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Grotte Hölloch: voyage au centre de la terre

Huitième plus grande du monde, deuxième en Europe et première en Suisse, la grotte Hölloch dans le Muotatal, près de Schwytz, se visite toute l’année. Avis aux aventuriers!

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Rainer Eder
28 mars 2019

La vallée bucolique du Muotatal, qui résonne comme une onomatopée, abrite une immense grotte nommée Hölloch. Il ne s’agit pas de n’importe quel souterrain, mais de l’une des plus grandes grottes du monde. Tels des tentacules infinis, ses couloirs explorés s’étendent sous la vallée et au-delà sur plus de 200 km. En hiver, il est possible d’y faire une randonnée sur plusieurs jours en passant la nuit dans des bivouacs bien aménagés. «C’est comme des refuges en montagne», explique Peter Draganits, le directeur de Trekking Team AG, propriétaire de la grotte depuis 1993.

Découverte en 1875 par Alois Ulrich, un paysan de la région, elle fut exploitée dès 1899 par Hans Julius Widmer qui y vit un potentiel touristique. Pour rendre la visite agréable, un système d’éclairage fut installé.

Mais le prix d’entrée élevé pour l’époque n’attira pas les foules espérées. De plus, le circuit électrique fut détruit par des crues, ce qui engendra des dépenses supplémentaires. Aujourd’hui, des crochets, où l’éclairage était suspendu, témoignent encore de cette période.

Une grotte suisse à visiter avec un guide

A la fin des années 1940, la section valaisanne de la Société suisse de spéléologie y entreprit plusieurs explorations. Ceci explique pourquoi nombre de galeries portent des noms en français. D’autres sociétés spécialisées se sont aussi intéressées à ce qui fut, jusqu’aux années 1970, la plus grande grotte du monde. Elle aurait rapetissé entre-temps? «Depuis, d’autres, comme au Mexique notamment, ont été découvertes, répond Peter Draganits. Mais nous pourrions remonter dans le classement car il est probable que la Hölloch ait un potentiel de 1000 km au total. Nous sommes encore en train de l’explorer.» Aujourd’hui, les visites se font uniquement sur réservation et sont accompagnées par des guides de Trekking Team.

A 63 ans, Peter Draganits rampe dans les couloirs étroits de la grotte. Il escalade ses parois glissantes et peut passer plusieurs jours sans voir le soleil. Ces couloirs sombres, «vivants», de plus de 200 km, sont devenus sa deuxième maison.

Spéléologie pour les nuls

Si vous vous attendez à une balade tranquille en tutoyant des stalactites et stalagmites éclairées par des «led lights», vous vous trompez de grotte. Par contre, si l’aventurier qui sommeille en vous souhaite tenter une première expérience de spéléologie, Hölloch est «the place to be».

Pour les personnes qui ne souhaitent pas faire d’efforts physiques, il est toutefois possible de se contenter d’une promenade dans la partie aménagée, de manger une raclette ou de prendre un apéro à la lumière des bougies dans une galerie près de l’entrée/sortie.

C’est un parcours d’environ 4 heures que j’ai choisi pour mon baptême dans les entrailles de la terre. Dans le vestiaire, je chausse mes bottes en caoutchouc, j’enfile une combinaison rouge, des gants et un casque avec une lampe frontale. Sous la combinaison, il faut prévoir des habits chauds et confortables car la température dans la grotte, constante toute l’année, ne dépasse pas les 6 degrés et l’humidité reste proche de 100%. «Les 6 degrés représentent la température moyenne annuelle dans la vallée», explique Peter Draganits, mon guide ce jour-là. La partie que nous traversons serait accessible au grand public, dès l’âge de 10 ans. Un jeu d’enfant m’étais-je dit naïvement avant de partir. Ça, c’était avant.

Notre journaliste Jasmina Slacanin vit s on baptême dans les entrailles de la terre, dans la grotte suisse d' Hölloch.

Créatures de la grotte Hölloch

La partie aménagée à l’entrée de la Hölloch sert d’échauffement à ce qui va suivre. Le guide m’explique la formation de ses couloirs creusés par l’eau au fil des millénaires. On passe dans la «Dolomiten Halle» (grotte des Dolomites), où des formations rocheuses rappellent les célèbres montagnes du Tyrol. Peter Draganits aperçoit en chemin des vers de terre, des résidents de cette grotte. Il y a plus de 50 espèces – des scorpions, des araignées, etc. – qui y ont élu domicile. Ces dernières possèdent des caractéristiques semblables. Sans yeux, «car ils ne leur serviraient à rien», sans pigment, elles vivent au ralenti dans ce lieu sombre, humide et froid.

"La grotte est vivante"

Peter Draganits

Après la partie aménagée, place à l’aventure. Descendre des pentes très raides en s’aidant de cordes, courir dans le noir sur du sable, puis escalader des rochers… La «balade» devient de plus en plus physique. La sensation de vertige que je ressens habituellement ne se manifeste pas ici, grâce à l’obscurité. Nous arrivons dans un siphon. C’est là que le danger peut se manifester en cas de pluies. Pour connaître l’état du sol, des capteurs ultrasensibles sont placés. Ainsi, avant chaque expédition, les guides les consultent pour s’assurer que le passage ne comporte aucun risque. Dans certains couloirs, un vent puissant s’invite. «La grotte est vivante, insiste Peter Draganits. Et l’air que l’on respire ici est de bonne qualité.»

Ramper dans les boyaux

A force de monter et descendre sur un sol dur et glissant, mes muscles sont mis à rude épreuve. Puis une série de couloirs étroits nous attendent. De longs passages ne peuvent se faire qu’à genoux, voire en rampant. A un endroit, je dois me mettre en position de pompes pour traverser un bassin rempli d’eau bien fraîche… Epuisée, je suis contente de faire une pause repas. Pour nous donner des forces, le guide prépare un bouillon.

La suite de l’aventure se déroule beaucoup sur les genoux… et sur les fesses. J’ai l’impression de glisser sur des toboggans géants. L’arrivée se fait dans une pièce éclairée à la flamme de bougies. Des sandwiches et du vin blanc nous accueillent. Je suis soulagée. Et fière d’avoir relevé un nouveau défi. J’imagine parfaitement la joie que les enfants peuvent ressentir durant cette petite expédition riche en émotions. «C’est mieux que Disneyland», sourit mon guide pour qui ce tour représente, en effet, un vrai jeu d’enfant.

 

Le guide, Peter Draganits, pour qui cette expédition sous terre ne représente pas de grande difficulté!

 

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