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La saison des papillons

Les papillons fascinent depuis la nuit des temps. Mais aujourd’hui, leur habitat est menacé. Des solutions simples, accessibles à tous, permettent de préserver leur population.

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Getty Images, Kostas Maros, Fotolia, Markus Lamprecht, Tim Gainey / Alamy Stock Photo
02 juillet 2018

Reportage

Le Bernois Marc de Roche (74 ans) surnommé «Papa Papillon», donne naissance à ses insectes multicolores.

De la nourriture pour les papillons

Le machaon (photo ci-dessous) qu’élève Marc de Roche se régale surtout, au stade de chenille, d’herbes et de légumes (carottes, fenouil et aneth). Un grand nombre de chenilles signifie également la défoliation plus ou moins importante de plantes. Pour disposer d’un grand nombre de spécimens, leur éleveur doit également leur céder un peu de sa propre nourriture.

Papa Papillon est un modèle en la matière. Il utilise en effet le petit jardin qui entoure sa maison pour offrir de l’espace et de la nourriture aux papillons. Il a par exemple planté du fenouil doux et de l’aneth, dont raffolent les chenilles du machaon. Il aime particulièrement cette espèce du fait de sa belle coloration et de la forme originale de ses ailes. Mais même sa chenille offre un jeu de couleurs fascinant. Elle est verte et présente des raies noires ainsi que des points orange lumineux. Adulte, elle peut mesurer jusqu’à cinq centimètres. Nombre de ces chenilles naturellement colorées grimpent à présent sur les plants d’aneth de Marc.
 

La Suisse compte quelque 200 espèces de papillons diurnes et 3500 de papillons nocturnes.

Il fait pousser ces derniers dans des pots et des vases en verre au sein de ses aerariums. «Si un aquarium tient son nom de l’eau qu’il contient, l’aerarium est ainsi baptisé, car il est tout simplement rempli d’air», explique-t-il. Ces aerariums sont en fait de simples boîtes de différentes tailles dont les parois sont constituées de filets à mailles particulièrement fines. Elles s’ouvrent grâce à une fermeture éclair. Marc de Roche a lui-même conçu et développé ces conteneurs d’élevage de papillons. «Le filet très fin des parois tient à distance les parasites et les prédateurs. Les pensionnaires peuvent ainsi se nourrir et se transformer en chrysalides en toute quiétude», détaille Papa Papillon.

Qui aime les papillons doit aimer les chenilles»

Marc de Roche, éleveur de papillons

Ces insectes fascinent les enfants. En effet, nul besoin d’atteindre l’âge adulte pour se lancer dans l’élevage de papillons.

L’appellation d’éleveur de papillons n’est cependant pas tout à fait exacte. Marc de Roche les met en effet littéralement au monde. Pour ce faire, il collecte de petites branches d’aneth ou de fenouil sur lesquelles ont été déposés des œufs de machaon. Ceux-ci sont minuscules, de 1 mm environ de diamètre. Initialement de couleur jaune, ils foncent jusqu’à éclore pour libérer une petite chenille noire. Celle-ci change de couleur après chacune de ses quatre mues: d’abord brune, elle prend finalement une belle couleur lumineuse. A ce dernier stade, elle est également capable de se défendre: une fourche frontale lui permet de pulvériser de l’acide butyrique pour effrayer les prédateurs. Puis la chenille se transforme en chrysalide.

Il existe plus de 150  000 espèces de papillons et de nouvelles sont découvertes chaque année, parmi lesquelles non seulement des papillons diurnes, mais également nocturnes (qui représentent près de 90% de l’ensemble des espèces).

La Suisse compte près de 200 espèces de papillons diurnes et près de 3500 de papillons nocturnes. Les populations sont cependant menacées par divers facteurs et affichent même un certain recul. Notamment du fait de la raréfaction de plantes fourragères adaptées.
 

Papa Papillon forme la relève. Chez lui à Bümpliz (BE), il explique à son petit-fils Eliott (8 ans) quelle nourriture donner aux chenilles.

Des dangers omniprésents

Durant leur lente métamorphose d’œuf à papillon, les insectes sont constamment en danger. «Une femelle machaon pond environ 200 œufs», explique Papa Papillon. Mais nombre d’entre eux ne dépasseront pas ce stade initial. Ils seront en effet victimes de la pluie et de la grêle, ou bien d’autres insectes comme une espèce de guêpe prédatrice qui pond ses œufs dans ceux du machaon. Les petites chenilles écloses servent quant à elles de nourriture aux coccinelles. Ce n’est que lorsqu’elles deviennent plus grandes qu’elles peuvent enfin jouir d’une relative sécurité. «Seule environ une dizaine de chenilles se transforment en chrysalides.» Ces dernières sont cependant toujours menacées par les asticots et les syrphes (insectes) qui s’en nourrissent. «Au final, seuls deux papillons arrivent ainsi à terme.»

Une activité qui plaît aux enfants

Le passionnant développement des papillons intéresse aussi les enfants. Eliott, 8 ans, petit-fils de Papa Papillon participe à l’élevage. Il est très fort pour la chasse aux œufs notamment: «Il a de bien meilleurs yeux que moi», confirme le passionné.

Marc de Roche intervient également dans les écoles pour y transmettre ses connaissances sur les insectes. «Avec un encadrement attentif, les enfants peuvent eux aussi élever des chenilles. Ils doivent alors apprendre à se responsabiliser vis-à-vis des insectes.»

