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Le parfum, un univers à explorer

Nimbé de mystère et de secrets, le monde enivrant des fragrances peut intimider. Il faut oser sentir, essayer, y aller à l’intuition pour choisir un flacon qui nous ressemble. Conseils et gestes pour apprivoiser les parfums.

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Getty Images
17 décembre 2018

«Il n’y a pas de sexe dans le parfum. Connotation féminine ou masculine, voilà une construction culturelle. On peut s’en affranchir et essayer un parfum d’un autre genre»

 

«Ne pensez surtout pas que le monde se divise entre les nez qui savent sentir et les autres», insiste Jeanne Doré, critique de parfums. Avec son aura de mystère, la parfumerie est un monde que le public trouve souvent difficile à appréhender. Dommage, selon cette Française qui estime que chacun a les outils nécessaires pour apprécier et juger les créations. «La plupart des gens sont complexés, car ils n’ont pas eu d’éducation olfactive. Mais on est tous capables de ressentir et d’avoir un avis. Il faut regagner confiance en son jugement!» A travers un ouvrage (voir ci-dessous), un site (auparfum.com) et la revue Nez, Jeanne Doré (44 ans) œuvre à démystifier cet univers, sous pseudonyme pour garantir son indépendance.

A qui souhaite approfondir ses facultés olfactives, elle recommande de s’entraîner sur les odeurs du quotidien. On pense aux effluves du café qui embaument la cuisine, au parfum d’une fleur ou à celui d’une inconnue dans le bus. «Demandez-­vous ce que cette odeur éveille en vous. Si on s’ouvre à cette capacité, on sera alors davantage à l’écoute de ce sens, intimement lié aux émotions.» En effet, le bulbe olfactif – organe traitant les informations relatives aux odeurs – est connecté aux structures du cerveau impliquées dans la mémoire et les émotions. C’est pour cela qu’un parfum peut raviver un souvenir avec force. Mais comment faire pour choisir un parfum, ou en découvrir de nouveaux? Se retrouver parmi les étagères bien garnies d’une parfumerie à l’atmosphère saturée d’odeurs peut vite nous faire tourner la tête! «Il y a tellement de choix sur le marché, presque trop, c’est très compliqué», compatit le parfumeur Yann Vasnier (42 ans) qui œuvre chez Givaudan. Et la surabondance de nouveautés n’aide pas.

«Il n’y a pas de sexe dans le parfum. Connotation féminine ou masculine, voilà une construction culturelle. On peut s’en affranchir et essayer un parfum d’un autre genre»

S’aider des notes olfactives

Pour diriger sa quête, le conseil du créateur est de partir d’un parfum qu’on a aimé porter ou qu’on apprécie sur un proche. Regardez sur le web ou demandez en magasin quelles notes il contient. Voilà une première piste: vous saurez lesquelles vous appréciez, par exemple des notes florales, orientales, etc. Les «familles olfactives», un classement des parfums existant depuis 50 ans, peut aider à s’orienter. Les principales catégories sont les floraux, les boisés (santal, cèdre, vétiver), les hespéridés (agrumes), les orientaux (accords de vanille, de fève tonka), les chyprés (autour de notes de mousse de chêne, de bergamote, de patchouli), les fougères (notes courantes dans les parfums pour hommes, avec un accord de lavande, géranium, coumarine), etc. «Cela permet de guider son choix, mais il ne faut pas bloquer dessus, prévient Jeanne Doré. Ce n’est pas parce qu’on aime une famille qu’on va devoir lui rester fidèle pour tous ses parfums. Et de même, ce n’est pas parce qu’on n’a pas aimé une création avec des notes de rose, car elle nous faisait trop penser à notre tante, que tous les parfums à la rose vont nous décevoir.» Il faut donc garder un esprit ouvert et aventureux: tester, essayer et prendre le temps. Pour la spécialiste, il faut oser y aller à l’instinct. «Si on trouve le flacon moche, mieux vaut laisser tomber et se diriger vers des choses qui vous attirent visuellement, dont l’univers vous parle!», déclare-t-elle.

Prendre le temps de sentir

Il est aussi judicieux de revenir plusieurs fois en parfumerie, car après avoir senti quelques fragrances d’affilée sur des touches en papier, nos sens ne sont plus si aiguisés. Si l’on a trouvé quelque chose qui nous plaît, on teste le parfum sur son poignet, puis on demande un échantillon pour découvrir comment il évolue dans le temps. En effet, les notes de tête, volatiles, sont dévoilées en premier, ensuite viennent les notes de cœur et les notes de fond, qui vont perdurer sur la peau.

L’important est avant tout de juger si on se sent bien avec un parfum – même si les compliments des autres sont un signe. A propos, peut-on se tromper totalement lors de son choix? L’idée qu’une fragrance puisse «virer» sur certaines personnes est une idée reçue selon Jeanne Doré. Oui, elles évoluent différemment sur nos peaux, mais pas au point de se dénaturer à cause d’une mauvaise alchimie. «Par contre, il y a des parfums qui ne vont pas nous correspondre, car on va simplement… ne pas les aimer sur soi!», indique l’experte.

La vague gourmande

Aujourd’hui, un style est omniprésent dans les boutiques. Les parfums dits gourmands, aux notes de vanille ou de caramel, inspirées des pâtisseries, représentent six lancements sur dix! Des exemples? La Vie est belle, La Petite Robe Noire, Black Opium... «C’est une catégorie surreprésentée dans la parfumerie grand public, et on peut s’en lasser», observe le parfumeur Yann Vasnier. Comme l’odorat est un sens primaire, on va facilement apprécier ce qui est familier, d’où le succès de ces notes rappelant des desserts «Ces créations vont plaire à tout le monde et comme elles sont très mises en avant, elles ont tendance à occulter la diversité des présentoirs», regrette Jeanne Doré.

