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Spécial Futur - Habitation

Habitation Un immeuble alimenté uniquement par le soleil, donc «100% indépendant» au plan énergétique et ceci sans renoncer à son confort. Bienvenue dans la première maison multifamiliale auto-suffisante au monde.

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Christoph Kaminski; Illustration Bruno Muff
02 janvier 2018

Le domaine des bâtiments représente près de la moitié de la consommation totale dénergie en Suisse. La maison de demain devrait être tournée vers la lumière et tirer profit des ressources naturelles.

 

Reportage

 

 

Les Baltensperger vivent confortablement, sans payer de facture d’électricité.

Un loyer au prix du marché

Lukas et Rahel Baltensperger ont emménagé dans l’un des neuf appartements en septembre 2016. Il est moderne, spacieux, lumineux et dispose de «tout le confort nécessaire». Le loyer (2500 fr. pour un 4,5 pièces) correspond à celui du marché. Seule différence, les parents de Noel (3 ans et demi) et Elia (2 ans) n’ont pas de factures d’électricité ou de chauffage à payer, puisque l’édifice n’est pas raccordé au réseau électrique et n’utilise pas de combustible fossile. La «maison du futur» coûte 15% plus cher qu’une maison ordinaire (près de 7 millions de francs) et le coût rapporté sur le loyer (compensé par l’absence de facture à la fin du mois) est amorti en trente ans. Tout se passe dans le sous-sol de l’immeuble, où une «mini-centrale électrique» permet de stocker le surplus: lorsque le soleil brille, l’installation fournit 20 à 30 fois plus de courant que ce dont la maison a besoin au même moment. Ce surplus n’est pas réintroduit dans le réseau, ce qui estl’une des principales innovations de
l’immeuble de Brütten. «Pour le stockage à court terme, des batteries d’une autonomie de deux ou trois jours sont prévues. En vue de l’hiver et pour le stockage à long terme, «un réservoir à hydrogène peut emmagasiner de l’énergie pour 30 jours, détaille l’expert Renato Nüesch. Il n’y a donc aucun risque d’avoir froid en hiver.»
 

La disposition des panneaux sur le toit et toutes les façades permet de répartir l’apport solaire: 1 h de soleil assure les besoins énergétiques de toute la maison pour 24 h.

Sensibilisation et responsabilité

Cette famille de quatre personnes con­somme environ 2200 kWh, soit deux fois moins qu’un foyer suisse ordinaire du même nombre. Une «prouesse» rendue notamment possible grâce aux appareils électroménagers qui équipent l’appartement et qui correspondent aux plus hauts critères énergétiques. «Ils permettent d’utiliser trois fois moins d’énergie que dans un foyer classique, affirme Renato Nüesch. Avec des ampoules normales, la moitié du budget d’énergie serait atteint. C’est pourquoi nous n’avons utilisé que des LED.»
 

Un écran tactile (à gauche) responsabilise les habitants qui voient ce qu’ils consomment. Dans le sous-sol, une «mini-centrale électrique» permet de stocker l’énergie solaire produite par la maison.

Sur le mur, un écran tactile de la taille d’une tablette permet à chaque foyer de savoir combien il consomme. En outre, un système de bonus et malus responsabilise les locataires en faisant payer une surtaxe au foyer dépassant son budget électricité. «C’est très intéressant de pouvoir observer notre consommation visuellement car cela nous sensibilise», dit Lukas Baltensperger. «Cette manière d’habiter a influencé notre mode de vie. Cet hiver, nous restons en Suisse et toute la famille part en train à la montagne.» Un peu plus loin, Rahel confirme: «Si possible, nous lavons désormais le linge à
20 ou 30 degrés au lieu de 60 degrés.» Le jeune couple s’est aussi débarrassé de sa deuxième voiture, lui préférant l’une des deux autos mises à disposition des locataires: une électrique et une roulant grâce au biogaz obtenu à partir des déchets organiques de la cuisine et du jardin.

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Interview intégrale

Quel est l’objectif de cette maison?
Il y a deux objectifs. D’une part, le côté fédérateur avec ce terme de NeighborHub (cœur du quartier): rassembler les gens autour de la question de la transition énergétique et du développement durable. D’autre part, c’est un démonstrateur qui permet de voir ce qu’il est possible de faire dans le futur et d’apprendre grâce à cette maison.

