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Expatriés suisses: ils ont changé de vie

Une nouvelle année, c’est aussi la tentation de réaliser ses rêves. Reportage en Thaïlande chez une famille suisse romande qui a tout quitté il y a trois mois pour s’expatrier sur l’île de Koh Samui.

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Lauren DeCicca
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Tatiana Tissot
07 janvier 2019

Le couple a été séduit par l'accueil des Thaïlandais et la spiritualité du bouddhisme. Ils se rendent régulièrement au temple de Big Buddha (Wat Phra Yai), situé à deux pas de leur bar.

Changer de vie. Recommencer à zéro, ailleurs. Nombreux sont ceux qui en rêvent. Mais il faut du courage et de la détermination pour sauter le pas! On connaît pourtant tous quelqu’un qui s’est lancé dans l’aventure. Pour moi, c’est du côté de la famille. Cet automne, j’apprends par hasard qu’un de mes cousins, Grégoire, établi à La Chaux-de-Fonds, s’envole définitivement pour la Thaïlande avec sa femme, Evelinda et leurs enfants Maxime (16 ans) et Nina (12 ans).

Leur projet: quitter carrières et confort pour débuter une deuxième vie sous le soleil. Ils ont eu le coup de cœur pour un bar-restaurant avec vue sur la mer, qu’ils vont reprendre. Comment se lance-t-on dans un tel projet? Quelles sont les réactions de l’entourage? Après 15 heures d’avion, je découvre leur petit paradis et leurs premières impressions. Cela fait trois mois qu’ils ont quitté la Suisse.

Autour d’un verre dans leur établissement, ils m’expliquent que si leur départ est soudain – après six mois de préparation seulement – cela fait des années qu’ils rêvent de s’installer en Thaïlande. «Nous venons en vacances dans notre pays de cœur depuis huit ans. A chaque fois, nous étions tristes de le quitter pour rentrer. C’est la dimension humaine qui nous attire ici avant tout! Les gens sont souriants et tolérants. En plus, j’ai toujours rêvé de vivre au bord de la mer», confie Grégoire (47 ans), le regard tourné vers l’horizon.

Leur premier projet était de venir passer leur retraite ici, comme de nombreux compatriotes séduits par le soleil thaïlandais. Environ 9000 Suisses de l'étranger vivent dans ce pays, dont presque un tiers ont plus de 65 ans. Or la retraite semble trop lointaine pour le couple de Neuchâtelois. «On avait aussi conscience qu’à la retraite, on devrait laisser nos enfants et peut-être nos petits-enfants pour partir. En le faisant maintenant, il y a une chance qu’ils décident de s’établir ici», explique Evelinda (43 ans).

Amoureux de l'île de Koh Samui en Thaïlande, le couple suisse prévoyait d'y passer sa retraite. Avant de décider de bousculer ses plans! Sur la photo, ils nourrissent les carpes au temple Wat Plai Laem, qui semble flotter sur l'eau.

 

Evelinda circule en deux-roues entre sa maison et le bar, comme de nombreux locaux. Ici, on roule à gauche!

 

Recommencer à zéro

Cela fait environ trois ans qu’ils envisagent sérieusement un départ, qui signifie aussi quitter une situation confortable et deux emplois qu’ils adorent. Grégoire était directeur d’un magasin de bricolage et Evelinda gère sa propre crèche depuis vingt ans. Ils doivent en plus mettre fin à des engagements associatifs qui leur tiennent à cœur. Il faut aussi accepter les kilomètres qui les séparent désormais des proches. Autant de sacrifices pour vivre leur rêve? «Je n’appellerais pas cela un sacrifice, car il y a autre chose qui pèse dans la balance», juge Evelinda.

