X

Recherches fréquentes

ZOOM
NATURE

Comment se manifeste le printemps?

Il a plusieurs visages. Les phénologues, spécialistes des saisons, distinguent l’annonce du printemps, le premier printemps et le plein printemps. Ce phénomène saisonnier est donc plus complexe qu’il n’y paraît. Eclairage.

18 mars 2019

Première floraison: le crocus se développe à partir de l’oignon.

En météorologie, chaque saison correspond à une période de trois mois: pour les prévisionnistes professionnels, le printemps s’étend donc du 1er mars au 31 mai. Il est ainsi plus aisé d’établir des comparaisons statistiques. Le printemps astronomique, en revanche, est calculé à partir de la date à laquelle le jour et la nuit sont de durée identique. Dans l’hémisphère Nord, cet équinoxe se produit entre le 19 et le 21 mars – ceci sans faire cas de subtilités calendaires dont l’explication déborderait largement le cadre du présent article. A partir de ce moment-là, l’angle d’incidence des rayons du soleil est plus obtus; un facteur qui, parmi d’autres, entraîne une augmentation de la température. 

Les premiers signes

Le «véritable» printemps, que l’on dit porteur de joie et de bonne humeur, commence avec l’éclosion des fleurs, la frondaison des buissons et la feuillaison des arbres. En réalité, le monde végétal ne connaît pas quatre, mais dix saisons. La phénologie étudie l’apparition d’événements périodiques dans la nature, déterminée par les variations saisonnières du climat. Les différents cycles sont consignés dans un calendrier spécifique où l’on constate que le printemps… est en fait au nombre de trois.

Tout commence avec l’annonce du printemps. «C’est l’époque de la floraison des perce-neige, des crocus et des noisetiers», explique Sibylle Stöckli. Experte dans les domaines de l’agro­écologie et du changement climatique, elle travaille pour l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) et est coprésidente de la Commission suisse pour la phénologie et la saisonnalité (CPS) – un organisme qui encourage la recherche sur des phénomènes saisonniers récurrents et soutient les activités des réseaux d’observations phénologiques. Sans eux, nous ne disposerions d’aucune base de données sur les stades de développement de la nature. Les agriculteurs, les forestiers, les jardiniers, mais aussi les particuliers, seraient alors privés d’informations cruciales.

Depuis 1951, MétéoSuisse gère un réseau d’observations qui compte près de 160 stations. Les résultats concernant les plantes printanières sont synthétisés dans l’indice du printemps de MétéoSuisse. Ces séries de données statistiques permettent de tirer des conclusions sur le changement climatique. Il est ainsi constaté qu’en ce début de troisième millénaire, le printemps arrive en moyenne deux à trois semaines plus tôt qu’en 1989. «Cette année, au Tessin, nous avons par exemple recueilli les premiers pollens de noisetier dès le 29 décembre», explique Regula Gehrig (57 ans), climatologue pour MétéoSuisse. Au nord des Alpes, la floraison des noisetiers, annonciatrice du printemps, dont les pollens empoisonnent la vie des allergiques, débute généralement plus tard, à savoir fin janvier ou début février.

Le papillon paon-du-jour prend son envol dès le mois de mars.

Le réveil de la faune

«En principe, le printemps est déterminé d’après le développement de la végétation», poursuit Sibylle Stöckli. Or les plantes ne sont pas les seules concernées par les phases phénologiques. Elles affectent aussi les animaux. «L’allongement ou le raccourcissement des jours ainsi que le changement de température agissent sur la production hormonale et sont à l’origine de différents comportements.» Les écureuils, par exemple, hibernent pendant les années très froides et s’accouplent au début du printemps. Chez les insectes, les bourdons sont parmi les premiers à s’aventurer en dehors de leur nid. C’est pourquoi les plantes à floraison précoce sont souvent nommées «fleurs à bourdons», car elles sont pollinisées par les insectes trapus et velus.

Le papillon citron apporte, quant à lui, une touche de couleur au paysage dès la fin de l’hiver. A partir du mois de mars, c’est au tour du paon-du-jour de déployer ses ailes. Ces deux espèces de lépidoptères hibernent au stade adulte. Les papillons qui passent l’hiver sous forme d’œuf, de larve (chenille) ou de nymphe (chrysalide) ne sont prêts à s’envoler que plus tardivement. Les grenouilles, crapauds et tritons commencent leur migration entre février et mars, quand les températures nocturnes repassent au-dessus de la barre des 0 °C. Pour observer des mésanges, préparez vos nichoirs à l’annonce du printemps.

L’homme aussi se défait de ses différentes protections.

Il court, il court le printemps

Le premier printemps entre en scène avec la floraison des forsythias. Ces plantes ornementales très appréciées aux fleurs d’un jaune intense tendent leurs rameaux vers le ciel lorsque les températures sont déjà très agréables. Les abeilles peuvent alors se gorger de leur nectar. Dans les champs, les céréales d’hiver éclosent et le semis du maïs ou des betteraves fourragères commence. La période est hélas néfaste aux personnes allergiques qui réagissent aux pollens de bouleau.

«En Europe, le printemps se déplace du sud-ouest au nord-est»

Regula Gehrig, climatologue

La floraison des pommiers annonce l’avènement du printemps stricto sensu. Le calendrier phénologique tient également compte de la feuillaison du chêne pédonculé. Sous nos latitudes, elle débute généralement début mai. Au Portugal en revanche, le plein printemps commence dès le mois de février. Son arrivée est guettée à Faro, en Algarve, dans l’un des nombreux réseaux d’observations phénologiques répartis dans toute l’Europe.