Le message est-il que le développement durable doit désormais passer davantage par les collectivités que par les individus?
C’est en effet la position que l’on a prise. Aujourd’hui, une maison individuelle «0 énergie» est quelque chose que l’on sait faire dans la pratique. L’idée était de pousser la nouvelle génération à répondre à une question qui était plus à l’échelle du quartier et qui peut du coup avoir une dimension sociale et d’engagement civique en plus des critères de performance. Le quartier est un levier de la transition énergétique, il est intéressant car il permet aux gens d’échanger entre eux et d’apprendre. L’atmosphère du NeighborHub encourage le voisinage à agir mutuellement dans le sens du développement durable, avec plusieurs endroits qui traitent des questions de durabilité.

Comment voyez-vous l’habitat type de la Suisse en 2035?
J’imagine une maison tournée vers la lumière, connectée à l’extérieur et qui tire profit des ressources naturelles. On sait gérer cela au niveau technologique, mais il ne faut pas se perdre en voulant surcontrôler les choses. La perspective d’une domotique pédagogique est selon moi plus attrayante qu’une domotique autogérée qui exclut l’utilisateur du fonctionnement de son habitat. Et j’espère que cela fera partie du quotidien que d’être actif dans sa relation avec son environnement direct. La question intéressante sera de savoir comment on va choisir de vivre. l
 

Marilyne Andersen (43 ans), directrice de l’ENAC (Faculté de l’environnement naturel, architectural et construit) et professeure en technologies durables de la construction à l’EPFL

Vous prônez une architecture où les dispositifs d’économie d’énergie seraient mieux intégrés à la construction...
Tout à fait. Pour moi un bâtiment durable réussi est lorsque l’on ne parvient pas vraiment à différencier l’architecture de l’ingénierie. Lorsque toute l’ingénierie est belle et toute l’architecture est fonctionnelle.

Le projet prend-t-il en compte les problématiques de transitions urbaine et énergétique auxquels la Suisse devra faire face en 2035?
Le point de départ est la LAT (Loi sur l’aménagement du territoire) qui demande qu’on densifie les régions déjà denses. De là a découlé la question de se positionner plutôt en donnant une valeur ajoutée à des endroits déjà denses, c’est-à-dire des quartiers qui existent déjà, plutôt que de travailler sur un étalement urbain. Le projet a sept leviers d’action, comme l’énergie, la biodiversité, la gestion de l’eau ou des déchets. Pour chacun, il y a des exemples concrets. Concernant l’énergie, nous avons développé une interface entre la maison et son occupant qui soit extrêmement intuitive et graphique et qui permet à l’occupant d’apprendre à gérer sa maison de manière plus active mais sans que ce soit fait automatiquement. Par exemple en lui indiquant qu’il faudrait fermer les fenêtres car on est en train de perdre trop de chaleur… Par rapport au recyclage, nous avons une plateforme d’échange avec des étagères qui contiennent des outils usagers. L’idée est que les gens viennent les utiliser ou les échangent. On récolte aussi l’eau de pluie et on a une douche qui permet d’avertir lorsque celle-ci est trop longue, avec une image d’un ours polaire sur un cube de glace qui est en train de fondre. Ce sont des aspects plutôt pédagogiques pour faire comprendre aux visiteurs quelles sont les implications d’une certaine manière de vivre.

Quelles sont les principales innovations techniques de cette maison ?
D’une part la démonstration que l’entier de la production d’électricité et d’eau chaude solaire pouvait se faire en façade, sans rien sur le toit ce qui permet plus de biodiversité et la récolte d’eau de pluie. Ces panneaux solaires sont aussi des portes qui s’ouvrent. Il y a également la gestion de l’énergie avec l’interface qui a été développée par des étudiants : c’est une démarche pédagogique, une approche d’apprentissage sur le fonctionnement d’une maison plutôt que l’autonomisation. Le signal n’est pas que la maison fait tout toute seule mais elle vous aide à apprendre pour que votre comportement change et amène une prise de conscience. Au niveau de la gestion de l’eau, nous avons fermé l’eau dans les toilettes et nous récupérons l’eau de pluie.
 
Que va-t-il advenir de la maison ?
La maison va être reconstruite autour de Pâques sur le site de Bluefactory à Fribourg (ndrl : antenne de l’EPFL ouverte à Fribourg). Le NeighborHub y aura sa longue vie et sa valeur ajoutée sera amenée au quartier d’innovation dans lequel il s’insère. Il apportera ce qu’il manque dans ce quartier, c’est-à-dire une salle de séminaire, des ateliers, des cours de Yoga, de la restauration. Le public pourra venir le visiter et des animations sont prévues.

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