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Pour en finir avec les maux de dos

La plupart des Suisses sont, une fois ou l’autre, trahis par leur dos. Les pathologies de cette partie du corps peuvent vraiment empoisonner la vie quotidienne. Un spécialiste en chirurgie de la colonne vertébrale dévoile tout sur le mal du siècle. 

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Tobias R. Dürring
26 août 2019

Le professeur Mazda Farshad est directeur médical de la clinique universitaire de Balgrist à Zurich, spécialisée dans le diagnostic, le traitement et le suivi thérapeutique des lésions de l’appareil locomoteur. Dans son bureau, il saisit un modèle anatomique de colonne vertébrale. Deux autres exemplaires sont posés sur une table: le premier est de couleur cuivrée, le second transparent. Le père de famille de 37 ans esquisse un sourire et lâche en guise de plaisanterie: «Ces accessoires ne constituent que des éléments de décoration.»

Mazda Farshad

Professeur spécialisé en chirurgie de la colonne vertébrale

Le ton se fait ensuite plus sérieux. «Le mal de dos représente l’une des patho­logies les plus répandues. Pourtant, le Fonds national suisse ne consacre qu’une part infime de son budget aux troubles de l’appareil locomoteur.» Aux yeux de celui qui est également responsable de l’orthopédie et de la chirurgie spinale à la clinique universitaire de Balgrist, cette incongruité s’explique sans difficulté: «A la différence d’un patient atteint de cancer, une personne souffrant de mal de dos n’est pas confrontée à la perspective de la mort. Dès lors, l’émotion que suscite sa maladie est moins intense que pour les personnes traitées en oncologie.» Néanmoins, si vous lisez cet article, les pro­babilités sont fortes que vous enduriez une forme ou l’autre de mal de dos. Selon une enquête réalisée en 2011 par la Ligue suisse contre le rhumatisme, 80% de la population helvétique souffrent de douleurs dorsales entre une fois par an et plusieurs fois par semaine. La zone du corps la plus fréquemment touchée concerne la région lombaire et le bas du dos. «Cela est dû au fait que nous marchons debout», souligne Mazda Farshad. Le professeur explique que l’être humain est le seul vertébré au monde qui ne se déplace plus à quatre pattes. «Cette spécificité de l’évolution de l’espèce représente un avantage dans la mesure où nous pouvons utiliser nos mains pour différentes activités. En contrepartie, cette posture a l’inconvénient de mettre à mal la colonne vertébrale.»

Une bonne masse musculaire permet de combattre les douleurs dorsales.

Espérance de vie et génétique

Parmi les autres facteurs qui éclairent la fréquence du mal de dos dans les sociétés modernes, le spécialiste mentionne l’allongement de l’espérance de vie. «Pour cette raison, les personnes âgées souffrent toujours plus de douleurs dorsales sévères. C’est le résultat d’un processus naturel d’usure de l’organisme causé par le vieillissement. Sans un apport médicamenteux, ce type de rhumatisme serait beaucoup plus profond, beaucoup plus grave.»

Mais pourquoi donc le mal de dos ne frappe-t-il pas tout le monde avec la même intensité? «Il faut s’en référer à la génétique, déclare Mazda Farshad. Par exemple, la dégénérescence d’un disque intervertébral relève à 70% du patrimoine génétique et à 30% de causes exogènes.» Toutefois, il est toujours possible d’endiguer les risques de maux de dos. «Il faut éviter l’embonpoint, de même que le tabagisme, avertit le professeur. Celui-ci réduit la circulation sanguine dans les plus petits vaisseaux. Du coup, les mécanismes de régénération de l’organisme fonctionnent avec moins d’efficacité.» Selon Mazda Farshad, une bonne masse musculaire permet de combattre les douleurs dorsales. Mais, si l’on en croit les études les plus récentes, ce facteur aurait moins d’importance qu’on le supposait à ce jour. «Qu’on ne se méprenne pas, faire travailler régulièrement les muscles abdominaux et dorsaux reste un excellent moyen de prévention», insiste l’expert. Et d’ajouter que de façon générale, l’exercice physique ou la pratique d’un sport profitent toujours à l’appareil locomoteur. «Des études récentes ont montré que la pratique d’exercices, et ce tout aussi bien à dose modérée, soulage l’organisme, même en cas de douleurs dorsales soudaines et sévères.»

Les douleurs dorsales sont souvent le résultat d'un processus naturel d'usure de l'organisme.

