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Tous en quête de bonheur

Témoignage Notre aptitude à être heureux dépend de nos gènes et de notre volonté. Victime d’un accident durant son enfance, l’athlète suisse en fauteuil roulant Manuela Schär raconte son parcours.

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EQ Images, Getty Images, Monique Wittwer, Bassam Jreidi et Xavier Voirol, DR
27 décembre 2017

Manuela Schär a décroché la victoire au marathon de New York le 5 novembre dernier.

 

Reportage

 

Une photo-souvenir prise lors de ses vacances en famille au Kenya, en 1991, deux ans avant son accident.

Des Norvégiens super heureux

Depuis 2012, des scientifiques mandatés par l’ONU étudient le niveau de bonheur de 155 pays du monde (voir en page 16). Les résultats sont publiés chaque année dans le World Happiness Report. Le dernier donne la Norvège comme le pays où la population est la plus heureuse. L’étude inclut des critères tels que le PIB et l’espérance de vie, mais aussi la liberté de prendre des décisions, l’honnêteté et la générosité.

Les scientifiques distinguent deux types de bonheur. D’une part le bonheur momentané et émotionnel, qui peut fortement fluctuer dans une journée: quand l’estomac crie famine, on est mal luné et quand il est plein, on est guilleret… Mais si après le repas on se retrouve coincé dans un embouteillage, l’humeur est à nouveau maussade. D’autre part, le bonheur d’une vie épanouie. Tous deux interagissent. «Celui qui multiplie les petits moments de bonheur se dit satisfait de la vie. Et celui qui se dit satisfait de sa vie est plus apte à savourer les petits moments de bonheur», observe Mathias Binswanger, spécialiste du bonheur et économiste suisse. Conclusion: les gens heureux vivent l’instant présent. Tout comme Manuela Schär. Contrairement à d’autres athlètes, elle ne se rue pas sur Facebook et Twitter dès que la course est terminée. «Pour pouvoir mettre des mots sur ces moments forts, j’ai besoin de temps», explique-t-elle.

Le rôle important de nos gènes

Notre aptitude au bonheur est innée à 50%, c’est-à-dire déterminée par nos gènes. Nous pouvons donc agir sur 50% de notre bien-être seulement. «Je préfère dire que nous avons une influence positive sur presque 50% de notre bonheur, ce qui est plutôt encourageant», sourit Mathias Binswanger. Le chercheur rappelle que l’homme est fait «pour vivre en bande», comme le chante Renaud dans «Manu». Ce qui compte, ce n’est pas son nombre d’amis, mais la qualité des liens. Manuela Schär se dit une «individualiste assumée». Toutefois, la jeune célibataire établie à Kriens (LU) n’est pas seule: «Il me suffit d’une soirée entre amis avec des échanges enrichissants et un bon repas pour me sentir heureuse.»

 

Plus d’argent ne mène pas forcément à plus de satisfaction

Mathias Binswanger (55 ans), économiste, spécialiste du bonheur

On dit que l’argent ne fait pas le bonheur. Les scientifiques sont d’accord avec cette affirmation, du moins en partie. «L’argent accroît le bonheur tant que nos besoins fondamentaux ne sont pas entièrement satisfaits. Mais avoir plus d’argent ne mène pas forcément à plus de satisfaction», constate Mathias Binswanger. Pour la plupart d’entre nous, un bon emploi se définit par une grande autonomie, des objectifs stimulants, une chouette ambiance de travail, un salaire honnête et la possibilité de pouvoir se concentrer pleinement sur ses tâches. Cela se traduit par un «flow», une sensation de plein épanouissement. Les loisirs offrent aussi cette possibilité. «Mais uniquement si l’on a assez d’énergie à investir dans son temps libre», note-t-il. C’est pourquoi notre chercheur recommande des loisirs actifs. «Les gens qui font de la randonnée, jouent d’un instrument ou apprennent une langue se disent plus épanouis que ceux qui passent leur temps libre devant la télé.» Vie sociale, argent, travail, temps libre: difficile de délimiter clairement le rôle que jouent ces différents facteurs dans le bonheur. «Pour ma part, tous ces composants sont étroitement liés au sport», indique Manuela Schär.

