquantaine venue, le Bernois Philipp Zinniker est devenu photographe professionnel (ici lors dun shooting au Konzert Theater de Berne). Auparavant, il a été employé de commerce dans une banque puis physiothérapeute à son compte.

 

Article

 

Un monde qui s’écroule

Définir son profil personnel

Dr. Toni Nadig, psychologue du travail

Certaines entreprises financent les démarches des employés licenciés auprès de conseillers privés en réinsertion. Quand ce n’est pas le cas, c’est le conseiller de l’Office régional de placement (ORP) qui s’en charge. «Ces dernières années, la qualité des consultants et les compétences au sein des ORP se sont nettement améliorées», souligne Toni Nadig. Lui-même organise des ateliers, des cours et des formations pour les demandeurs d’emploi.
Tout d’abord, l’individu définit son profil personnel avec le conseiller: qu’est-ce que j’attends de mon nouveau travail, comment j’envisage mon avenir, quelles sont mes envies? Cela n’a souvent rien à voir avec l’idée que l’on s’en faisait il y a trente ans, en début de carrière. Entre autres facteurs, les tâches, les horaires, le lieu de travail et le salaire jouent un rôle essentiel. Pour finir: que puis-je proposer à mon futur employeur? C’est là que les aînés peuvent marquer des points: leur expérience professionnelle, les contacts développés et leurs compétences sociales leur permettent de se démarquer.
Si les compétences correspondent au profil, alors les entreprises sont souvent prêtes à mettre le prix. La plupart des demandeurs d’emploi se maintiennent dans la même classe de salaire et près de 10% perçoivent même un salaire plus élevé dans leur nouveau travail. Toutefois, 30% doivent se contenter d’un revenu inférieur: «Certaines personnes ont tellement conscience de ce préjugé qu’elles sont prêtes à baisser leur salaire afin de compenser la hausse LPP (ndlr: prévoyance professionnelle, 2e pilier) inhérente à leur âge», constate ainsi Guillaume Anthoine.
Les aînés trouvent fréquemment un nouvel emploi dans leur environnement social. Ils ne sont qu’un tiers à décrocher un travail grâce à une annonce. Les opportunités sont plus nombreuses sur le «marché caché» de l’emploi. Ce dernier propose des offres non publiées de postes qui n’ont pas été repourvus ou qui viennent d’être créés. S’il n’est pas évident d’y avoir accès, elles permettent de trouver plus rapidement un emploi dans la mesure où la concurrence est quasi inexistante.

L’importance du réseau

Emploi caché ou pas, le réseau personnel est essentiel. Se renseigner auprès d’anciens collègues, de son dernier employeur ou encore de clients permet de savoir quelle entreprise pourrait avoir besoin d’une personne correspondant à son profil. Par ce biais, on peut aussi obtenir le nom du responsable auquel adresser un courrier. «Il est toutefois toujours préférable de prendre contact par téléphone afin de faire une bonne première impression et de connaître ses chances», conseille Toni Nadig. Selon lui, les candidatures spontanées seraient très peu consultées. «Il est également opportun de créer un profil sur les sites d’offres d’emploi sur Internet, souvent consultés par les recruteurs et chefs d’entreprise.»
En revanche, mieux vaut bien réfléchir avant de se lancer dans une activité indépendante. Ainsi, il a fallu trois ans à Philipp Zinniker avant qu’il ne puisse vivre de son métier de photographe. Pour Toni Nadig: «Sans une clientèle assurée, cela fonctionne rarement.» Guillaume Anthoine fait le même constat: «Nous rencontrons beaucoup de personnes qui se mettent à leur compte et se précarisent au fur et à mesure. Ce risque est élevé.»
Pour le directeur de l’association Phare seniors, «il est très important d’identifier les compétences transversales.
En cas de reconversion, il n’y a pas toujours besoin d’une nouvelle formation. Quelqu’un avec un très bon réseau peut, par exemple, faire un excellent vendeur de voitures.» Photographe autodidacte formé sur le tas, Philipp Zinniker en est la meilleure preuve.

