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NOS DEFENSES IMMUNITAIRES

Un corps bien gardé

Sans le système immunitaire, l’humanité aurait périclité depuis bien longtemps.
Au quotidien, les agents pathogènes auraient la partie facile car nous n’aurions aucune défense à leur opposer.

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FOTOLIA, GETTY IMAGES | ILLUSTRATIONS: Anja Denz
19 novembre 2018

Toux, rhume, otite moyenne, pneumonie, cystite et infections grippales, voire «vraie» grippe, s’invitent de nouveau dans nos quotidiens. L’hiver passé, la Suisse a subi la pire vague d’épidémie grippale qu’ait connue le pays depuis des années. Et même au cœur de l’été, certains d’entre nous se sont retrouvés cloués au lit avec des symptômes qui ne laissent aucun doute sur la virulence de l’agresseur. Dès lors, la question qui se pose est la suivante: qu’est-ce qui nous attend cet hiver? Notre système immunitaire peut-il nous protéger contre le retour en force des agents pathogènes?

Selon les connaissances actuelles au sujet des origines de l’humanité, l’Homo sapiens est apparu il y a 300000 ans. Or le système immunitaire, ou du moins ses grandes lignes, remonte à bien plus longtemps. Celui des vertébrés évolue depuis plus de 450 millions d’années, au rythme des changements de morphologie et de mode de vie des différents animaux. Pour chaque nouveau spécimen, être humain inclus, la nature a conservé la structure basale tout en procédant à des ajustements selon les espèces. Ce processus reste aujourd’hui fondamental. En effet, le système immunitaire apprend à chaque instant de notre existence. Un bébé vient ainsi au monde avec l’«équipement de base», le système immunitaire inné.

L'exercice au grand air, sans modération et par tous les temps, est excellent pour les défenses immunitaires.

«Bien que tout être humain naisse avec un système immunitaire complet, d’importantes transformations se produisent pendant les premières années de la vie. Elles sont l’expression du processus de maturation induit par l’exposition permanente aux agents pathogènes comme les bactéries et les virus», explique Ingmar Heijnen (51 ans), responsable du service d’immunologie médicale à l’Hôpital universitaire de Bâle. Tout comme les enfants, leurs défenses sont capables d’apprendre et de gagner de l’expérience au contact du milieu dans lequel elles évoluent. C’est ainsi que naît la mémoire immuno­logique, qui se développe tout au long de la vie. Dans le jargon médical, elle est qualifiée de système immunitaire acquis. C’est grâce à elle que les agents pathogènes connus peuvent être combattus efficacement. Deux personnes qui échangent un baiser passionné partagent quelque 80 millions de bactéries. Et pourtant, les couples amoureux ne sont pas constamment malades! Une étude de l’Université d’Amsterdam (Pays-Bas) a mis en évidence un phénomène surprenant: plus les partenaires s’embrassent, plus les bactéries de leur microbiote oral sont communes. «Si un agent pathogène que le système immunitaire a déjà combattu se retrouve dans l’organisme, il est identifié et peut rapidement être attaqué et éliminé avant de provoquer des dommages importants», explique le médecin. C’est le fondement de l’efficacité de la vaccination. Et de souligner: «Pour mieux préparer l’organisme à lutter contre certaines maladies, la vaccination est indispensable. On prétend qu’il est essentiel pour le système immunitaire d’un enfant de subir des maladies infectieuses afin de renforcer sa capacité de défense. C’est faux, illusoire et même dangereux.»

Parallèlement aux vaccins, les mesures d’hygiène adoptées au XXe siècle comme la stérilisation ont contribué à faire reculer les maladies infectieuses dans les pays industrialisés. «Ceci étant dit, seul un petit nombre de ces maladies a été enrayé – la majeure partie d’entre elles représente toujours un risque pour la santé», précise Ingmar Heijnen.

Les courtes douches froides stimulent la circulation sanguine et renforcent notre organisme.

Matière inflammable

Les inflammations constituent une part importante des défenses immunitaires; elles s’inscrivent dans le processus naturel de guérison. Une inflammation ne commence pas seulement quand une plaie est infectée par des bactéries, quand elle suppure ou quand elle ne cicatrise pas bien. Elle débute quand l’organisme tente de combattre un stimulus nocif tels une blessure ouverte, une contusion ou un infarctus du myocarde. Si l’inflammation devient incontrôlable, elle peut devenir destructrice, voire fatale. On a découvert que pour qu’une inflammation puisse se produire, les cellules impliquées construisent au préalable des structures protéiques complexes: les inflammasomes. Ils se forment très rapidement et se désagrègent peu de temps après le stimulus déclencheur. Toutefois, si leur formation ou leur dégradation tournent mal, des maladies surviennent. Fait étonnant, les mêmes inflammasomes interviennent dans le cadre de pathologies très diverses comme la maladie d’Alzheimer, la polyarthrite, la sclérose en plaques, la stéatose ou la goutte, et donc également dans le cadre d’affections qui jusqu’ici n’étaient pas considérées comme étant inflammatoires. Jusqu’à présent, chacune de ces maladies avait ses «propres» médicaments. Grâce aux nouvelles avancées scientifiques, les chercheurs espèrent pouvoir développer des préparations susceptibles d’influencer le cycle des inflammasomes d’une manière générale. Révolutionnaire!

