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Rétablir le lien avec la nature

Les craintes liées au changement climatique sont légion. L’écopsychologie propose un remède à nos peurs par le retour au monde vivant qui nous entoure.

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Darrin Vanselow
30 septembre 2019

L'experte Sarah Koller dans un geste de communion avec un arbre.

Crise environnementale, peur de l’avenir face à l’ombre menaçante du changement climatique: même chez les plus optimistes, l’ambiance n’est pas toujours à la rigolade. Pour endiguer cette inquiétude diffuse, l’écopsychologie (lire l’encadré), qui fait dialoguer écologie et psychologie, identifie les causes du problème avant de proposer une méthode, une thérapie.

«Le spectacle d’un habitat naturel qui dépérit, le phénomène du réchauffement climatique peuvent être anxiogènes. Certains éprouvent de la colère, de la tristesse, voire du désespoir devant les dégradations infligées à notre planète. Or, pour l’écopsychologie, la rupture du lien entre l’être humain et la nature est à la racine de la crise écologique, et le malaise que celle-ci entraîne est considéré comme sain et légitime», explique la Lausannoise Sarah Koller (33 ans).

L’époque charnière des Lumières

Cette chercheuse en écopsychologie, doctorante à l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne, poursuit: «Au fil des siècles, et encore plus depuis l’époque des Lumières au XVIIIe siècle, l’être humain a eu tendance à désacraliser la nature, à la considérer comme un stock de ressources, à se voir comme le centre de l’évolution. Or cet anthropocentrisme est, en grande partie, à la source de nos égarements environnementaux.»

L’écopsychologie, elle, conçoit l’être humain dans son appartenance profonde à la biosphère, si bien que le salut passe par une reconnexion, un rétablissement du lien perdu avec la nature: «Nous sommes des êtres naturels, notre origine jette ses racines dans la nature. Il est impossible de divorcer d’elle ou de vouloir la dominer. Et nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres», insiste Sarah Koller. Cette reconquête de la relation avec notre environnement immédiat s’apparente, pour l’écopsychologie, à une forme de thérapie, sans que ce terme ne soit attaché à la notion de folie ou de trouble psychiatrique. «En retravaillant notre lien avec la nature, on réalise mieux que nous en sommes dépendants, et cela amène à opter pour des modes de vie plus respectueux de la biosphère.»

Dans ce contexte, l’experte co-anime des ateliers pratiques et théoriques, baptisés «Travail qui relie». Durant ces stages – qui peuvent se tenir en forêt – les participants agissent sur leurs émotions pour reconstruire les ponts avec le vivant, ponts que la modernité occidentale a contribué à fissurer.

Ces exercices de reconnexion avec la nature visent trois objectifs: se relier à soi-même (accueillir sa tristesse ou sa colère face à la crise écologique pour réorienter son comportement et passer à l’action), se relier aux autres êtres humains (prendre conscience de l’interdépendance entre individus, au-delà des croyances et des cultures), se relier à la toile de la vie (intérioriser l’idée que les humains sont à la fois reliés entre eux et avec tout ce qui les entoure, arbres, végétaux, animaux).

Quatre objets symboliques

Parmi les principaux exercices pratiques de ces ateliers figure «Le mandala de nos vérités». Il s’agit d’un espace ouvert ritualisé. Les participants sont disposés en cercle. Au centre trônent quatre objets qui symbolisent une émotion: un bâton pour la colère, des feuilles mortes pour la tristesse, un bol vide pour l’impuissance, un caillou pour la peur. Chaque participant est invité à rejoindre le cœur du cercle pour exprimer ce qu’il ressent. «Le mandala de nos vérités» a pour principale vertu de donner libre cours et de valoriser les émotions. Celles-ci sont comprises comme sources de mouvements et d’action. «Derrière la colère brûle la passion pour la justice, ou derrière la tristesse l’amour pour ce qui nous est cher. Accueillir les émotions, et ne pas les nier, est crucial pour nous réorienter vers davantage de durabilité», analyse Sarah Koller.

L’universitaire indique que ces exercices changent le regard des participants, leur rappellent que l’être humain est un petit maillon dans l’histoire de la Terre. Elle ajoute que les stages motivent les participants à agir, à trouver le rôle qu’ils souhaitent jouer dans la société. Ceux-ci peuvent échafauder des projets à diverses échelles, comme créer un jardin communautaire ou un système d’échanges de biens et services dans leur immeuble. 

Il est possible de découvrir le Travail qui relie à Genève (Espace Plantaporrêts) le samedi 19 octobre de 9h30 à 17h.

www.ecopsychologie.ch

Née aux États-Unis

Le terme d’écopsychologie a été lancé en 1992 sous la plume de Theodore Roszak (1933–2011). L’écrivain et historien américain l’a formalisé dans l’ouvrage «The Voice of the Earth» (La Voix de la Terre). Comme son nom l’indique, l’écopsychologie met en relation écologie et psychologie. Elle étudie notre lien intime avec la Terre, la relation entre la psyché et la nature, des réalités que la psychologie occidentale classique aurait occultées. Dans la même veine, elle redéfinit la santé mentale en incluant le bien-être de la planète. L’écopsychologie a germé dans les années 1960 au sein de la contre-culture américaine, dans un contexte d’émergence des mouvements féministes, écologistes et pacifistes.

Une libération intérieure

Céline (34 ans) a participé à deux reprises aux ateliers d’écopsychologie «Travail qui relie». Cette jeune femme active dans la recherche en politique de santé à Fribourg a franchi le pas, poussée, d’une part par l’angoisse, voire la haine, que suscitait en elle l’état de la planète, d’autre part par la peur de la maternité. «Je me sentais apathique, déconnectée de la société. Je ne lisais plus les journaux, je ne parvenais plus à me projeter dans le futur», explique-t-elle. Face à ce malaise, les stages d’écopsychologie ont constitué à la fois une révélation et une forme de libération: «Les ateliers m’ont fait comprendre que j’avais le droit d’être touchée par le malheur du monde et que mes émotions négatives étaient légitimes. Ils m’ont permis de me reconnecter avec moi-même.»