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Le ranger, ce médiateur

Sport, détente ou sensations fortes: toujours plus sollicités, nos milieux naturels sont sous pression. Ni gendarme, ni cerbère, Alain Tschanz (57 ans), ranger au Creux du Van, invite le public au respect des lieux. Rencontre sur le terrain.

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David Marchon
07 octobre 2019

Ancien forestier-bûcheron, Alain Tschanz est l'un des premiers rangers de Suisse romande. Au Creux du Van (NE), il parcourt presque chaque jour à pied et par tous les temps le territoire de la réserve naturelle pour aller à la rencontre des visiteurs.

Devant la ferme Robert, un panneau rappelle que la réserve naturelle du Creux du Van (NE) est la plus ancienne de Suisse. «Mais elle souffre d’une très forte affluence. Même par temps de chien, il y a du monde ici!», assure Alain Tschanz (57 ans), ranger au Creux du Van. L’ancien forestier-bûcheron est l’un des pionniers romands. Rattaché au service de la faune, des forêts et de la nature du canton de Neuchâtel, il a pris en 2015 ses nouvelles fonctions.

Intrigué par l’uniforme d’Alain Tschanz, un couple de randonneurs s’approche. «Vous venez ici pour la première fois?», demande le ranger. A l’aide d’une carte, il renseigne – en allemand s’il vous plaît - ces touristes grisons.

Marche depuis la métairie de la Grand Vy. Notre guide emporte tout son barda: casquette, sac à dos bien garni et jumelles. «Sans elles, je me sens tout nu.» Elles lui sont indispensables lorsqu’il part sillonner - presque quotidiennement - la réserve naturelle, tous les sens à l’affût. Alain Tschanz passe 90% de son temps de travail sur le terrain.

Soudain un vrombissement. Un drone? Fausse alerte, ce n’est qu’un bourdon. «La prolifération de drones non autorisés est un vrai problème», explique le ranger neuchâtelois. Dans ces cas, il est autorisé à verbaliser. «Peu habitués aux drones, les bouquetins s’effrayent, avec le risque de chuter dans le cirque», déplore-t-il.

Nous arrivons à l’emblématique amphithéâtre rocheux du Creux du Van, 160 mètres à la verticale. Un panorama à couper le souffle. Ce paysage unique de bois et flore arctique-alpine est peuplé de chamois, bouquetins, lynx et marmottes. Le site attire plus de 100000 excursionnistes par an, et sa gestion reste complexe et controversée.

Le ranger oriente des randonneurs venus des Grisons à l'aide d'une carte du site. Il s'agit de leur toute première visite.

Un trait d’union

«S’il faut des rangers, ce n’est pas par hasard», insiste Alain Tschanz. «Nous travaillons dans des zones de tensions.» Par là, ce passionné entend des zones «sensibles» où se percutent les intérêts divers – et divergents! – des multiples utilisateurs de la nature: randonneurs, campeurs, grimpeurs, chasseurs d’images, restaurateurs, agriculteurs, propriétaires, défenseurs de l’environnement ou même aviateurs.

Voici une cycliste venue depuis Le Soliat. Le tracé au bord du cirque n’est pas autorisé aux vélos. Patiemment, poliment, le ranger l’informe. A la fois diplomate, communicateur, surveillant, éducateur, bricoleur, guide ou médiateur, Alain Tschanz se voit comme un trait d’union entre l’homme et la nature. «Je ne suis pas là pour tout régler», affirme-t-il. Dans ce métier en effet, la devise n’est pas d’interdire, mais d’inviter.

«Nous travaillons dans des zones de tensions»

Alain Tschanz, Ranger

Pour aller au-devant du grand public, le ranger vit en décalage. Travaille pendant les vacances, les jours de congé et les week-ends. Monte à l’aube pour surprendre les campeurs illicites ou au crépuscule pour éteindre des feux défendus. Il a aussi à cœur de responsabiliser les visiteurs à ne pas abandonner de déchets. Grand connaisseur de la faune et la flore locales, il potasse revues scientifiques, guides mais aussi horaires de trains, pour être en mesure de répondre aux questions tous azimuts. Cependant, au bord de ces falaises où les drames ne sont malheureusement pas inconnus, le ranger n’est pas responsable de la sécurité des promeneurs.

La journée a été fraîche. Sur le chemin du retour, nous faisons une halte à l’abri. Bien des gens s’interrogent sur la mission du ranger, admet Alain Tschanz, philosophe. C’est pourquoi il va parler aux communes, groupes et associations, tel un pèlerin. Il espère bientôt visiter les écoles. Le message qu’il veut faire passer est pourtant simple. «En respectant la nature, nous nous respectons nous-mêmes, car nous sommes la nature.»

Alain Tschanz indique à une cycliste la bonne route à suivre.

Rangers en Suisse

Une communauté mondiale

Yogi l’ours voleur de pique-nique et le ranger Smith, vous connaissez? La notion de ranger nous vient des grands parcs nationaux américains. Mais la Suisse aussi a les siens! Depuis 2007, le Centre forestier de formation (CEFOR) de Lyss (BE) propose une formation bilingue (allemand ou français) en cours d’emploi. Au printemps dernier, 16 nouveaux rangers romands - dont 3 femmes - ont reçu leur diplôme. 

Même si en Suisse tout est un peu plus petit, nos rangers partagent les mêmes missions que leurs collègues américains ou africains. Réunis au sein de l’association Swiss Rangers, ils font aussi partie d’une grande communauté, l’International Ranger Federation.

www.swiss-rangers.ch

Ses missions

Que fait le ranger?

R enseigner

A ccueillir

N égocier 

G érer les conflits 

E duquer

R especter et faire respecter