Pratiquer une activité physique

A l’inverse, la règle traditionnelle selon laquelle l’antidote au mal de dos réside dans le repos n’a aucun fondement. «Tout exercice qui n’aggrave pas la douleur doit être considéré comme bénéfique», révèle Mazda Farshad. Plus on parvient à rester actif, plus la douleur va se résorber rapidement. Le professeur hésite à recommander des sports spécifiques dans la mesure où la thérapie dépend des symptômes individuels. En outre, à contre-courant des convictions communes, il estime que la natation n’est pas toujours optimale: «Si une personne souffre du syndrome des facettes articulaires – une pathologie causée par l’arthrose (dégénérescence des articu­lations) –, la brasse, par exemple, n’est pas idéale. Le cyclisme est, en revanche, mieux adapté, car la posture courbée soulage l’articulation.»

La zone du corps la plus fréquemment touchée par des douleurs concerne la région lombaire et le bas du dos.

Deux types de pathologies

Les racines potentielles des maux de dos sont multiples. On distingue les douleurs aiguës des douleurs chroniques. «Dans le lexique médical, on parle de douleurs dorsales aiguës quand celles-ci disparaissent en six à huit semaines.» La douleur est dite chronique si elle dure deux ou trois mois, ou davantage. Ces deux types de pathologies se différencient non seulement par leur durée, mais également par leur cause. «Les douleurs dorsales aiguës sont non spécifiques dans 80% des cas», déclare le spécialiste. Qu’entend-on par là? «Le médecin ne peut diagnostiquer avec certitude l’origine du problème. Il faut toutefois vérifier si la douleur aiguë s’accompagne de fièvre, symptôme possible d’une infection ou même d’une tumeur.»

Des douleurs abdominales venant se greffer sur les maux de dos peuvent indiquer une inflammation du pancréas. Autre exemple: une rupture de l’aorte pourrait se manifester par des douleurs dorsales graves. «Si de tels symptômes surviennent, le patient doit consulter un médecin sans tarder.» Il en va de même pour les symptômes neurologiques graves tels que les troubles de la sensibilité ou les signes de paralysie dans les membres inférieurs.

Mazda Farshad ne se contente pas de dévoiler les racines du mal. Il propose également des conseils pour la vie quotidienne. «Si vous exercez un travail de bureau, il est important que vous ne restiez pas tout le temps dans la même position.» Avec un bureau debout, une chaise normale ou même un ballon de gymnastique, il est optimal de changer de position toutes les 30 minutes.


En bref

  • Chaque année, près de 80% des Suisses souffrent une fois ou l’autre de maux de dos.
  • 85% des douleurs dorsales sont d’origine musculaire.
  • Le nombre de jours d’absence dus au mal du siècle parmi la population helvétique de plus de 15 ans est estimé à 10 millions chaque année.
  • L’exercice physique constitue la méthode de prévention la plus efficace.

 


Place à la pratique

Nuque*

Position de départ: prenez place sur un tabouret. Votre dos reste droit, vos pieds et vos genoux sont écartés à la largeur des hanches. Le genou est à la verticale du cou-de-pied. Vos pieds sont posés sur le sol et vos mains reposent sur les cuisses, paumes vers le haut.
Mouvement: enroulez la tête vers l’avant en restant très près du cou. Tournez ensuite le menton vers la gauche et la droite, à la manière d’une chouette.
Répétez cet exercice trois fois de chaque côté.

Partie supérieure du dos*

Position de départ: mettez-vous à quatre pattes, les genoux à la verticale des hanches, les mains légèrement en dedans, à la verticale des épaules. Votre tête doit être dans le prolongement de la colonne vertébrale.
Mouvement: en inspirant, faites le gros dos en démarrant depuis le bassin et depuis la tête. Expirez puis retournez à la position de départ. Répétez trois à cinq fois.
Attention: cet exercice est déconseillé en cas d’ostéoporose.

Partie inférieure du dos*

Position de départ: croisez vos mains et posez-les sur les deux clavicules.
Mouvement: gardez le torse droit et basculez-le en arrière jusqu’à ce que vous sentiez vos muscles abdominaux se tendre. Maintenez la position quelques secondes. Revenez ensuite doucement vers l’avant.
Répétez cet exercice entre dix et vingt fois.

* Exercices conseillés par la Ligue suisse contre le rhumatisme pour prévenir les maux de dos.


Vidéos puisées dans la médiathèque des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)


Pour soulager les douleurs lombaires et permettre aux patients de reprendre le contrôle de leur dos, le moyen le plus efficace, c’est bouger. Témoignages de patients.  

La patiente dénommée Dora se rend à l’hôpital Beau-Séjour, aux HUG, pour soigner son mal de dos chronique. Avec d’autres patients, elle suit un programme de soins spécifique, à vocation multidisciplinaire.

Le Dr Stéphane Genevay, rhumatologue, médecin adjoint agrégé du Service de rhumatologie des HUG, précise certaines notions relatives au mal de dos.

  • Les facteurs de risque de la lombalgie
  • Peut-on guérir du mal de dos?
  • Soigner le mal de dos

 

 

 

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