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Les parcours vita ont toujours la cote

Sport et nature L’idée est née dans les années 1960 à Zurich. Aujourd’hui, les parcours vita sont connus de quasiment tous les Suisses. Ils fêteront leur demi-siècle en 2018. Retour sur une histoire à succès.

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Charly Rappo, DR
12 juin 2017

Chloé et Loïc sexercent à la barre fixe sous le regard admiratif de leurs parents Fabienne et Vincent. La famille est fan du parcours vita de Bevaix (NE). La famille Huguenin se rend au parcours vita de Bevaix à vélo. Le quatuor court dans la forêt de Charcotet. La famille effectue des étirements. Agilité et force pour le poste numéro 3. Chloé aux barres fixes. Chloé, sportive polyvalente, en plein slalom. Le rédacteur Basile Weber (en rouge) avec la famille Huguenin. Les Huguenin, une famille sportive!

La famille Huguenin se rend au parcours vita de Bevaix à vélo.

Le quatuor court dans la forêt de Charcotet.

La famille effectue des étirements.

Agilité et force pour le poste numéro 3.

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Une fois les vélos cadenassés, les quatre disparaissent dans la pénombre du circuit de 2,5 km qui, fort d’une dénivellation de 80 m, correspond à 3,3 km d’effort pour une difficulté qualifiée de moyenne. À n’en pas douter, la famille Huguenin n’est pas la seule en Suisse à se dépenser en forêt sur un parcours vita en ce dimanche de mai. En effet, selon une étude menée il y a quelques années par l’Office fédéral du sport, près de 10% des Suisses se rendent au moins une fois par mois dans un des 500 parcours vita du pays. Or, la situation était différente il y a près d’un demi-siècle, lorsque le 18 mai 1968 à Zurich, le conseiller municipal Jakob Bauer participa à l’inauguration du premier parcours vita, dont il ne connaissait rien. La Weltwoche publia tout de même un entrefilet trois semaines plus tard: «Une importante société d’assurance-vie a créé une installation modèle: le premier parcours VITA. Il s’agit d’un circuit forestier d’environ 2 km où sont aménagés différents postes. Chacun compte un tableau avec des images et une courte description de l’exercice de gymnastique à exécuter. Le parcours est ouvert à tous ceux qui veulent combattre la sédentarité des temps modernes.»
Aujourd’hui, 49 ans après cette discrète inauguration, près de 90% des Suisses en connaissent l’existence. Ce concept, qui se voulait d’abord une expérimentation locale, s’est rapidement répandu dans tout le pays. En 1973, on inaugurait déjà le 100e parcours et depuis 1990, leur nombre avoisine les 500. Les «plus beaux centres de fitness de Suisse» se déclinent en trois niveaux de difficulté: facile, moyen, difficile. Les 15 postes proposent un total de 43 exercices.
Chez les Huguenin, chacun a son poste favori. Chloé, sportive polyvalente – elle pratique le ski, le tennis, la voile et le volley! – aime les anneaux: «Parce que nous pouvons faire des acrobaties et j’aime ce qui est aérien!» Elle joint le geste à la parole en effectuant une rotation la tête la première. Son frère Loïc, champion de tennis, apprécie la barre fixe: «J’aime jouer à celui qui tiendra le plus longtemps! Les enchaînements de sauts, c’est aussi super, ça travaille bien mon physique.» La maman préfère les poutres: «Pour le travail des appuis: gainage et renforcement musculaire.» Le papa cite le poste d’équilibre «pour sa variété et la créativité possible».

L’idée d’une société de gym

L’idée des parcours vita est née dans les années 1960 à Wollishofen, un quartier de Zurich où, l’été, la société de gym masculine locale s’entraînait en forêt. Pour ce faire, ces amateurs de sport se servaient des «appareils d’entraînement» de la nature, notamment des bûches, des troncs d’arbre et des branchages. Les athlètes ont souhaité avoir des installations fixes afin d’éviter de tout devoir réaménager en début de saison. Ils se sont donc adressés à l’Office des forêts et se sont adjoint les services de l’ingénieur cantonal. Ils ont également bénéficié des conseils de Charly Schneiter, pionnier et spécialiste par excellence du sport de l’EPFZ, et du soutien de l’ancienne assurance Vita à titre de sponsor. Durant les années qui ont suivi, le concept de parcours vita a connu plusieurs modifications. La version actuelle a été élaborée en 1997 en collaboration avec la Haute École fédérale de sport de Macolin. Le concept a ensuite été reproduit partout en Suisse. Depuis 1998, c’est la Zurich assurance qui en est le sponsor principal et en 2008, les sentiers ont été rebaptisés «Zurich parcoursvita».

Sécurité et efficacité en question

Photo prise lors de linauguration du premier parcours vita le 18 mai 1968 à Fluntern, à côté du zoo de Zurich. Bottes de pluie et bûches étaient de la fête!