Qu’adviendra-t-il une fois sa carrière sportive terminée? Ou si le succès n’est plus au rendez-vous? «J’ai conscience du problème», affirme l’athlète suisse de handisport la plus médaillée de notre pays. «Dans mon entourage, j’ai des gens avec qui en parler. Je serai prête le moment venu. C’est justement cette certitude qui fait que je suis heureuse aujourd’hui.»

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Chez elle, à Kriens (LU), l’athlète se met volontiers aux fourneaux en vue d’une soirée entre amis.

Sérotonine, dopamine, ocytocine, endorphine, noradrénaline, phényléthylamine: autant de substances chimiques que l’on appelle «hormones du bonheur» car elles contribuent au sentiment de bien-être. Elles sont en partie produites par notre corps et en partie apportées par la nourriture. Quels aliments stimulent leur production?

Les noix. Elles contiennent beaucoup de sérotonine, qui détend et accroît la sensation de satisfaction.
Le chocolat. Il stimule la production de sérotonine: plus la teneur en cacao est élevée, plus le bonheur est grand!

L’ananas, les bananes et les prunes. Ils dopent eux aussi la production de sérotonine grâce au tryptophane qu’ils contiennent.

Le piment. Il augmente la sécrétion d’endorphine.

Les dattes et les figues séchées. On y trouve du tryptophane et du magnésium, ce qui nous rend moins sujets au stress.

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«Donnons-nous les moyens d’être heureux! Le bonheur, pour moi, c’est d’être épanouie dans mon travail, dans mes relations amicales et amoureuses. Je pense qu’on n’aura jamais atteint le bonheur parfait, mais qu’on le recherche constamment. Les voyages en font partie à mon sens, car ils sont très enrichissants. Je rentre d’ailleurs de Thaïlande et partirai au Québec bientôt!»

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«Réduisons nos exigences pour être plus heureux! La famille est très importante, le sentiment d’être aimé aussi. Quand je me sens bien dans mon corps et dans ma tête, avec une bonne énergie, sans stress et que j’ai le sentiment d’être libre de mes choix, c’est le bonheur. Avoir beaucoup d’argent, ce n’est pas le plus important.»
 

«Lorsque je voyage en Inde et que je vois des gens très pauvres qui ont le sourire et qui ont envie d’aider les autres, je me dis qu’on peut tous être heureux. Essayons de penser à tout ce qu’on a de bien dans la vie et de dire merci plutôt que de penser en négatif. Pour moi, le bonheur commence par un bon repas avec les gens que j’aime le plus au monde. Et il se poursuit avec de nouveaux horizons: dès que j’ai l’occasion d’apprendre quelque chose, je fonce.»

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La première condition du bonheur, selon le professeur de psychiatrie français Michel Lejoyeux (si si!), c’est de cultiver sa bonne humeur. Pour que chacun y parvienne, dans un récent ouvrage*, il livre des conseils au fil des saisons. Alors, on fait quoi pour booster sa joie de vivre en hiver?

  • On adapte ses horaires. On se couche moins tard et on se lève plus tôt. «Vous recalez ainsi le cycle de votre mélatonine pour la rendre plus adaptée au rythme de l’hiver.»
  • On sort! Même s’il fait froid et qu’il pleut. «La météo maussade est moins toxique que le fait de rester chez soi.»
  • On prépare son pain. Choisir sa farine, pétrir la pâte, sentir l’odeur du pain cuit: que d’émotions positives gagnées!
  • On respire de l’air pur. La pollution ferait baisser notre niveau de bonne humeur et augmenter les hormones du stress. Vive le ski, la luge et les balades en raquettes!
  • On fait le plein de lumière. Naturelle ou artificielle, elle nous aide à avoir moins faim, à mieux se concentrer et à avoir davantage de mémoire.
  • On dessine. Une activité «complète et complexe». L’art, un remède anti-déprime.

Pr Michel Lejoyeux, «Les 4 saisons de la bonne humeur», Éd. JC Lattès

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