«C’est vrai qu’on a perdu le confort de savoir de quoi était fait le lendemain»

Grégoire Tissot

Plutôt que de déménager avec leurs affaires, ils choisissent de faire table rase de leurs possessions. «Je crois que nous avons d’autres choses à vivre ici, moins matérielles mais plus humaines et spirituelles», explique Grégoire. Partis dans l’optique que c’était pour toujours, ils ont envie de ne garder que l’essentiel: «On avait entassé beaucoup de choses. Sans regret, on s’est débarrassés de tout ce qui nous polluait l’esprit: je me suis sentie libérée», confie Evelinda. Le couple dit avoir revu ses priorités. «L’aspect matérialiste, on n’en veut plus! J’ai même revendu ma magnifique Porsche», lance Grégoire. Le nouveau restaurateur a par contre conservé ses ustensiles de cuisine, le caquelon à fondue et le four à raclette, indispensables pour un expat suisse!

Grégoire et Evelinda Tissot se sont expatriés en Thaïlande comme 9000 autres Suisses. Ils ont embarqué leurs deux enfants dans l'aventure, Nina (photo) et Maxime.

Loin de la famille et des amis

Au départ, il s’agit clairement d’un rêve de couple, dans lequel ils ont embarqué leurs enfants. Pas évident pour deux ados de quitter la Suisse, leurs amis et activités! Grégoire le reconnaît: «Notre conviction n’est pas forcément la leur, mais on estime qu’on leur offre un avenir ici, ainsi qu’une ouverture, une double culture.» Et eux, comment perçoivent-ils ce grand changement? «Nina a adhéré au projet beaucoup plus facilement que son grand frère», analyse la maman. La jeune fille semble en effet avoir déjà pris ses marques! Ses notes ont grimpé en flèche dans la petite école française qu’elle fréquente – ils ne sont que trois élèves dans sa classe. Elle parle anglais avec les Thaïlandais, à l’aise, a commencé la boxe thaïe et s’est déjà fait des amis. «Je suis contente de voir autre chose que la Suisse!» confirme-t-elle.

Maxime, avec deux des trois chiens que la famille a déjà adoptés dans un refuge.

«Au début, je n’arrivais pas à réaliser qu’on partait vraiment… Je me suis rendu compte dans l’avion: j’ai beaucoup pleuré car je n’allais plus revoir mon cheval, mon chat et mes amies!» raconte Nina. «Après, j’ai réalisé que je peux revenir en Suisse en vacances. Je suis contente de vivre en Thaïlande!» Est-ce dur aussi d’être loin des grands-parents? «Cela me fait un peu mal au cœur, mais je sais que je les reverrai plein de fois.»

Son grand frère Maxime est passionné de skate et adore les animaux. Dur, dur pour lui de quitter les copains. «Ici, je ne connais encore aucun jeune de mon âge!» regrette-t-il. Sa scolarité obligatoire terminée, il peine à faire un choix pour la suite, déjà en Suisse. Ses parents espèrent que le changement de cadre lui inspirera de trouver sa voie. En attendant, les matins, il accompagne son père faire les courses pour le restaurant.

La famille suisse devant la maison qu'elle loue à Koh Samui, en attendant de trouver un bien à acheter.

Un départ précipité

«On a surpris notre entourage avec notre départ. Certains l’ont su un mois avant, alors que normalement un projet d’expatriation se prépare un ou deux ans à l’avance», explique Evelinda. Leurs proches ont peu de temps pour se faire à l’idée, et se rendre compte que leur désir d’Asie n’était pas que des paroles en l’air. Pourquoi cette précipitation? «Nous avons eu l’opportunité de reprendre ce bar et nous souhaitions arriver durant la basse saison pour trouver notre rythme», explique Grégoire. C’est en effet la saison des pluies, période où les trombes d’eau sont fréquentes. Grâce à un congé sabbatique, il s’est plongé dans les démarches administratives laborieuses. «Les portes de l’immigration, il faut les pousser. C’est compliqué!»

