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L'ÉDITION DES JEUNES
TRAVAIL

Laissez-nous choisir!

L’adolescence est une période difficile. Changements physiques et psychiques surviennent, avec en plus une question des plus angoissantes: qu’est-ce que je vais faire plus tard?

TEXTE
05 novembre 2018

Etudes ou apprentissage? Choisir sa formation est un casse-tête et une source importante de pression.

Mais pourquoi nous demander à nous les jeunes de choisir un métier ou une formation alors que nous n’avons pas encore eu la possibilité d’explorer toutes les propositions qui s’offrent à nous? Finalement, c’est peut-être là l’erreur qui peut nous effrayer, comme si après cette décision, aucun changement ne sera plus possible et qu’on sera destiné à rester dans la voie choisie.

Il y a plusieurs étapes pour traverser cette période difficile. Premièrement, selon Sarah Roubato {retrouvez son interview complète ici}, anthropologue et écrivaine (voir l’encadré en page 21), ce questionnement est avant tout identitaire: «Il faut d’abord savoir identifier à quoi on aspire, quels sont nos intérêts, s’écouter, mais également savoir à quoi on veut participer pour être en accord avec nos valeurs.» C’est pourquoi elle propose d’aborder cette question sous un autre angle: demandons-nous dans un premier temps quel est le «verbe» de notre vie, ce qui nous reflète, nous correspond. Cette astuce permettra d’avoir un regard plus vaste et complet sur des métiers qui s’offrent à nous et qui pourront nous épanouir.

A 15−16 ans, à la fin de l’école obli­gatoire, nous devons prendre une première décision. En général, jusque-là, on ne se posait pas vraiment de questions. On a le choix de commencer un apprentissage et donc entrer dans le monde du travail − ce qui n’est pas toujours évident, surtout aussi jeune −, aller au gymnase et choisir des options (langues, économie, philo…), faire une année supplémentaire pour améliorer nos résultats scolaires et avoir plus de temps pour choisir.

Ensuite, il y a aussi et déjà un préavis selon nos notes. Justine Grosclaude (15 ans) {retrouvez son interview complète ici}, étudiante en première année de gymnase avec option philosophie/ psychologie affirme: «Les professeurs ne parlent pas beaucoup des différentes possibilités qui s’offrent à nous, car ils partent du principe que ceux qui sont en voie prégymnasiale feront de longues études et ceux en voie générale entreprendront un apprentissage.»

Donc n’hésitez pas à vous renseigner par vos propres moyens sur les différents apprentissages ou études existants. Faites des stages, rendez-vous sur le terrain pour voir la réalité professionnelle et posez des questions.

Faire des stages, découvrir de nouveaux métiers, ne pas avoir peur de se tromper, peut dédramatiser ce moment délicat.

L’influence des parents

Certains ados savent exactement ce qu’ils veulent faire dès leur plus jeune âge. Justine, par exemple, depuis petite veut faire un métier artistique, tel que du théâtre ou de la danse. Toutefois, elle a décidé avant toute chose d’obtenir sa maturité gymnasiale: «Mes parents veulent juste que j’aie une base stable, car si un jour je veux changer de voie j’en aurai la possibilité. Ce qui les rassure et ça me rassure aussi car je suis consciente que ça peut être un métier moins stable que d’autres.» Après ses études, Justine espère bien pouvoir réaliser son rêve.

D’autres facteurs encore peuvent influencer notre décision, comme la pression des parents. Certains d’entre eux souhaitent que leur ado suive une certaine voie, fasse de grandes études pour leur propre prestige, pour pouvoir se vanter du parcours de leur enfant. «Une de mes amies voulait suivre un apprentissage, explique Justine, mais ses parents l’ont obligée à faire des études. Comme elle n’avait pas les notes, elle a dû refaire une année pour pouvoir y accéder. Elle n’était pas très motivée…»

D’autres, inquiets de l’avenir de leur enfant, l’empêchent de changer de voie, même si celle-ci ne lui convient pas. Ils craignent qu’il se retrouve sans formation et ne lui donnent pas la possibilité d’explorer de nouveaux territoires, de découvrir des métiers plus créatifs et moins conventionnels. «C’est aussi à vous, chers parents, commente Sarah Roubato, de leur transmettre la curiosité et le courage d’aller hors des sentiers battus.»

Profs malavisés

L’étroitesse d’esprit de certains professeurs joue aussi un rôle: «Un prof m’a dit que ça ne servait à rien de vouloir faire un métier artistique, qu’en Suisse on n’avait aucune chance d’en vivre et qu’il fallait que je trouve quelque chose de plus réaliste, explique Justine. Selon lui, ce n’est pas un vrai métier.» Par chance, elle n’en a pas pris compte et continue à croire en son rêve.

Il y a encore la pression de notre société et la réalité du coût de la vie. Certains d’entre nous choisissent un métier non pas par intérêt personnel mais pour le salaire, et n’oseront pas entreprendre une autre formation par peur de ne pas pouvoir subvenir à leurs besoins. Pour Fleur Mast (22 ans) {retrouvez son interview complète ici}, étudiante en première année en Relations internationales à Genève, le but n’est pas de faire fortune: «Je n’ai pas besoin de millions mais de quoi vivre et un peu plus. Le principal, c’est quand même d’être heureux dans la vie. Ça ne sert à rien d’avoir des millions sur un compte mais détester ce que l’on fait et faire un burn-out.»

Un apprentissage après des études

Pour dédramatiser cette période, Sarah Roubato nous rappelle: «De nos jours, nos choix ne sont pas définitifs et surtout, ce n’est pas parce qu’à l’école obligatoire on est dans une certaine catégorie que nous devons la suivre.» Chacun est donc libre de bifurquer. «Il faut vivre pour soi et non pour autrui», complète Estelle (18 ans) {retrouvez son interview complète ici}, apprentie cuisinière en 1re année.

Je vais vous avouer que moi-même, j’ai été au gymnase sans vraiment avoir un projet d’avenir. Puis lorsque j’ai dû décider de la suite, je me suis dirigée vers l’université, peut-être par logique ou par peur. Je me suis assez vite rendu compte que ce n’était pas ce qui me plaisait pour le moment. Alors j’ai commencé un apprentissage d’employée de commerce dans le but de faire des spécialisations par la suite et je suis épanouie avec cette décision. Alors écoutez-vous, tentez et ne regrettez rien!

Gaëla Nanchen (21 ans)

Apprentie employée de commerce à la centrale administrative de Renens (VD)

 

​​​​​​​Leonie Näpflin (24 ans)

Apprentie gestionnaire du commerce de détail au Brico+Loisirs de Stans (NW)


Sarah roubato

Cette écrivaine et anthropologue française écrit, après les attentats du Bataclan en novembre 2015, un texte sur Mediapart qui sera lu par plus d’un million et demi de personnes en trois jours. Elle réalise des portraits sonores et des articles sur son site (www.sarahroubato.com). En 2016, elle publie «Lettres à ma génération» (Ed. Michel Lafon), puis «Trouve le verbe de ta vie: lettre à un ado» (Ed. La Nage de l’Ourse), et sort un premier roman la même année, «30 ans dans une heure», chez Publie.net.


Nos conseils pour trouver sa voie

  1. Demandez-vous à quoi vous voulez participer, et pas seulement ce qui vous plaît.
  2. Faites des stages dans les domaines qui vous intéressent.
  3. Consultez un conseiller d’orientation hors de l’école.
  4. Acceptez d’explorer, de perdre du temps et de vous tromper.
  5. Ecoutez votre cœur et vos envies.