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Du street art sur les murs d'Estavayer-le-Lac

Un itinéraire de street art invite à redécouvrir le bourg médiéval d’Estavayer-le-Lac. Fresques et installations pérennes ou éphémères s’intègrent à ses murs. Les œuvres seront inaugurées du 5 au 7 juillet durant le festival Artichoke.

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David Marchon
VIDEO
T. Tissot
17 juin 2019

Les murs d’Estavayer-le-Lac se parent de touches de couleurs! Une quinzaine d’artistes de street art suisses et européens ont été invités à y mettre leur patte par le festival Artichoke. Sa première édition se tient du 5 au 7 juillet et est soutenue par l’Office du tourisme. De nos jours, le street art est un argument pour attirer des visiteurs. Héléna Galera, organisatrice et passionnée, nous mène le long du parcours. «C’est assez rare de voir du street art dans une ville médiévale. C’est ce qui fait la spécificité du projet.» Il y a le tourbillon coloré formé par les origamis en métal de la Française Mademoiselle Maurice, la porte poncée avec minutie par l’artiste suisse LPVD*A («Les Pinceaux Verts d’Antoine») basé à Leysin ou encore la fresque botanique de la Vaudoise Anaëlle Clôt.

 

L'artiste française Mademoiselle Maurice travaille à la perceuse pour fixer ses origamis en métal.

Fresque, mode d’emploi

Au bord du lac, c’est Aurèle Duffey, alias Relovn, qui s’affaire. Originaire d’Estavayer-le-Lac, l’artiste de 29 ans vit à Lausanne, mais est aussi bien connu des Fribourgeois pour ses affiches de soirées. Passé par l’école Eikon, il est illustrateur «sur papier» et s’adonne à la fresque murale de manière occasionnelle. Pour Artichoke, il habille les quatre faces d’un pavillon qui abrite les toilettes publiques.


Sur un mur repeint en blanc, Relovn commence par dessiner une esquisse. Il prépare ses couleurs acidulées en faisant de savants mélanges. «J’applique ensuite des aplats de couleur, une teinte après l’autre, au pinceau ou au rouleau selon la surface à recouvrir», explique l’artiste. L’illustration représente une ville à plusieurs niveaux, dont les maisons sont connectées. Des chats-gardiens veillent sur ce petit monde: l’animal fétiche de l’artiste. «J’aime représenter leurs mouvements et les humaniser.» Le plan de la fresque semble imprimé dans la tête de Relovn: sans modèle, il sait où chaque couleur doit être posée. La dernière étape sera de repasser les contours de chaque forme en noir.

L'illustrateur suisse romand Relovn réalise une fresque au bord du lac.

 

Street art vs vandalisme


On imaginait l’artiste une bombe à la main, mais le voilà avec des pinceaux et des tubes de peinture (on découvre en passant qu’il les achète à Brico+Loisirs!). «Pour arriver à maîtriser la bombe, il faut des années de pratique. Je préfère le pinceau pour toucher directement le mur, c’est plus proche du stylo pour moi.» Quel regard portent les passants sur sa fresque en cours de réalisation? «Beaucoup de gens s’arrêtent par curiosité, les avis sont positifs. J’aime les réactions des enfants: ils se focalisent tout de suite sur les chats! Mais j’ai quand même vu certaines personnes faire un détour pour éviter de passer vers moi…» Avec des œuvres ayant fait leur entrée dans les musées, le street art s’est démocratisé autour de figures comme le Britannique Banksy. C’est une forme d’art reconnue, qui n’est plus systématiquement associée à du vandalisme. Amusé, Relovn raconte qu’il a été contrôlé par des policiers et a dû montrer son contrat. «Il y a deux mondes différents, le graffiti vandale, c’est quelque chose qu’on ne peut pas saisir. Ce n’est pas la même démarche qu’une fresque réalisée sur commande sur un mur», souligne-t-il.

Archicouture et autorisations


Au cœur du bourg d’Estavayer, Elisabeth Alena, observe l’installation de l’œuvre qui va orner sa maison, en compagnie de l’artiste espagnole Raquel Rodrigo. «J’ai lu un article sur le festival de street art, et j’ai voulu proposer ma façade!», explique cette Staviacoise de 72 ans. «C’est beau… mais j’aurais préféré un tag pour que ça dure, car cette installation va se décolorer au soleil dans un certain temps.» Un motif de roses au point de croix est déroulé le long du mur, sur un canevas de métal (voir vidéo). Le motif fait écho au symbole de la ville. «Nous avons œuvré durant un mois à quatre», nous raconte Raquel Rodrigo (34 ans) en espagnol. Son studio basé à Valencia, baptisé «Arquicostura» (qui pourrait se traduire par archicouture) exploite l’art de l’aiguille pour embellir murs intérieurs comme extérieurs. «Mes œuvres de street art peuvent être vues à Londres, Milan, Paris, Istanbul, Madrid… et maintenant Estavayer!», précise la jeune femme. 


Si les murs d’Elisabeth n’ont pas pu accueillir de fresque, c’est une question d’autorisation. Un travail de longue haleine (deux ans de préparation) a occupé les organisateurs d’Artichoke. «Chaque emplacement a dû être soumis à des autorisations pour préserver le patrimoine médiéval de la ville», explique Héléna Galera. «On se réjouit d’enfin présenter les œuvres et des démonstrations de live painting durant le festival!» Un enthousiasme partagé par l’artiste Relovn: «C’est super de montrer que l’on peut monter un tel projet dans une petite ville suisse!»

Street art suisse: une porte poncée avec maestria par l'artiste LPVD*A révèle un joueur d'échecs. 

 

 

Evénement

Le festival Artichoke

Du 5 au 7 juillet, des artistes dont Koralie & Supakitch feront du «live painting» à Estavayer-le-Lac et les galeries d’art ouvriront leurs portes. Des food trucks, un marché artisanal et des soirées musicales sont prévus. Après cette date, la plupart des œuvres resteront en place: les visiteurs peuvent se procurer le plan du parcours de street art à l’Office du tourisme.