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Bhoutan

Au pays du bonheur

Le Bhoutan est une contrée aussi grande que la Suisse. Niché dans les contreforts de l’Himalaya, il a commencé à s’ouvrir au monde il y a quelques années seulement, résistant ainsi au tourisme de masse. Le bonheur y est une quête nationale. 

11 novembre 2019

Pour une immersion totale dans les traditions bhoutanaises, assistez à l’un des festivals comme le Druk Wangyel Tshechu.

Pendant quelques instants, un homme masqué assis en tailleur et vêtu d’une jupe traditionnelle, semble flotter dans les airs, tel un bouddha, avant de retomber sur un tapis coloré. Deux ou trois minutes plus tard, il repousse le sol avec ses jambes et s’élève à nouveau. Cette séquence, exécutée sur fond de chants et de mélodies bouddhistes, se répète inlassablement. Le spectacle, qui dure près d’une heure, exige une force et une maîtrise corporelle incroyables. Rassemblées autour de la scène, les personnes venues spécialement pour l’occasion contemplent ce rituel avec sérieux et respect pour la performance du danseur.

Nima portant le traditionnel «gho».

Sous les sommets de l’Himalaya

Des représentations de «danse sautée» sont données chaque année le 13 décembre, à l’occasion du festival Druk Wangyel Tshechu. Il se déroule au col de Dochula, dans le décor époustouflant des sommets enneigés de l’Himalaya, à plus de 3000 mètres d’altitude. De nombreux autres spectacles de danses et de chants traditionnels sont également proposés par des Bhoutanais arborant des costumes et des masques colorés. Niché entre la Chine et l’Inde, le Bhoutan a toujours été un objet de convoitise pour les deux puissances voisines, et son indépendance, loin d’être une évidence. Cependant, le fier peuple bhoutanais a de tout temps su résister aux ardeurs de ses voisins. Le pays doit notamment son indépendance à sa situation géographique: à l’abri des hautes montagnes himalayennes, il est difficile d’accès, ce qui a toujours découragé les envahisseurs.

Durant le voyage, il arrive fréquemment qu’une famille invite les visiteurs à manger à la maison. Il n’y a pas de meilleure façon pour découvrir la culture locale. 

Ouverture au monde encore timide

Le Bhoutan est longtemps resté isolé du monde, et pas seulement sur le plan géographique. Le pays n’est ouvert au tourisme que depuis 1974, mais une taxe journalière, autrefois d’un montant de 200 dollars, a été fixée pour limiter l’afflux de visiteurs. Elle a permis de préserver le royaume des hordes de backpackers pendant des décennies. En 1994, la limite de 3000 touristes par an a été levée. En 2007, les visiteurs venus découvrir la «terre du Dragon tonnerre» étaient déjà au nombre de 20 000. L’augmentation du tourisme est notamment liée à l’amélioration des infrastructures. «Nous avons transformé les pistes constituant les liaisons principales en routes bitumées», explique le guide Nima Duptho (41 ans). «Avant, nous ne disposions que de quelques hébergements très rustiques, mais cela a bien changé.» Il poursuit en indiquant que la télévision officielle ne date que de 1999 et que les téléphones portables ont été introduits en 2004. Toutefois, si le téléphone est devenu un accessoire de la vie quotidienne, même dans les monastères (il n’est pas rare d’observer des moines en utiliser), les Bhoutanais n’apprécient pas toujours le progrès. Par exemple, un policier aux gants blancs régule jour et nuit le trafic au carrefour le plus fréquenté de la capitale. «Il y a quelques années encore se tenaient là les seuls feux de signalisation du pays, mais les habitants les jugeant trop impersonnels, la police a remis en place un agent», nous indique Nima.

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La tenue traditionnelle

Comme la plupart des gens que nous croisons, Nima porte une tenue traditionnelle. La robe masculine, nommée gho, ressemble un peu à un peignoir à manches larges. Elle peut être faite d’un tissu uni ou d’une étoffe à motifs allant jusqu’au sol. Les hommes l’enroulent, la plient et l’attachent de manière à obtenir une sorte de robe. Avec cette tunique, ils portent des chaussettes qui remontent jusqu’aux genoux. «Le gho est très pratique», confie Nima. «Au-dessus de la ceinture, les rabats forment deux larges poches permettant de ranger différentes choses.» Les hommes bhoutanais se servaient autrefois de ces poches pour transporter du tabac à chiquer et un poignard. «Pour les occasions spéciales, nous passons une écharpe colorée, le kabney, sur notre épaule et autour de notre buste. Sa couleur indique notre statut social, poursuit le guide. Une personne portant une écharpe rouge a été décorée par le roi, les citoyens lambda ont une écharpe blanche, tandis que l’écharpe safran est réservée aux moines supérieurs et au roi lui-même.» Les femmes arborent une kira, robe tombant aux chevilles enroulée à partir d’une longue bande de tissu. «Elles optent pour des tissus plus colorés, même dans la vie de tous les jours», précise Nima, qui est marié et papa d’un garçon de 7 ans.