La critique souhaite inciter le public à être plus curieux… et à varier les plaisirs. En plus de son parfum gourmand favori, pourquoi ne pas tenter d’élargir ses horizons? «Dans les chaînes de parfumeries se cachent des chefs-d’œuvre: les grands classiques!» Ce ne sont pas les plus mis en avant, mais ils sont là, prêts à être redécouverts. «Après, parmi les dernières sorties, Cartier ou Hermès proposent des créations très intéressantes», ajoute-t-elle.

Polygamie olfactive

L’envie de varier peut être une autre raison de cultiver sa curiosité. Rien n’oblige à n’avoir qu’un parfum de prédilection. «Moi-même, je cultive une sorte de fidélité dans l’infidélité, une polygamie olfactive, lance Jeanne Doré. Avoir plusieurs parfums permet de composer selon son humeur du jour. Après tout, un parfum dit beaucoup sur soi.» (Voir le sondage de Coopération, combien de parfums possédez-vous?)

Oser un parfum de l’autre sexe

Et pourquoi ne pas emprunter le parfum de son (sa) conjoint(e)? «Il n’y a pas de sexe dans le parfum. Son genre a été créé par le marketing!», insiste l’experte. «C’est une différence plutôt culturelle», renchérit le parfumeur Yann Vasnier. Par exemple, dans les pays arabes ou en Inde, les hommes portent des parfums floraux et gourmands.» Des notes qui sont connotées «féminines» en Occident. Alors faut-il oser piocher au rayon de l’autre sexe? «Evidemment! Tout est possible», dit le parfumeur. Et Jeanne Doré de souligner: «On ne perd pas sa virilité en portant un parfum fleuri! Dans la parfumerie de niche, les flacons sont d’ailleurs quasiment tous unisexes.»

Finalement, en matière de parfum, il n’y a pas de règles! Si ce n’est d’expérimenter et de s’écouter. Chacun devient un expert de ses propres fragrances et peut prendre du plaisir à les choisir et à en découvrir de nouvelles.

Agenda: deux expos à voir bientôt à Lausanne:

«Nez à Nez. Parfumeurs contemporains», au Mudac dès le 15 février 2019

«Quel flair! Odeurs et sentiments», au Musée de la Main dès le 15 février 2019

 

Parfumeur, un métier créatif

«Raconter une histoire»

Dans ce monde secret où les formules sont gardées sous clef, des créateurs imaginent des fragrances, œuvrant directement pour des marques ou pour des maisons de composition, comme Givaudan ou Firmenich. Ces entreprises internationales, fondées en 1895 et toutes deux basées à Genève, réalisent ainsi des parfums pour des marques. Yann Vasnier, parfumeur pour Givaudan, est basé dans les locaux parisiens de l’entreprise.

Une palette de 2400 odeurs

«Un parfumeur doit avoir des qualités créatives, mais aussi être à l’écoute des désirs de la marque.» Il travaille en équipe, avec des évaluateurs qui le guident et apportent des idées. «Notre travail est jugé et critiqué constamment. Dans ce métier, il faut être fort», déclare-t-il.

Pour créer un parfum, il jongle avec un catalogue de 400 matières premières naturelles et plus de 2000 matières de synthèse, qu’il a en tête. «On peut partir de quelques ingrédients et les combiner ensemble, rechercher le bon équilibre. A partir de cet accord, on ajoutera différentes notes (citrus, boisé...). La création est comme une sculpture: on ajoute des ingrédients, on en enlève, on en rajoute.» Après des mois de travail, le parfum peut en contenir seulement 10... ou 150! «L’important, c’est de raconter une histoire.»

 

À 360 degrés

Grâce à de nombreuses illustrations, ce livre explique concrètement comment les parfums sont fabriqués. Un ouvrage pédagogique précis, à mettre sous le nez de tous les amateurs. «Le Grand Livre du Parfum», du collectif Nez

 

Astuces

Comment savoir si on se parfume trop?

Au bout d’un moment, on s’habitue à l’odeur de son parfum et on ne le sent plus! D’où le risque de trop en mettre. «Pas besoin de s’asperger de parfum! Selon l’intensité de celui-ci, deux ou trois sprays sur le poignet devraient suffire», conseille Yann Vasnier, parfumeur. En cas de doute, interrogez votre entourage proche: trouve-t-il votre sillage trop odorant?

Se parfumer sur la peau ou les vêtements

Chaque technique a son avantage. Sur la peau, le parfum se révèle au fil de la journée, et on peut changer souvent de fragrance. Il faut juste éviter les zones sujettes à la transpiration, car l’humidité altère l’odeur et la tenue.

Si on se parfume sur les vêtements ou une écharpe, c’est agréable de retrouver l’odeur le lendemain. Mais comme elle va s’accumuler au fil des jours, elle peut devenir plus lourde. Côté tissus, évitez de pulvériser du parfum sur les matières synthétiques, qui les dénaturent, et préférez les matières naturelles (coton, soie, laine…).

Où se parfumer? Infographie

Idéals, les points de pulsations comme le poignet, derrière l’oreille, au creux du coude ou du genou sont les parties du corps les plus chaudes et contribuent à révéler le parfum. Multiplier les endroits permet à l’odeur de circuler lors d’un mouvement et de se diffuser.

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