Rien ne va plus

Le surpoids est préjudiciable aux défenses immunitaires. Il peut être à l’origine d’une inflammation du foie, lequel va enfler, voire développer une stéatose. Parfois, ce processus peut déboucher sur une cirrhose fatale. Le déficit de sommeil est également une source de fragilité: une étude de l’Université de San Diego (Etats-Unis) a démontré que les personnes qui dorment six heures ou moins ont quatre fois plus de risques de s’enrhumer que les grands dormeurs. Le manque de repos suffit à rendre l’organisme plus vulnérable aux virus à l’origine d’un refroi­dissement. Ingmar Heijnen précise: «En règle générale, les études situent la limite de risque entre cinq et six heures.»

«Le système immunitaire a un potentiel énorme»

Ingmar Heijnen

Le stress permanent est aussi problématique: il altère la coagulation, la guérison des plaies, la résistance aux inflammations et l’efficacité de la vaccination. Les femmes enceintes souffrant de stress ou subissant de lourdes sollicitations psychologiques sécrètent davantage de cortisol, l’hormone du stress. En résulte un risque accru d’asthme pour leur bébé. La plupart du temps, l’équilibre est retrouvé au cours des premières années de la vie. Mais si la charge mentale ne s’allège pas, c’est une tout autre affaire: les tensions émotionnelles ou les traumatismes subis durant la jeunesse peuvent être à l’origine à l’âge adulte de maladies infectieuses comme les rhumatismes. A tout moment de la vie, le stress permanent affaiblit le système immunitaire et rend vulnérable aux infections et aux allergies.

Se faire du bien

Rassurez-vous: le mécanisme fonctionne dans les deux sens. Il existe également des répercussions positives. Ainsi, une conception optimiste de la vie donne un véritable coup de fouet au système immunitaire. Les douces émotions abaissent la tension artérielle, la fréquence cardiaque et les paramètres inflammatoires. Elles préviennent la formation de caillots de sang.

Une relation de couple saine est aussi efficace. Les études de l’Université de Zurich ont montré que les gestes tendres permettent de contrebalancer les tensions accumulées dans la sphère professionnelle. Les animaux de compagnie sont aussi bénéfiques pour l’être humain: leur affection permet ainsi de faire chuter la tension artérielle et le risque d’infarctus.

Le mode de vie est primordial. Pour le spécialiste bâlois, «une activité physique régulière, un sommeil suffisant et une alimentation équilibrée sont essentiels pour la santé et des acteurs majeurs de la lutte contre les agents pathogènes». Il est en outre judicieux de faire le plein d’air pur et, en hiver, de se rendre de temps en temps dans un établissement thermal. Voilà qui devrait vous éviter de prendre des fortifiants. Ceci étant dit, si vous êtes malade au point de garder le lit, votre pharmacie est votre meilleure alliée. Katharina Dietze (32 ans), de chez Coop Vitality, invite toute personne qui contracte un rhume ou souffre d’une infection grippale malgré un mode de vie sain à prendre conseil auprès d’une pharmacie Coop Vitality.

Les défenses immunitaires sont une merveille de la nature. Immunologiste de longue date, Ingmar Heijnen n’a rien perdu de son enthousiasme: «Le système immunitaire est fascinant; il présente un potentiel énorme. Il est en effet capable d’identifier et d’éliminer un nombre incalculable de bactéries, de virus, de champignons et de parasites.» Cependant, ce mécanisme subit les affres du temps. «Avec l’âge, l’efficacité des cellules et des organes du système immunitaire diminue. De plus, la mémoire immunologique peut se perdre», explique-t-il. Plus nous vieillissons et plus nous oublions. C’est ainsi...

Les soldats du système immunitaire

Le système immunitaire peut être comparé à une troupe d’élite. Dans ses rangs, on retrouve:

. Les commandants: les lymphocytes T auxiliaires sont des cellules qui organisent la défense au moyen de neurotransmetteurs.

. Les troupes de défense: les granulocytes et les macrophages (également qualifiés de phagocytes ou de cellules tueuses) attaquent les germes pathologiques et les rendent inoffensifs.

. Les colombes de la paix: les lymphocytes T régulateurs empêchent les autres cellules immunitaires d’attaquer les cellules saines.

. Les armuriers: les lymphocytes B fabriquent des anticorps qui neutralisent les intrus indésirables comme les virus, les bactéries ou les champignons. «Intelligents», ils reconnaissent les agents pathogènes auxquels ils ont déjà eu affaire.

. Le commando de tueurs: les cellules tueuses patrouillent dans l’organisme à la recherche de cellules malades (par exemple contaminées par un virus), puis les éliminent.