Confectionner les tenues locales est un art qui exige du temps et beaucoup de patience.

 

A Thimphou, la capitale, comme ailleurs dans le pays, un policier règle le trafic. Il n’y pas de feux de signalisation au Bhoutan. 

Le bonheur national brut

Au Bhoutan, le bonheur est une affaire d’Etat, au moins depuis 1979. Un journaliste indien avait un jour interrogé Jigme Singye Wangchuck, le roi de l’époque, au sujet du produit national brut. Au journaliste perplexe, le roi avait répondu que dans son pays, le bonheur national brut était plus important. Depuis, la politique économique du pays vise un objectif avoué: le «General National Happiness» (GNH). «Nous avons déterminé que le bonheur de notre peuple repose sur quatre piliers», déclare Sangay Phurka, maître de conférences à l’Institut d’études nationales de Thimphou. «Ces piliers sont la préservation des valeurs culturelles, un ordre sociétal et économique juste, une gestion responsable de l’Etat et enfin la protection de l’environnement.» Celle-ci a connu un réel essor ces dernières années. «Nous avons inscrit très tôt dans notre constitution qu’au moins 60% de notre pays doit être recouvert de forêt», souligne l’homme de 51 ans, membre du parti d’opposition et ayant adhéré à ce principe. «Aujourd’hui, nous en sommes à 72%.» Le Bhoutan est donc l’un des rares pays au monde à avoir un bilan carbone négatif. Jusqu’à présent, le bonheur ordonné par l’Etat semble fonctionner, essentiellement parce que le gouvernement a considérablement amélioré les conditions de vie de ses citoyens, qui disposent d’un accès gratuit à l’éducation et au système de santé.

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Traditions et modernité

L’ouverture progressive du pays aux innovations occidentales telles que la télévision, les téléphones portables et Internet contribue également à l’amélioration de la qualité de vie. Tradition et modernité semblent désormais coexister. Les trois quarts de la population sont bouddhistes, et ce culte rythme toujours la vie quotidienne. Les Bhoutanais se rendent encore assidûment aux dzongs, ces magnifiques châteaux monastiques que l’on peut admirer un peu partout dans le pays. Les fêtes religieuses sont toujours très populaires et les monastères n’ont pas à se plaindre de la difficulté d’attirer les jeunes. Il ne reste qu’à espérer que les Bhoutanais seront capables de préserver cet équilibre entre tradition et modernité et que le pays saura conserver son authenticité.

Ce reportage a été réalisé grâce au soutien de Cotravel et Qatar Airways.

Punakha Dzong, aussi appelé «Palais du Bonheur», se trouve au confluent de la rivière Mo Chu et de la Pho Chu .

 


Infos utiles

Avant de partir au Bhoutan

  • Capitale: Thimphou (env. 100 000 habitants)
  • Décalage horaire: plus 5 h l’hiver, plus 4 h en été.
  • Population: env. 750 000 hab.
  • Langue: la langue officielle est le dzongkha, un dialecte tibéto-birman. Le népalais est répandu au sud du pays, et tout le monde parle anglais.
  • Devise: le ngultrum (BTN); 100 ngultrums correspondent à env. 1 fr. 40
  • Comment y aller: pas de vols directs depuis la Suisse. On y accède via Katmandou, New Delhi ou Bangkok.
  • Taxe de séjour: il est quasi impossible de voyager en individuel au Bhoutan. Seuls les touristes ayant réservé un voyage auprès d’une agence agréée peuvent s’y rendre. Pour ce faire, il faut s’acquitter d’une taxe de séjour pouvant aller jusqu’à 250 dollars par jour. A noter cependant que cette taxe comprend le guide, le transport, la nuitée et la pension complète.
  • Visa: obligatoire pour les citoyens suisses. Conseil: faire les démarches au moins un mois à l’avance.
  • Photos: les Bhoutanais sont amicaux, mais ils peuvent s’énerver lorsqu’ils sont assaillis de touristes avec leurs appareils photo ou smartphones.
  • Altitude: plus de 80% du territoire national est situé à plus de 2000 m d’altitude, certains cols culminent même à plus de 3000 ou 4000 m. Quelques jours d’acclimatation sont donc recommandés à l’arrivée.
  • Vêtements: prévoir des vêtements chauds tout au long de l’année. Un imperméable et un bon écran solaire sont également de rigueur.
  • Monastères: les visiteurs sont les bienvenus dans les monastères. Il faut retirer ses chaussures à l’entrée.
  • Conseils: emportez des chaussettes car le sol en pierre est froid. Portez une tenue couvrant les genoux et les épaules. Circulez dans les édifices religieux dans le sens des aiguilles d’une montre. Cela porterait chance.