Les données recueillies permettent aussi de calculer la vitesse du printemps. «Depuis le Portugal, il remonte vers le nord au rythme moyen de 40 km par jour et progresse d’ouest en est à raison de 166 km par jour en moyenne, précise la climatologue. En Europe, le printemps se déplace donc du sud-ouest au nord-est.» En Suisse, il présente un aspect ascensionnel: «Le printemps commence à basse altitude, c’est-à-dire dans les cantons du Tessin, de Bâle et de Genève. Sa propagation dépend ensuite de l’altitude. Ainsi, la floraison des cerisiers est retardée de trois jours tous les cent mètres de dénivelé.»

Les plantes savent compter

Comment les plantes savent-elles à quel moment elles doivent éclore? Comme l’explique Sibylle Stöckli, «elles possèdent différents mécanismes leur permettant de fleurir à temps pour que les bourgeons ne gèlent pas pendant la saison froide et ne parviennent pas à maturité trop tard dans l’année». Pour autant, une légère hausse de température ne marque pas le coup d’envoi général de la floraison. En effet, les plantes savent compter. «La plupart des plantes disposent d’une sorte d’horloge interne grâce à laquelle elles peuvent totaliser le nombre de journées chaudes et déterminer si le printemps a déjà commencé.» Tout dépend aussi de la durée du jour. «Les plantes perçoivent l’alternance entre les jours et les nuits. Pour être exacte, c’est la longueur des nuits qui joue un rôle décisif.»

La longueur des jours, et donc la luminosité, exerce aussi une influence sur le système hormonal humain. «L’exposition à la lumière régule la sécrétion de mélatonine par l’épiphyse. Dans l’obscurité, la concentration en mélatonine est plus élevée», explique le Dr Stefan Bilz, chef du service d’endocrinologie, de diabétologie, d’ostéologie et des maladies métaboliques à l’Hôpital cantonal de Saint-Gall. «De nombreux systèmes hormonaux étant soumis à un rythme circadien (ndlr: période de 24 heures), le taux de mélatonine est un facteur clé.» 

Le mythe de la fatigue printanière

L’épiphyse, ou glande pinéale, ne mesure que quelques millimètres, mais sa tâche est essentielle. Située au centre du cerveau, elle contient dans ses tissus les acervules cérébraux, dont le rôle bio­logique reste largement méconnu. Ce «sable cérébral» n’est toutefois en rien responsable des engrenages grippés de nos cerveaux au printemps. La glande pinéale sécrète de la mélatonine qui,  entre autres, peut être à l’origine d’une certaine fatigue. Quand les jours s’éclaircissent au printemps, nous produisons moins de mélatonine et sommes donc plus éveillés. La température agréable est source de bien-être, mais elle n’agit que modérément sur les hormones. Comme l’explique Stefan Bilz, «l’exposition à la lumière joue vraisemblablement un rôle plus important». La fatigue printanière, en revanche, n’est ni plus ni moins qu’un mythe. Rien ne l’explique de façon probante sur le plan hormonal. Il en va de même pour les sentiments amoureux, censés être décuplés au printemps. Notre joie de vivre fait que nous trouvons nos semblables globalement plus sympathiques, et l’étincelle se produit plus facilement, voilà tout.

 

 

Interview

Le plaisir de la découverte florale

S’accorder un moment pour observer la flore en toute occasion et en tout lieu: un conseil dispensé par Sonja Hassold, botaniste passionnée.

Sonja Hassold (35 ans)

Biologiste spécialisée en botanique

En quoi le printemps est-il si intéressant d’un point de vue botanique?

J’ai pour habitude de donner un conseil: celui de s’arrêter quelques instants pour observer les plantes. Nous passons notre temps à courir d’un endroit à un autre sans réellement prendre conscience de notre environnement. Au printemps, tout n’est que découverte: il s’agit d’observer ce qui est en train de pousser, de bourgeonner.

Où peut-on observer des plantes en particulier?

Il n’y a pas besoin de s’aventurer bien loin pour voir des choses intéressantes. On peut tout à fait prêter attention à ce qui pousse autour de nous en allant chercher le courrier à la boîte aux lettres ou sur le chemin du travail. De cette façon, nous sommes tous capables d’emmagasiner une quantité importante de connaissances. C’est quelque chose qui compte beaucoup à nos yeux: plus notre savoir est étendu, plus on est observateur et plus on est enclin à pro­téger les espèces.

Qu’est-on autorisé à cueillir?

Tout dépend des plantes. Certaines espèces sont rares ou protégées, comme les orchidées, et il est interdit de les cueillir. Ce que l’on peut retenir de manière générale, c’est qu’il ne faut pas cueillir, au printemps, les espèces qui ont un bulbe ou un oignon. Si vous rencontrez une espèce que vous ne connaissez pas, mieux vaut la prendre en photo et demander conseil à quelqu’un qui s’y connaît.

Avez-vous des applications à nous conseiller?

L’application Flora Helvetica est idéale pour apprendre à connaître la flore de Suisse. Elle a été conçue à partir de l’ouvrage de référence paru aux Editions Haupt et est disponible en français ou en allemand. Elle a un certain coût (100 fr.), c’est vrai, mais ses fonctionnalités sont pratiques et vous ne pourrez bientôt plus vous en passer: elle vous permettra de consulter à tout moment les fiches descriptives, et vous aidera à identifier les espèces rencontrées.

Les excursions botaniques sont-elles à la mode?

Absolument. De plus en plus de personnes souhaitent en savoir plus sur la nature et leur environnement. Ma collègue, Constanze Conradin, et moi proposons des excursions depuis 2015.* 


*Comme beaucoup d’autres botanistes en Suisse. Renseignements notamment dans les offices de tourisme.