«Nous n’avons pas eu de moment de doute, car on se disait qu’on pouvait toujours retourner en Suisse»

Evelinda Tissot

Les réactions de leurs proches restent positives. «Ils se sont surtout réjouis pour nous», note Evelinda. «On a quand même eu droit à quelques réactions un peu égoïstes du type, Ah, mais vous nous laissez tomber?» Les kilomètres qui séparent des parents et frères et sœurs sont plus difficiles à appréhender. «Les amis, ils ont leur famille. Mais laisser nos parents, frères et sœurs est plus dur. C’est important de mettre en place un système pour communiquer», estime Evelinda. Un contact rendu aisé par Internet et les smartphones. Ils savent aussi qu’en cas de pépin, ils sont à 15 heures de vol. «De dire qu’au lieu de passer nos vacances en Thaïlande et faire notre vie en Suisse, on fait l’inverse, cela apaise beaucoup», ajoute Evelinda.

Si ses parents à elle n’entreprendront pas le voyage pour des raisons de santé, Grégoire s’apprête à accueillir sa mère en janvier, «elle souhaite comprendre pourquoi on a choisi cet endroit. Mon père je ne pense pas qu’il viendra un jour, il n’aime pas trop voyager, mais peut-être qu’il me surprendra!»

Le couple suisse a repris le bar-restaurant «Sunset by Angelina» à Koh Samui, prisé pour sa vue sur la mer et sur le coucher de soleil.

Apprendre une nouvelle profession

Leur établissement, où ils passent leurs après-midis et soirées à accueillir les clients, est baptisé «Sunset by Angelina». Il surplombe une incroyable vue sur la mer. A l’heure de l’apéro, ses tables font face au soleil couchant, à deux pas de Big Buddha, temple et attraction touristique. La reprise de l’établissement et de ses quatre employés thaïlandais s’est faite naturellement. Seule difficulté: composer avec une autre manière d’envisager les horaires: «On essaie de relativiser», soupirent-ils. Sur la carte, on trouve des spécialités thaïlandaises, mais pas que, pour satisfaire trois types de clients: les expats, les locaux et les touristes. Grégoire y ajoute doucement sa patte. Dernière nouveauté: des sortes de röstis.

 

 

Chacun son rôle: Evelinda s'occupe du bar et accueille les clients, alors que Grégoire est plus axé sur la cuisine.

 Au marché local, à deux pas de leur bar-restaurant.

 

 Une des serveuses,  Namtan, prépare un cocktail.

 

Grégoire et Evelinda Tissot emploient quatre Thaïlandais dans leur établissement: Josh et Dio en cuisine, et Pin et Namtan au service.

Les nouveaux restaurateurs guettent l’affluence, mais sans trop d’inquiétude. Dans cette nouvelle vie, ils partent avec un avantage sur d’autres expatriés: ils n’ont pas de pression financière, car la location de biens immobiliers qu’ils possèdent en Suisse leur permet d’être sereins. «Tout ce qu’on a construit nous permet d’être là aujourd’hui», note Evelinda. Ils n’ont ressenti aucun doute depuis leur décision de partir pour réaliser leur rêve. «Peut-être qu’un jour on regrettera d’être venus ici et on pliera bagage. Mais je sais que si je ne l’avais pas fait, je l’aurais regretté toute ma vie!» conclut Grégoire.

Infographie

Proportion de Suisses de l’étranger par continent

Source: Office fédéral de la statistique OFS, Infographie: Caroline Koella

Près de 11% de la population suisse réside à l’étranger. La France est le premier pays choisi (près de 200 000). En Thaïlande, ils sont 8933 à s’être annoncés dans un consulat.


À la télé

Envies d’ailleurs

Retrouvez des portraits de Suisses partis vivre à l’étranger dans la saison 8 de l’émission «Bye bye la Suisse». Les vendredis à 20h10 sur RTS Un, jusqu’au 25 janvier


Check-list

Avant de quitter la Suisse

  • Les visas de résidence dans le nouveau pays
  • Trouver un logement
  • Inscrire les enfants dans une école francophone
  • Résilier ses contrats (bail, assurances ménage et maladie, etc.)
  • Prendre des assurances à l’étranger
  • S’informer sur les démarches auprès des impôts
  • Demander un permis de conduire international si besoin
  • Les formalités douanières pour partir avec son chat/chien...

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