Il y a deux ans, le concept, jusqu’alors considéré comme une réussite, a toutefois reçu quelques critiques. Certaines voix ont jugé que le parcours vita ne correspondait plus aux exigences des programmes de fitness actuels. Des spécialistes du sport dont le Bernois Niklaus Jud (lire l'interview) jugent l’intensité des exercices  «plutôt faible».
De plus, de nombreux parcours afficheraient des lacunes de sécurité. À Bevaix, «le parcours est super mais certains postes mériteraient d’être rénovés. Il manque ainsi un anneau et par endroits le bois a mal vieilli, il est vermoulu», commente Vincent Huguenin. «Concernant la sécurité, nous avons réagi immédiatement en communiquant avec les responsables locaux», indique Barbara Baumann, directrice de la Fondation parcours vita de Zurich. Comme les 500 parcours sont en plein air, il n’y a aucune garantie qu’ils soient en parfait état en tout temps. «Un violent orage peut suffire à causer des dommages aux sentiers.» Voilà pourquoi la fondation organise des contrôles qualité, de concert avec le Bureau suisse de prévention des accidents (bpa).
Après les anneaux et la barre fixe, la famille se dirige vers les tractions. Loïc déborde d’énergie: «J’ai 45 ans mais parfois je suis crevé avec lui!», s’exclame son papa, alors que le garçon file vers le poste. «Il est infatigable!», confirme sa sœur. Le poste suivant teste l’agilité: la famille n’a aucune peine à tenir en équilibre sur les poutres. «On est pas mal synchros!», (se) félicite le papa.

Nous sommes une famille toujours en mouvement»

Vincent Huguenin (45 ans), professeur de sport

Des machines de fitness en ville

L’engouement pour le fitness est toujours présent. Et plus il dure, plus il gagne du terrain en milieu urbain. On retrouve désormais un peu partout des installations qui permettent de s’entraîner en ville. D’ailleurs, il n’est pas rare d’apercevoir au coin de la rue des bootcampers qui suent à grosses gouttes en suivant les conseils de leur moniteur. À Genève, la Ville a installé des engins de fitness en libre accès sur dix sites dont sept parcs publics. Ce programme de fitness urbain «Proxisport» est très apprécié: enfants, parents et seniors testent les machines avec entrain.
La famille vient de terminer son parcours. Loïc court vers la zone des fossiles. «Je vais en ramasser. La dernière fois, j’en ai trouvé cinq!», lance-t-il fièrement en filant comme l’éclair.
Les Bevaisans préfèrent la nature aux machines de fitness: voile sur le lac, tennis, VTT, ski, course, via ferrata… Ils touchent à tout, le plus souvent en plein air. «C’est génial, ici on a tout à proximité: la forêt, le lac, le tennis. C’est magnifique ce cadre avec les oiseaux qui chantent!», souligne Vincent Huguenin. Pour ce champion de planche à voile, «il est important de pratiquer plusieurs sports. On a de la chance, les enfants aiment découvrir. Nous sommes une famille toujours en mouvement. C’est du sport plaisir! On est en pleine forme et jamais malades.»

Les Suisses ont l’embarras du choix!

Interview

Niklaus Jud (36 ans), expert en fitness et chargé de cours à lUniversité de Berne

Retour aux sources Pour les débutants ou les sportifs accomplis: tout le monde trouve son compte sur les parcours vita.

L’an prochain, les parcours vita célèbrent leur 50e anniversaire. Les exercices proposés sont-ils encore au goût du jour?
Ils le sont redevenus, je dirais. Actuellement, le monde du fitness connaît une sorte de retour aux sources. S’entraîner dans la nature est à la mode, avec des exercices simples et nécessitant peu de matériel. Il y a quelques années, les parcours vita ont été remis au goût du jour et certains exercices désuets ont été repensés.

Quel est l’avantage du fitness dans la nature?
D’abord, la créativité ne connaît pratiquement pas de limites. On peut aussi intégrer à l’entraînement un escalier, un mur, un banc, un tronc ou une branche d’arbre, lorsqu’ils sont accessibles. Enfin, ajoutons l’air frais et, grâce au soleil, une dose de vitamine D.

Y a-t-il des dangers particuliers?
Il vaut mieux avoir un téléphone portable sur soi. Au cas où, par exemple, vous vous retrouvez à un endroit un peu isolé et que vous vous blessez, vous pouvez appeler les secours. Il ne faut pas oublier non plus les éléments naturels comme la chaleur, le froid ou un sol glissant, qui ne sont pas sans risque.

Selon vous, quelle saison est la plus propice pour s’entraîner en plein air?
Toutes les saisons s’y prêtent. Cela dit, il faut faire preuve de discernement. Au plus fort de l’été, il est préférable de s’entraîner tôt le matin alors qu’en hiver, le milieu de la journée est optimal.   Au printemps et en automne, il n’y a aucune restriction particulière.

À quel type de sportifs recommanderiez-vous de s’entraîner sur un parcours vita?
À tout le monde! En fait, c’est bien là l’idée, c’est-à-dire que chaque poste compte des exercices pour les sportifs débutants, amateurs et de haut niveau. Chacun peut donc choisir ce qui lui convient.

À quelle fréquence doit-on s’entraîner sur ce type de parcours pour observer des changements significatifs?
Cela dépend essentiellement du niveau de départ. L’Office fédéral de la santé publique recommande 30 minutes d’exercice par jour. Les sportifs expérimentés ne risquent rien en y allant trois fois par semaine. En revanche, les débutants devraient être attentifs aux signaux que leur envoie leur corps.

AE

Liens

Site internet des parcours vita Fitness urbain à Genève