Marché du travail

Nadine Gembler, responsable personnel/formation chez Coop

Coop est l’un des plus grands employeurs de Suisse. Nous avons demandé à Nadine Gembler de nous parler de l’attitude de l’entreprise par rapport aux travailleurs plus âgés.

Les candidats de plus de 50 ans ont-ils encore une chance de décrocher un emploi chez Coop?
Bien sûr. Cette année, nous avons déjà engagé 130 collaboratrices et collaborateurs âgés de plus de 50 ans, et près de la moitié ont même plus de 55 ans.

Les collaborateurs plus âgés sont-ils plutôt un fardeau ou un avantage pour Coop?
Chaque génération a ses qualités. Grâce à leur expérience de la vie et à leur maturité, les collaborateurs plus âgés sont, par exemple, plus posés et en général très enclins à assumer des responsabilités.

Coop soutient-elle le développement des collaborateurs plus âgés?
Nous soutenons le déve­loppement de tous nos ­collaborateurs, et ce quel que soit leur âge. Les cours internes sont ouverts à tous. Pour les fonctions requérant des connaissances spécifiques, par exemple dans le domaine des fruits et légumes, la participation aux formations internes est obligatoire pour les collaborateurs plus âgés comme pour les plus jeunes.

Coop soutient-elle les cours de perfectionnement, les mutations internes voire la reconversion de travailleurs plus âgés?
Oui, nous soutenons tous les perfectionnements externes en lien avec la fonction actuelle ou une activité future, sanctionnés par un diplôme reconnu. À nouveau, il n’y a aucune limite d’âge. Nous constatons toutefois que les perfectionnements externes de longue durée, non obligatoires, sont plutôt entrepris par des collaborateurs jeunes ou d’âge moyen.

Un partenariat public-privé novateur

Dans le canton de Neuchâtel, l’entreprise Celgene et le Service cantonal de l’emploi ont lancé au printemps dernier un programme original de formation pour les chômeurs. Trois autres entreprises neuchâteloises, deux vaudoises et une fribourgeoise ont rejoint ce projet pilote. Douze personnes en recherche d’emploi ont ainsi pu suivre une formation théorique et pratique de quatre mois comme opérateur en industrie pharmaceutique. À la suite de cette formation pour adultes, dix personnes ont été engagées dans les sociétés partenaires dont quatre chez Celgene. Vu le succès de ce projet pilote, cette formation sera reconduite en 2017.
L’État de Neuchâtel entend développer des projets similaires dans d’autres branches pour améliorer les possibilités d’intégration professionnelle.

Une structure par âge équilibrée

Source Société coopérative Coop; infographie Caroline Koella

Témoignages

Christine Bucher, graphiste à Vezia (TI)

«À 45 ans, je me suis retrouvée en classe aux côtés d’élèves de 18 ans. Pour moi, ça a représenté un vrai défi!» Aujourd’hui âgée de 50 ans, Christine Bucher raconte son parcours, de son ex-métier d’employée de bureau à son activité de graphiste actuelle. «J’étais parvenue à une étape de ma vie où j’avais besoin de laisser libre cours à ma créativité. Je me suis battue pour y arriver. Et aujourd’hui, c’est le bonheur.»
Si Christine a désormais son propre atelier et œuvre aussi pour une imprimerie, cela ne s’est pas fait en un jour. «J’ai travaillé presque dix ans en tant qu’employée de bureau et me suis également occupée de marketing. J’ai toujours ressenti un mélange d’admiration et d’envie pour ceux qui créaient les logos et pouvaient être créatifs.»
En 2005, Christine s’est offert un ordinateur. Pour cette femme entreprenante, c’était le signal d’un nouveau départ. «Je passais mes jours et mes nuits devant l’écran, apprenant différents programmes en autodidacte. C’était enivrant.»

