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Le royaume de la neige

La Suisse et la neige, c’est une longue histoire d’amour. Avec le réchauffement climatique, doit-on se préparer à lui faire nos adieux ou peut-on encore sauver les charmes blancs de l’hiver?

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Tobias R. Düring
09 décembre 2019

La neige fait partie de l'ADN de la Suisse et c'est un véritable aimant pour le tourisme hivernal!

Aucun flocon de neige ne ressemble à un autre. Chacun contient tant de molécules d’eau que le capitaine Haddock en perdrait son latin! «Quoi, meuglerait-il, cent mille milliards?» Et pourtant, c’est l’incroyable complexité de ces cristaux de glace. Après s’être formés dans les nuages, ils entament leur gracieuse descente vers la terre ferme à une vitesse de un à deux mètres par seconde pour enfin transformer de la plus belle des manières toutes sortes de reliefs (la pluie, elle, tombe à une vitesse de 2 à 8 m/s).

Même une pointure telle que Christoph Marty de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) succombe encore et toujours à la magie de la neige. «Avec elle, même les paysages les plus anodins deviennent merveilleux en peu de temps.» Depuis plus d’un siècle, la neige fait la renommée de notre pays et ce n’est pas Martin Nydegger, chef de Suisse Tourisme, qui dira le contraire. En effet, pour un tel professionnel, la neige demeure l’attrait premier de nos montagnes en hiver. «Toute la réussite de la saison repose sur elle et, de surcroît, sur la météo. Voilà pourquoi la neige est très importante pour le marketing hivernal. Nous misons donc sur les multiples possibilités de l’utiliser et d’en profiter!»

En 2018, le nombre de nuitées en montagne a été plus faible en hiver qu’en été (9,1 millions contre 10,9 millions). Toutefois, la valeur créée par les remontées mécaniques, les restaurants et les magasins de sport est plus importante pendant la saison froide. «Il n’en reste pas moins que le nombre de nuitées à l’hôtel a basculé en faveur de l’été au cours des cinq dernières années», constate Martin Nydegger.

Les records de neige tombée en novembre dernier n’y changeront rien: le réchauffement climatique est en cours. «En cinquante ans, le nombre de jours de neige sur le Plateau a diminué de moitié, martèle Christoph Marty. Désormais, il pleut plus qu’il ne neige. Et bien sûr, le changement climatique joue un rôle majeur à cet égard.»

En plaine, pelleter la neige deviendra une rareté à l'avenir.

La Suisse, un énorme réservoir d’eau

Conjointement avec MétéoSuisse, le SLF exploite plus de 100 stations d’observation qui, chaque jour, rendent compte de la hauteur de neige fraîche et de la quantité totale de neige. Pour la majorité, ces séries de mesures remontent à une cinquantaine d’années, voire à plus d’un siècle pour certaines. Ce sont des données primordiales pour l’évaluation du risque d’avalanches et leur prévision, mais aussi pour la recherche climatique. Rappelons que la neige constitue un stockage temporaire important des précipitations hivernales. L’eau de la fonte alimente ensuite les cours d’eau et les lacs, ce qui contribue aussi à la production électrique. Dans les grandes centrales alpines, elle représente 70 à 80% des besoins en eau. De plus, la neige fondue renouvelle les nappes phréatiques, essentielles à l’approvisionnement en eau potable et à l’agriculture.

Le changement climatique ne laisse donc présager rien de bon, sans parler de la situation dans les domaines skiables. Aujourd’hui, de plus en plus de stations de sports d’hiver misent déjà sur des remontées mécaniques indépendantes de l’enneigement comme les télécabines, ainsi que sur des installations d’enneigement artificiel. «Nous avons la chance d’avoir les domaines skiables les plus hauts des Alpes, souligne Martin Nydegger. La Suisse détient le record de l’altitude moyenne des stations de sports d’hiver en Europe. Vingt-neuf domaines skiables grimpent à plus de 2800 mètres d’altitude. C’est donc plus que dans tout autre pays alpin!»

Par rapport aux années 1970, la saison des sports d’hiver commence désormais douze jours plus tard. «En montagne, il y a presque autant de neige qu’avant en hiver, observe le patron de Suisse Tourisme. Par contre, en raison des températures printanières plus élevées, elle fond plus tôt et plus vite. La période de couverture neigeuse tend donc à diminuer!»

Dans les montagnes, il y aura encore de la neige dans 100 ans.

