Les secrets des cheveux | Coopération
X

Recherches fréquentes

Lifestyle

Les secrets des cheveux

Quoi de plus banal qu’un cheveu? Et pourtant, savez-vous comment il pousse ou s’abîme, ou de quoi il est formé? Plongée fascinante dans les recherches d’un labo à la pointe.

18 juin 2018
Insolite: la machine «Soniphy Hair», conçue au Japon, retranscrit l’état des cheveux sous la forme de… musique.

Insolite: la machine «Soniphy Hair», conçue au Japon, retranscrit l’état des cheveux sous la forme de… musique.

Qu’ils soient bouclés ou lisses, portés longs ou courts, teints ou décolorés, les cheveux sont une expression de la personnalité de chacun. Chaque tête en arbore de 100   000 à 150   000, qui poussent d’environ 1 cm par mois. Nous ne sommes pas tous égaux de ce côté-là, car la croissance varie selon l’individu et l’origine ethnique. Ainsi, en moyenne, les Asiatiques gagnent mensuellement 3 mm de plus que les Occidentaux. Pour parfois atteindre des longueurs insolites: au sud de la Chine, une femme a laissé pousser sa chevelure durant 26 ans, et elle mesure à présent 4 mètres!

Mais au fait, comment naît un cheveu? Sous la peau du crâne, c’est un organe appelé le follicule pileux qui le fabrique, millimètre par millimètre. Comme la pointe est la partie la plus ancienne, c’est aussi la plus abîmée, d’où les cheveux fourchus. Les éléments qui agressent nos crinières sont nombreux: rayons UV, pollution, eau, colorations, mais aussi nos gestes du quotidien comme l’usage d’un sèche-cheveux ou d’un lisseur.

Crédits photo: Deycke Heidorn@trunk archive, Jean Picon /L’oréal paris

  Les cheveux sont très résistants. Ils peuvent supporter un poids de 100 g, et mouillés, leur fibre peut s’étendre jusqu’à 30% de sa longueur.

A la pointe de la recherche capillaire

Ces facteurs sont étudiés de près par un laboratoire: le Global Hair Research Center de L’Oréal, situé à Saint-Ouen (Paris). Nous avons pu visiter les coulisses de ce complexe de 25  000 m2, inauguré en 2012, et qui regroupe 500 employés, dont des chimistes, biochimistes et formulateurs (qui mettent au point les formules des cosmétiques). Les chercheurs tentent d’y percer les mystères de la fibre capillaire, et de découvrir les mécanismes qui régissent l’apparition des cheveux blancs ou de la calvitie, deux sujets de préoccupation de notre époque.

Dans leurs labos, ils mènent des expériences sur des échantillons de vrais cheveux, martyrisés dans de drôles de machines simulant brossage, shampoings et coups de fœhn! Un moyen d’étudier comment la fibre s’abîme progressivement. Comme il n’y a aucun moyen d’augmenter la vitesse de pousse des cheveux, le laboratoire recherche des solutions pour les maintenir plus longtemps en bonne santé.
Les scientifiques nous proposent de passer l’anatomie d’un cheveu sous la loupe.

Il s’agit d’un biomatériau complexe, constitué de fibres de kératine (protéines), d’eau et de céramides (lipides). Le cœur cylindrique, appelé cortex, est protégé par une couche externe, la cuticule. Celle-ci est composée d’écailles imbriquées les unes aux autres.

 

Un bouclier d’écailles qui s’étiole

Lorsque sa couche protectrice se détériore, le cheveu perd d’abord de sa brillance. Cela est dû notamment à la dégradation du ciment qui maintient les écailles ensemble, composé de «céramides». Le cœur du cheveu n’est alors plus protégé. Or ces acides gras ont pu être synthétisés après quatre ans de recherche, sous le nom de «céramide-R», devenu un ingrédient présent dans les soins capillaires.

D’une douche à l’autre, ils adhèrent en partie aux cheveux, mais nécessitent d’être réappliqués régulièrement. D’autres shampoings misent sur des ingrédients comme l’huile de ricin, la kératine végétale ou la provitamine B5, qui contribuent toutes trois à réparer la fibre. Les silicones, souvent décriés pour des raisons écologiques car ils s’accumulent dans les océans, enrobent le cheveu et le protègent.

