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INTERVIEW
LIFESTYLE NATURE

Les couleurs de l'automne

En cette saison, il fait bon se promener dans les bois pour admirer les feuillages qui s’embrasent. Penchons-nous sur les raisons derrière ce phénomène éphémère, lors d’une balade à l’Arboretum du vallon de l’Aubonne, et essayons de reconnaître quelques arbres grâce à leurs feuilles.

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Valentin Flauraud
21 octobre 2019

De l'or au rouge vif, les feuilles prennent des teintes flamboyantes à l'Arboretum d'Aubonne (VD).

Les feuilles crissent sous les pas, et la forêt prend des teintes dorées et flamboyantes. L’ambiance est si particulière en cette saison: la brume et la rosée ajoutent encore à l’enchantement de redécouvrir la nature parée de couleurs. S’y balader est un plaisir qui réunit petits et grands, les joues rougies lors d’une après-midi dans ce tableau changeant et éphémère. Après avoir couru dans un tourbillon de feuilles, les enfants vous poseront peut-être cette question épineuse: mais pourquoi les arbres perdent-ils leurs feuilles en automne? Pour en savoir plus sur ce phénomène, nous retrouvons le directeur de l’Arboretum du vallon de l’Aubonne, Pascal Sigg.

Lors d’un tour parmi les essences du parc vaudois de près de 120 hectares, il nous en dit plus sur la coloration des feuilles et leur chute. «Qu’elles tombent, c’est une stratégie des arbres pour se protéger en hiver», explique le spécialiste, qui a une formation d’horticulteur et d’ingénieur agronome.

Erable rouge

Caduc ou persistant

Pour les arbres, ce n’est en effet pas évident de garder de grandes feuilles dans le froid et le manque de lumière de l’hiver. En plus, lorsqu’il neige ou qu’il gèle, ils crouleraient sous leur poids. Les arbres dits «caducs» préfèrent donc perdre leurs feuilles chaque automne, quitte à les reformer au printemps suivant. D’autres espèces, comme le buis et le houx, conservent en revanche leurs feuilles – elles sont «persistantes». Pour qu’elles ne s’abîment pas, elles sont protégées par une espèce de couche de cire. C’est aussi le cas des aiguilles des conifères – sapins, épicéas, pins – qui restent en place toute l’année. Il y a quelques exceptions parmi eux, dont le mélèze ou le métaséquoia. «Dans les Alpes, les forêts de mélèzes prennent des teintes jaunes magnifiques en automne», commente Pascal Sigg. Leur parure dorée tombe ensuite, formant un tapis d’aiguilles, tandis que le sapin, lui, garde sa robe verte.

Chêne pourpre (premier) et chêne pédonculé

Un camaïeu, du doré au pourpre

Nous marchons dans l’Arboretum, le regard en l’air pour admirer le changement de couleur dans les feuillages, mais nous observons aussi le sol pour constituer l’herbier sur ces pages, et tenter de se rappeler le nom des arbres de nos forêts. Ici, des essences provenant de divers coins du monde ont aussi été plantées, pour reconstituer par exemple une forêt américaine ou japonaise. Leurs érables prennent des teintes remarquables qui attirent les visiteurs. Au pied d’un érable rouge, nous trouvons à la fois des feuilles vertes, jaunes et rouges. Mais comment expliquer ce camaïeu du doré au pourpre et d’où viennent ces couleurs? Notre expert a la réponse.

«Des ronces insignifiantes prennent des tons magnifiques»

Pascal Sigg, de l’arboretum

Zoomons sur une feuille en automne. Des récepteurs vont indiquer à l’arbre quand c’est le moment de lâcher du lest. Celui-ci va alors rapatrier les réserves contenues dans les feuilles et les stocker dans le bois ou les racines, jusqu’au printemps. Sur le point d’attache de la feuille à la branche, une couche de liège va boucher le canal de sève. L’arbre arrête ainsi de l’alimenter.

«Des éléments comme le carbone et l’azote, qui composent la chlorophylle, vont cesser d’être renouvelés», indique notre expert. Comme c’est la chlorophylle, à l’origine de la photosynthèse, qui donne la couleur verte, on peut imaginer la suite. «La plante laisse dans la feuille deux types de pigments, les carotènes (qui rendent les feuilles jaunes à orange foncé) et les anthocyanes (rouge, violet, brun-rouge).» La couleur et l’intensité de chaque feuille s’expliquent donc par quels types de pigments sont présents. «Elles peuvent passer directement du vert au brun, et tomber, ou prendre un éventail de couleurs.»

Hêtre

La poésie est dans les détails

Ces changements ne sont pas uniformes. Chaque arbre va virer de couleur à son rythme, selon son espèce, son état, son emplacement, mais aussi l’altitude. Le froid arrive en effet plus vite en montagne et sonne le début de l’automne.

Notre regard recherche instinctivement l’arbre aux tons les plus vifs, le coin de forêt le plus coloré. Or il y a des détails plus discrets qui sont tout aussi admirables. Pascal Sigg nous encourage à ouvrir les yeux sur ce qui est presque invisible. «Certaines ronces, insignifiantes, qu’on ne remarque même pas le reste de l’année, prennent des tons rose-vert magnifiques en ce moment.» Il faut aussi penser à regarder... les fruits. Et pas seulement les marrons et châtaignes à nos pieds. «Les fruits des rosiers ont des couleurs et détails très jolis. Et regardez les formes étonnantes de ceux des magnolias!» Il y a de quoi s’émerveiller devant la richesse des détails à observer dans la nature. Au parc, en forêt ou au jardin, il suffit d’ouvrir les yeux!

Cornouiller sanguin


Balade guidée

De saison

L’Arboretum est ouvert au public (entrée: 10 fr. par adulte, gratuit pour les enfants). Visite guidée sur le thème des couleurs d’automne le 27 octobre.

Sorbier des oiseleurs


Activités en famille

L’identification des arbres peut devenir un jeu de devinettes, en observant les formes des feuilles, mais également les fruits tombés à terre. Constituer un herbier fera aussi un joli souvenir.

Pour s’amuser avec les enfants, on peut réaliser un herbier en ramassant des feuilles des arbres au fil d’une promenade. On colle ensuite ces feuilles sèches et colorées dans un cahier, en plaçant un bout de scotch. Essayez d’identifier ensemble chaque espèce à l’aide d’un livre ou de sites spécialisés, et notez son nom. Feuille composée, comme celle du sorbier des oiseleurs, feuille lobée (voir celles des chênes), feuille lisse ou crénelée... On apprend à distinguer leurs différences. Si les feuilles ne sont pas tout à fait sèches, on les place entre deux pages de journal sous un poids plusieurs jours, avant de les ajouter à l’herbier.

Cultiver sa curiosité

En se promenant en forêt en famille, une idée est de se lancer un quiz sur les arbres familiers que l’on croise – et même de vérifier leur identité durant la balade pour élargir ses connaissances. 

D’autres indices se trouvent sous nos pieds: les fruits tombés au sol – glands, faînes, samares (surnommés hélicoptères en langage courant), marrons, châtaignes. On peut même ramasser ces dernières pour les goûter plus tard. De quoi aiguiser son sens de l’observation et passer de bons moments ensemble en extérieur.