Le monde évolue incroyablement vite et je veux évoluer avec lui»

Christine Bucher, graphiste

Christine a trouvé ses premiers clients, auxquels son travail a plu. Grâce au bouche à oreille, elle a pu étendre sa clientèle. «Un jour, j’ai reçu un mandat important, assez complexe. Et là j’ai compris que mes compétences ne suffisaient plus. Je me suis adressée à un bureau conseil. On m’a appris que je pouvais suivre une formation continue pour adultes.» Aussitôt dit, aussitôt fait.
Parallèlement à son travail, Christine a suivi deux jours par semaine des cours à l’école d’arts visuels de Lugano . «Pour mon fils, né en 1999, c’était drôle de voir sa maman apprendre, faire ses devoirs. Et moi, je me sentais mise à l’épreuve, je devais être capable de m’adapter: lors de mon apprentissage, nous avions encore des machines à écrire, tandis que là, je me retrouvais en classe avec de jeunes adultes qui ont grandi avec ordis et smartphones...» La graphiste a finalement terminé sa formation en 2012, après une année difficile mais néanmoins gratifiante. «Mon mari m’a été d’un grand soutien, aussi bien d’un point de vue psychologique que financier. Je suis actuellement une nouvelle formation, pour apprendre à créer des sites web. Le monde évolue incroyablement vite et je veux évoluer avec lui.»

La Tessinoise Christine Bucher apprécie de pouvoir exprimer toute son inventivité dans son nouveau métier de graphiste.

Philipp Zinniker, photographe indépendant à Berne

La qualité des clichés pris par Philipp Zinniker pour Coopération et diverses entreprises est indéniable. On a peine à croire que cet autodidacte a attendu ses 49 ans pour se lancer dans la photographie pro! Avant sa reconversion, il était physiothérapeute. Philipp Zinniker a commencé par un apprentissage d’employé de commerce dans une banque. Devenir photographe n’était donc pas son premier nouveau départ.
«La profession d’employé de commerce ne me convenait pas. À la banque, j’avais la sensation d’être enfermé et j’aspirais à travailler davantage avec des gens», explique-t-il. «J’ai donc suivi une formation de physiothérapeute à 24 ans et dirigé mon propre cabinet durant seize ans.»
Des journées de travail de douze heures, et ce durant plusieurs années, ont peu à peu émoussé son enthousiasme. «Je n’étais plus satisfait, je me sentais vide. Il fallait que j’entreprenne quelque chose de nouveau.» Il a découvert la photographie au cours d’une formation continue en physiothérapie à New York. «J’ai alors su que je désirais apprendre la profession. Or pendant deux ans, j’ai dû faire face à une lutte intérieure, jusqu’à ce que je vende le cabinet et me reconvertisse dans la photo.»
Une reconversion à presque 50 ans sans formation adéquate ne va cependant pas de soi. C’est pourquoi Philipp Zinniker a fondé le «Gruppe autodidaktischer Fotografen» avec des pairs. Ce groupement de photographes autodidactes s’est instruit seul avec l’aide de photographes pros rémunérés. «C’était une période difficile», confie Philipp Zinniker, qui avait trois enfants à charge. Il a alors dû travailler comme gardien la nuit et faire le ménage dans des écoles pendant les vacances scolaires. Son premier gros cachet en tant que photographe est arrivé seulement trois ans après sa reconversion.
Et pourtant, il n’a jamais douté de sa réussite ni eu de plan B. «Je me suis beaucoup exercé, je voulais tout faire correctement et je n’ai jamais abandonné.»
Quels conseils donnerait-il à quelqu’un qui souhaite ou est contraint de changer d’orientation? «Il faut être déterminé à relever le défi d’un nouveau départ et aspirer à la satisfaction en faisant preuve d’ardeur et de ténacité, tout cela dans la sérénité et la joie.»

Aucun détail n’échappe à l’œil du photographe: Philipp Zinniker, ici en action dans les coulisses du Konzert Theater, à Berne.

Infos et liens

Recherche d’emploi

www.espace-emploi.ch www.jobs.ch www.jobup.ch www.stelle.admin.ch

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Association Phare seniors

www.phareseniors.org

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Association 50 ans et plus

www.50etplus.ch

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Site sur le changement de vie

www.toutpourchanger.com

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Livres

«Je veux changer de job!», «Changer de job. La méthode pour réussir» et «Mes bonnes résolutions pour changer de vie», Yves Deloison.

«L’Année du déclic», Charlotte Savreux, Ed. Balland.