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L'ÉDITION DES JEUNES
SCIENCES

Le cerveau en mode réseaux

A l’heure du tout Internet, quel impact ce nouveau mode de consommation de l’information a-t-il sur le cerveau des jeunes générations? Eclairage.

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Valentin Flauraud, Heiner H. Schmitt
18 novembre 2019

Marc Turiault, docteur en neurosciences, étudie l’influence des nouvelles technologies sur notre cerveau.

Au cours de nos réflexions sur le thème des nouveaux médias et du bien-vivre, nous sommes tombés d’accord sur une chose: le rôle du cerveau est loin d’être négligeable. Marc Turiault (44 ans), docteur en neurosciences, conférencier et formateur en neurosciences du leadership et de l’éducation en Suisse romande, est bien placé pour nous en parler. Rencontre.

Pourquoi cet intérêt pour le cerveau?

Titulaire d’un doctorat en neurosciences, j’ai mené pendant 15 ans des recherches sur la motivation, la mémoire, le stress et l’addiction aux drogues au sein d’un laboratoire. Après une brève période en tant que journaliste scientifique, j’ai fait la connaissance d’une personne qui travaille dans le domaine de la formation pour adultes. Cet homme m’a pour ainsi dire converti à la formation pour adultes, un domaine dans lequel j’exerce encore aujourd’hui. Ayant constaté qu’il se dit beaucoup de choses fausses sur le cerveau, je me suis donné pour mission de lutter contre la désinformation à ce sujet.

Les nouveaux médias tiennent une place importante dans l’apprentissage. La manière dont nous apprenons a-t-elle beaucoup évolué?

Oui, de mon point de vue. Mais tu es plus compétent que moi pour le dire (rires). Les jeunes d’aujourd’hui peuvent vérifier immédiatement l’exactitude des informations fournies, par exemple par un professeur. Nous n’avions pas cette possibilité à mon époque, le professeur avait toujours raison.

Toutes ces informations disponibles sur Internet, c’est dangereux non?

Oui et non. Prenons Wikipédia par exemple. Pour moi, Wikipédia est l’innovation la plus importante du XXIe siècle. J’y trouve des informations d’un haut niveau qualitatif que tout un chacun peut compléter. Une étude a même montré que Wikipédia offrait le même niveau d’exactitude des informations dans les thèmes très pointus que l’encyclopédie Britannica, pourtant reconnue comme l’une des meilleures sources d’informations au monde.

Est-ce que l’accès à tous ces médias a entraîné des modifications dans notre cerveau?

Oui, on peut en citer plusieurs. La plus grande, et aussi la plus négative, affecte notre faculté de concentration. Le simple fait d’avoir notre smartphone dans notre poche nous distrait, même si nous ne le consultons pas. Et quand un message arrive, c’est une catastrophe pour notre attention. La seconde conséquence importante, c’est que notre cerveau recherche de moins en moins dans sa mémoire, parce qu’on peut tout trouver sur Google, et qu’il le sait bien.

«Le cerveau recherche de moins en moins dans sa mémoire»

Marc Turiault, Genève, docteur en neurosciences

Les jeunes générations grandissent avec tous ces nouveaux médias. En combien de temps les premières modifications apparaissent-elles?

Tout d’abord, la quantité joue un rôle. C’est elle qui fait le poison. Des symptômes d’autisme ont été observés sur des enfants passant plus de huit heures par jour sur des tablettes ou des smartphones. Il a aussi été constaté que ces enfants «guérissent» vite dès qu’ils réduisent le temps passé sur les écrans et suivent une thérapie comportementale. Nous ne disposons pas encore d’études sur les personnes qui ont grandi avec ces outils, car la première génération n’a pas encore tout à fait atteint l’âge adulte.

Pour le cerveau, existe-t-il une différence entre un chat sur WhatsApp et une conversation entre deux personnes?

Des études ont montré que les interactions sociales en ligne entre des personnes qui ne se connaissent pas ont une influence positive sur l’espérance de vie. Pour assurer notre longévité, il est donc plus important d’avoir de bons contacts sociaux que de bien manger.

Du coup, si j’ai beaucoup d’amis sur Instagram, Snapchat, ça veut dire que j’ai une bonne vie sociale?

Je pense que cela a une influence positive en tout cas. Mais de nombreuses personnes cherchent à prouver le contraire.

Comment ça?

Elles ne sont pas satisfaites de la tournure que prend notre société. Par exemple, elles prétendent qu’il est affreux que les gens ne se parlent pas dans le bus. Pourtant, je n’ai pas le souvenir qu’ils le faisaient avant l’avènement des smartphones.

C’est le nombre d’heures passées en ligne qui fait le poison (dessin de l’apprentie Claudia Neves).

Vous animez vous-même des formations et des séminaires. Avez-vous modifié votre façon de transmettre les informations?

Grâce aux possibilités dont nous disposons aujourd’hui, mes cours sont bien plus interactifs.

Quelle est la meilleure façon d’apprendre?

Le pire pour l’apprentissage, c’est de tout retranscrire sur un clavier. En effet, c’est la technique qui permet le moins à notre cerveau de retenir les informations. Personnellement, je recommande les mind maps. L’inconvénient des flash cards par rapport aux mind maps, c’est que notre cerveau travaille beaucoup avec l’environnement dans lequel il se trouve et associe les différentes cartes à l’environnement. On peut ainsi connaître toutes ses flash cards de vocabulaire mais ne pas réussir à se souvenir d’un mot dans le cadre d’une discussion.

Conseils

  • Régulez le temps passé devant les écrans.
  • Ayez conscience que nous voyons les informations que nous voulons voir.
  • Les informations auxquelles nous avons accès sont souvent partiales alors qu’il existe toujours deux facettes à une même histoire.

David Lula, 18 ans

Apprenti gestionnaire du commerce de détail chez Interdiscount à Bienne