La faune et la flore doivent s’adapter

Les amateurs de sports d’hiver ne sont pas les seuls à être affectés par la disparition de la neige et l’augmentation des températures. Pour les alpinistes notamment, les précipitations extrêmes ou les chutes de pierres provoquées par le dégel du permafrost peuvent représenter un danger l’été. La flore et la faune souffrent également. «Les plantes et les animaux qui ont besoin d’une certaine quantité de neige pour se protéger l’hiver venu doivent s’adapter, explique Christoph Marty. Ils sont donc obligés de se déplacer vers des zones plus élevées, ce qui n’est pas toujours possible.»

L’être humain est quant à lui bien mieux loti. L’Homo touristicus aussi. Il n’y a pas assez de neige pour faire du ski ou du snowboard? Qu’à cela ne tienne, il peut toujours se retrancher sur les raquettes, la randonnée, les thermes ou le spa! Consciente du changement climatique qui s’amorce, Suisse Tourisme développe depuis des années des stratégies destinées à maintenir l’attractivité de la Suisse comme destination de vacances. Trois pistes sont tracées: la mise en place de mesures techniques dans les stations de ski comme les systèmes d’enneigement, la diversification de l’offre (randonnées pédestres ou à vélo) et la disparition des saisons en vue d’inciter les visiteurs à passer leurs vacances en montagne toute l’année.

La fin des Noëls blancs en plaine

La neige fait partie de l’ADN de notre pays. Or, les modèles climatiques prévoient un tel réchauffement que les Noëls blancs, du moins en plaine, ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir. Entre 1931 et 2018, Berne a connu 21 Noëls entièrement blancs (sur trois jours), six fois deux journées de Noël enneigées, et sept journées de Noël enneigées. Quant aux 53 autres Noëls, la neige était aux abonnés absents. A Davos (1560 m d’altitude) en revanche, où se trouve l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches, Noël n’a été vert qu’à deux reprises, en 2014 et en 2015, et partiellement blanc (deux journées de neige seulement) en 2016, les 85 autres années, la neige était toujours de la partie. La station d’Arosa, toujours dans les Grisons, est quant à elle un véritable paradis hivernal: dans la petite commune perchée à 1775 m d’altitude, on ne sait même pas ce qu’est un Noël vert, car depuis 88 ans, la neige n’a jamais manqué à l’appel. Mais, même à Arosa, ce n’est plus tout à fait ce que c’était, entre 2014 et 2016, seuls quelques centimètres de neige recouvraient le sol à Noël.

Il faut garder espoir

Une Suisse sans neige, Martin Nydegger ne peut pas se faire à cette idée. Et pas seulement parce qu’il adore passer ses vacances en famille à la montagne. «Sans neige, il manquerait quelque chose. Pour autant, notre pays serait toujours une destination aux paysages magnifiques, appréciée dans le monde entier pour ses nombreux sites naturels. Le scénario catastrophe de l’absence totale de neige est encore très loin – si tant est qu’il se produise un jour.» Et qu’en pense le spécialiste de la neige, Christoph Marty? «Il y aura encore de la neige en Suisse dans 100 ans, si ce n’est un peu moins souvent qu’aujourd’hui ou uniquement à haute altitude pendant les mois d’hiver.» Rassurez-vous, le conte de fées de l’hiver a encore de belles années devant lui. Mais simplement de manière un peu différente qu’auparavant… 

 


Records de neige


Hauteur de neige la plus élevée

En avril 1999, la hauteur de neige sur le Säntis (2502 m) en Suisse orientale a atteint 816 cm.

Plus importante quantité de neige fraîche tombée en un jour

Le 30 mars 2018, 130 cm de neige sont tombés au Grimsel Hospiz à 1980 m d’altitude, dans l’Oberland bernois.

Plus importante quantité de neige fraîche tombée en deux jours

Les 15 et 16 avril 1999, 215 cm de neige sont tombés au col de la Bernina (2307 m) en Engadine.

Plus importante quantité de neige fraîche tombée en trois jours

Entre le 13 et le 15 février 1990, la couverture neigeuse a augmenté de 229 cm au Weissfluhjoch (2690 m) dans les Grisons.
 


Top 10 des activités

Ce que les touristes préfèrent faire durant l’hiver en Suisse

1. Skier
2. Prendre les remontées mécaniques
3. Faire de la randonnée
4. Déguster la cuisine régionale
5. Aller à la piscine
6. Faire du shopping
7. Se baigner dans les thermes
8. Découvrir les sites naturels
9. Faire de la luge
10. Déguster la cuisine gastronomique

Source: Suisse Tourisme