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«Au final, c'est le goût qui compte»

Interview Philipp Wyss est chef de la Direction Marketing/Achats et vice-président de la Direction générale. Il explique pour quelles raisons Coop mise sur le bio depuis 25 ans.

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Yannick Andrea
29 janvier 2018

Philipp Wyss (51 ans) se rend parfois dans les étables doù provient le lait bio Naturaplan.


Achetez-vous des produits bio?
Je suis un grand fan de bio, à commencer par les t-shirts en coton bio de Naturaline. La qualité bio est également très importante pour moi lorsqu'il s'agit des fruits et légumes. Pour les produits laitiers, mon choix se porte sur les spécialités des régions de montagne ou les produits bio. Même chose pour la charcuterie. Il n'est pas évident d'opter pour le 100% bio, et ce n'est pas non plus le but.

Coop travaille en étroite collaboration avec Bio Suisse. Pourquoi?
Pour moi, il n'existe qu'une sorte de bio, celle certifiée par Bio Suisse (le Bourgeon) ou par Demeter. Dès le départ, nous avons misé sur le Bourgeon. Son cahier des charges doit être respecté aussi à l'étranger. Le Bourgeon va beaucoup plus loin que les normes bio en vigueur au sein de l'Union européenne (UE). Et nous sommes fiers que nos produits puissent porter ce label. Cela nous donne l'assurance d'être meilleurs et plus cohérents que le «bio UE» bon marché.

Les agriculteurs bio sont-ils suffisamment nombreux à produire selon ces directives?
Durant la seule année 2017, près de 400 nouveaux producteurs se sont annoncés auprès de Bio Suisse. Mais il en faudrait encore beaucoup plus. La région des Grisons est un exemple à suivre: la production y est à 50% biologique. Des vallées, comme celle du Rhin, sont totalement bio. Le val Poschiavo atteint pratiquement les 100%. De nombreuses autres régions ont encore du potentiel.

L'ancien dirigeant de Migros, Herbert Bolliger, a estimé que le bio n'était «pas efficace en termes de ressources». Y aurait-il une certaine naïveté chez Coop?
Je ne partage pas le point de vue de Monsieur Bolliger. Il est prouvé qu'à long terme, un sol exploité de façon biologique donne un meilleur rendement qu'un sol exploité de manière traditionnelle qui, tôt ou tard, finit par se dégrader et, sans rotation des cultures, devient de moins en moins fertile. En outre, les deux tiers de la planète sont organisés sous forme de petites paysanneries. Celles-ci produisent plus ou moins de manière naturelle, comme nous le faisions il y a un siècle.Il n'y a aucune naïveté chez Coop. Nous sommes convaincus que grâce à l'agriculture biologique, on ne pourra, certes, pas sauver le monde mais au moins le préserver.

Les produits bio sont souvent plus chers que les produits conventionnels. Ne peut-on pas rendre le bio moins cher?
Avec Naturaplan et les paysans bio, nous avons démontré que, même dans le domaine du bio, il est possible de réduire durablement les prix. Toutefois, les charges étant toujours plus élevées dans la production et le commerce bio, les prix ne peuvent pas être aussi avantageux que ceux des autres produits.
Je trouve qu'en Suisse, nous consacrons une faible part de nos revenus à l'alimentation (ndlr: moins de 7%). C'est la raison pour laquelle je crois que la majeure partie des Suisses peuvent se permettre d'acheter bio, ne serait-ce que quelques produits.

Quels sont les défis qui attendent le secteur bio?
On voit apparaître de nouvelles tendances. Végane, végétarien, bio – tout ceci est très cohérent. Le style de vie est extrêmement important. Nous voulons être à la pointe de la modernité et proposer des produits en qualité bio, faciles à emporter: des fruits secs, des plats préparés ou un café latte. Il n'y a plus de place pour les produits dont la seule qualité est d'être bio. Il faut aussi que ce soit bon, que le caractère culinaire ne soit pas négligé. Au final, c'est le goût qui compte.