  Source: L’Oréal Paris; Infographie: Caroline Koella

Faire chanter les cheveux

Un diagnostic ludique permet d’analyser l’état de ses cheveux lors de notre visite des labos. «Soniphy Hair» est une machine qui fait chanter les cheveux pour indiquer leur état! Elle a été mise au point par L’Oréal Japon et l’entreprise El Produce Inc. L’idée: un capteur est passé le long d’une mèche, et son état est retranscrit sous forme d’onde musicale, en plus d’apparaître sur un graphique. Une mélodie propre à chaque tête est ainsi produite, et plus le son est aigu, plus c’est signe que la fibre est abîmée.

Insolite: la machine «Soniphy Hair», conçue au Japon, retranscrit l’état des cheveux sous la forme de… musique.

Les cheveux bouclés souffrent davantage de sècheresse


Une autre préoccupation fréquente sont les cheveux secs. Une situation qui s’explique par un manque de sébum, une substance protectrice produite naturellement par le corps. Cette couche de lipides est sécrétée par des glandes sébacées sous le cuir chevelu, et se répartit sur la chevelure, notamment lors du brossage. Tout est question d’équilibre: lorsque le corps en produit trop, cela cause des cheveux gras, et s’il n’y en a pas assez, ils souffrent de sécheresse. Les cheveux frisés ou bouclés ont tendance à être plus secs à cause de leur forme, car le sébum a plus de difficulté à atteindre les pointes que sur des cheveux lisses. Des huiles végétales peuvent alors le remplacer, telle l’huile de coco, ou le beurre de karité, qui pénètre dans la fibre capillaire.


C’est classique, les femmes aux cheveux raides envient souvent les têtes bouclées, et vice versa. Or le type de cheveu est un état programmé dès la naissance. «Cela pourrait cependant être modifié… biologiquement,» lance le Dr Bruno Bernard (66 ans), un des spécialistes mondiaux de la biologie du cheveu, collaborateur du laboratoire L’Oréal. «Nous cherchons à découvrir exactement ce qui détermine leur couleur et leur forme. Dans le futur, nous pourrions imaginer modifier le type de cheveux et changer de couleur… avec une pilule.» Un scénario digne de la science-fiction! Et si certaines tignasses changent à la puberté, c’est à cause des hormones qui jouent également un rôle.

Un organe complexe: le follicule pileux

Le chercheur et son équipe tentent de déterminer comment fonctionnent nos cheveux. Pour cela, ils étudient de près le follicule pileux, cet organe complexe qui les fabrique. Souvent sous-estimé, il est capable de produire 15 types de cellules différentes, et contrôle la couleur et la finesse de la fibre. Une vidéo en 3D produite par le laboratoire propose de se balader dans une forêt de cheveux, et de zoomer ensuite vers l’infiniment petit pour découvrir les mécanismes de leur fabrication (voir vidéo en début d'article).

«Les cheveux n’ont pas révélé tous leurs secrets, et je les trouve toujours aussi fascinants, même si je les étudie depuis plus de vingt ans», confie le professeur Bernard. «Ce que je sais, c’est que nous ne savons pas tout…» Selon lui, le futur de la recherche réside notamment dans la compréhension du microbiome du cuir chevelu, c’est-à-dire l’équilibre de ses bactéries, et leurs interactions avec le follicule.

Calvitie: pas encore de solution

Vous avez sans doute remarqué que chaque jour, une certaine quantité de cheveux se détachent de nos têtes. «C’est tout à fait normal, car ils se trouvent à différents stades de leur cycle. Imaginez: si nos cheveux étaient synchronisés, vous seriez complètement chauve de temps en temps, puis très chevelu…» s’esclaffe le Dr Bruno Bernard.

Crédit: Gilian Doyle

 Le professeur Bruno Bernard, chercheur spécialisé dans le cheveu. 

Mauvaise nouvelle, faire repousser des cheveux sur un crâne chauve n’est pas encore d’actualité. «Certaines méthodes injectent des facteurs de croissance pour promouvoir la repousse des cheveux – mais il y a un risque de déséquilibre, que l’on n’est pas prêts à prendre», met-il en garde. Le chercheur s’inquiète en effet de risques pour la santé: qu’arrive-t-il si c’est une cellule précancéreuse qui est boostée, plutôt que celle qui fabrique les cheveux? Il planche donc sur d’autres pistes pour lutter contre la calvitie. Mais ce n’est pas demain qu’on disposera d’un shampoing pour étoffer sa chevelure. «Afin de comprendre la calvitie, il nous faut encore beaucoup de travail!» lance le chercheur, prêt à retrousser ses manches.

 

A lire aussi: Ma peau, mon bouclier: notre plus grand organe est plein de ressources