Car non seulement les chenilles, mais aussi les papillons ont besoin de manger. Ces derniers se nourrissent essentiellement de nectar. «Nous avons besoin de davantage de plantes sauvages indigènes pour les papillons», explique Marc de Roche. «Il faudrait aussi espacer les tontes, voire ne pas tondre du tout. Et bien sûr, cultiver son jardin avec des méthodes biologiques.» Coop s’engage également en faveur des insectes, en offrant notamment un kit de plantation aux écoles afin qu’elles créent des jardins servant d’habitat pour les papillons (à lire ici).
 

Une prairie à papillons

Il est également indispensable de ne pas toucher aux soi-disant «mauvaises herbes» comme les orties. Elles servent en effet de nourriture au superbe paon du jour, à l’amiral, à la petite tortue ou à la vanesse du chardon. Au total, ce sont près de 30 espèces pour lesquelles l’ortie est des plus utiles. Parmi d’autres plantes adaptées aux papillons figurent notamment le phlox, l’échinacée, la fleur d’origan ou l’orpin. Papa Papillon a également consacré une grande partie de son jardin à des plantes à fleurs très prisées des papillons. Tout en leur servant de nourriture, elles permettent de les observer à loisir au sein d’une superbe prairie fleurie. Homme aussi bien que papillon y trouvent ainsi leur compte!

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  • Le sphinx du liseron peut atteindre une vitesse de 100 km/h.
  • La zygène est le papillon d’Europe affichant la durée de vie la plus longue, soit jusqu’à 12 mois. D’autres espèces vivent quelques semaines.
  • Le papillon monarque peut migrer sur une distance de 3000 km, reliant le Mexique au Canada.

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Les stades du développement d’un machaon

D’œuf à lépidoptère
La ponte: Tout commence par un œuf. Les papillons ont non seulement besoin d’une nourriture appropriée, mais aussi de plantes spécifiques sur lesquelles ils déposent leurs œufs.
Le machaon pond par exemple ses œufs sur les plants de fenouil doux, de carotte ou d’aneth.

Les stades de la chenille: La chenille se développe dans l’œuf en huit à dix jours. Elle est noire et mesure près d’un demi-centimètre lors de l’éclosion. Elle va d’abord se nourrir de l’enveloppe de l’œuf, avant de s’attaquer à la plante sur laquelle elle se trouve. Elle va ensuite muer à plusieurs reprises au cours de sa vie, à intervalle régulier d’environ une semaine. De couleur noire avec une tache blanche au départ, elle arbore ensuite des points marron et blancs.
A cette étape précoce, la chenille ressemble à un excrément d’oiseau, ce qui lui assure ainsi une certaine protection. Ce n’est qu’au stade adulte que la chenille affiche enfin une couleur plus ostentatoire: vert clair avec des rayures noires et des points orange, pour une taille de près de 5 cm. Avant la nymphose, elle mange une dernière fois autant qu’elle le peut.

La nymphose: Après un maximum de 36 jours, la chenille cherche un endroit où se suspendre verticalement pour la nymphose. Ce processus dure parfois plusieurs jours. Son accrochage à une feuille ou à une paroi prend également un certain temps. Quand tout est prêt, la peau de la chenille éclate au niveau de sa tête pour laisser apparaître une chrysalide encore verte et molle. La dernière mue est réalisée. Deux heures plus tard, la chrysalide est durcie.

La chrysalide: Ce stade dure plus ou moins longtemps chez le machaon selon la longueur du jour au moment de la nymphose. Si celle-ci est inférieure à 16 heures, la chrysalide va hiberner et ne laissera place au papillon qu’au printemps suivant, à partir du mois d’avril. Sinon, le papillon sortira de sa chrysalide après trois semaines.

L’éclosion du papillon: Il faut un peu de chance pour pouvoir observer le grand moment où la chrysalide éclate pour libérer le papillon. Ses ailes sont alors encore froissées et il faudra environ deux heures supplémentaires avant que le machaon puisse les utiliser.

Le jardin des enfants

Grâce à laction Ecoles fleuries les enfants ont fait du jardinage leur nouveau hobby.

Pour la troisième année consécutive, Coop et Bio Suisse ont distribué à différentes écoles de toute la Suisse plus de 1200 kits de plantation sous la bannière «Ecoles fleuries». Au printemps, les classes ont ainsi reçu des semences pour des légumes et des fleurs bio ainsi que des jeunes plants d’herbes destinés à offrir un précieux habitat aux abeilles, mais aussi aux papillons. Sur le site Internet de cette action, vous pouvez découvrir les belles réussites des écoles de Pully, d’Echallens, de Giez, de Bassecourt, de Bienne et de nombreuses autres villes et villages de Suisse.

Biodiversité côté pratique

«J’adore vraiment planter des graines», affirme Wladimir, 10 ans, de l’école publique de Zopf à Adliswil (ZH) qui a participé à cette action. «Mais les carottes et les radis mettent tellement de temps à pousser!» A ses côté, Alicia (11 ans) et Kristina (10 ans) attachent avec une ficelle des bottes de lavande. «C’est pour éviter de marcher dessus lorsque nous observons les autres plantes», expliquent-elles.

Patrick Schnyder, jardinier et enseignant dans cette école, aime tout particulièrement les plantes aromatiques. «Elles éveillent de nombreux sens chez les enfants», se réjouit-il. «Les plantes arborent de superbes fleurs, leurs feuilles dégagent un parfum très agréable et elles sont comestibles. En même temps, elles permettent aux enfants d’en apprendre davantage sur les cycles de la nature.»

Les dix-neuf élèves en troisième et quatrième année de l’école de Zopf font partie des plus de 3800 classes scolaires regroupant plus de 65  000 enfants, adolescents et enseignants participant depuis 2016 à cette «initiative verte». Ensemble, ils ont fait pousser des plantes sur une parcelle de plus de 50  000 m2.

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