X

Recherches fréquentes

TOURISME
SéJOUR LINGUISTIQUE

L'espagnol à Séville

Les séjours linguistiques attirent un public hétérogène. En plus des jeunes adultes, on y croise des trentenaires, quadras, retraités et même des familles. Une façon de voyager tout en apprenant une nouvelle langue, en totale immersion. Reportage.

PHOTO
Jasmina Slacanin | Getty Images
19 août 2019

«Holà, me llamo Jasmina, soy periodista suiza.» C’est lundi matin, premier jour de cours d’espagnol, niveau débutant, à l’école CLIC qui se trouve en plein centre historique de Séville. Les élèves se présentent. J’ai trois camarades de classe: Marielle, une étudiante hollandaise de 19 ans, Thanakor, un linguiste thaïlandais de 27 ans et Jeff, un avocat américain de 62 ans, retraité depuis peu. Notre profesor, Emilio, danseur de flamenco et fan de Madonna, nous apprend les bases de la langue de Cervantès. L’ambiance est studieuse mais détendue.

¡Qué calor!

La salle de classe est climatisée, heureusement. Car en été, le thermomètre flirte parfois avec les 50 degrés… Mes cours se terminent en début d’après-midi, à l’heure du dîner qui se prend ici vers 14-15 heures. Je déguste un salmorejo (soupe froide de tomates) bien frais avant de regagner mon studio, climatisé lui aussi, dans une jolie maison de style andalou en plein centre historique, pour faire mes devoirs et une sieste. Tout est calme dehors. Les rues sont vides. La chaleur silencieuse. Nombre de commerces ferment pour rouvrir en fin d’après-midi.

J’ai testé pour vous... un séjour linguistique. Ici avec mes camarades de classe, Marielle (à gauche), Jeff et Thanakor (à droite).  

J’ai rendez-vous à 19 heures près de la cathédrale pour une visite guidée de la ville, organisée gratuitement par l’école pour les nouveaux élèves. C’est une excellente occasion de se familiariser avec Séville et faire des rencontres. Comme mon niveau d’espagnol est au plus bas, je comprends un mot sur dix prononcé par notre guide, une personne très drôle apparemment puisqu’elle fait rire les élèves plus avancés.

Les Sévillans aiment plaisanter en disant qu’il y a autant de bars que d’habitants dans leur ville.

Me gusta la ciudad

Séville est un vrai bijou architectural. Un gigantesque musée coloré, à l’atmosphère décontractée et festive. Ici comme nulle part ailleurs se côtoient les architectures mauresque, gothique, renaissance ou baroque. Un patchwork esthétique qui permet de voyager à travers les époques en un clin d’œil. On peut voir ces successions de styles dans la cathédrale de Séville notamment, l’une des plus grandes du monde. Cette dernière fut érigée sur une mosquée du XIIe siècle avant de se muer en cathédrale durant les siècles suivants. Une montée dans la Giralda, un ancien minaret symbole d’architecture almohade, où l’on accède par des rampes – ici pas d’escaliers, ni d’ascenseur –, offre une vue imprenable sur la ville. Si je devais citer encore deux coups de cœur architecturaux ce serait la Plaza de España et le Palacio de la Condesa de Lebrija. Le premier permet de se balader entre des petits canaux (possibilité de louer une barque) et d’admirer les azulejos du splendide bâtiment en brique érigé pour l’Exposición Ibero­americana de 1929. Il n’est pas rare d’assister à un spectacle de flamenco qui résonne dans le couloir ombragé de la place. Le second est une maison-musée de la comtesse de Lebrija. Celle-ci acheta une ancienne demeure seigneuriale du XVIe siècle pour y installer sa collection de trouvailles archéologiques. Dans cette oasis de fraîcheur qui accueille aujourd’hui des expositions temporaires, le visiteur marche sur de somptueuses mosaïques romaines provenant de la ville voisine d’Itálica au milieu de colonnes de marbre et d’azulejos du XVIe siècle.

Beaucoup de Sévillanes et Sévillans rencontrés conseillent de visiter la Plaza de España en premier lieu. 

«L’idée c’est de prendre un ou deux tapas par bar»

Tomás Las Peñas, avocat

Una cerveza por favor

Les jours se suivent et se ressemblent. Le matin les cours d’espagnol, l’après-midi, les devoirs, suivis ou précédés de visites culturelles. Puis le soir, place à la fiesta pour mettre en pratique ses cours d’espagnol. A mon arrivée, adopter le rythme andalou était comparable à un jet-lag. Les Sévillans ne dorment jamais, me suis-je dit! «La sieste, c’est comme la sangria, c’est pour les touristes», m’explique Maria, une serveuse dans un bar de l’Alameda de Hercules, une place noire de monde à l’heure de l’apéro. Se coucher avant 1 heure du matin en semaine est mission impossible. Une tournée de tapas – qui auraient été inventés en Andalousie – reste une expérience unique fleurant bon la joie de vivre. Différentes sociétés organisent des tours à tapas. Mais rien ne vaut évidemment une expérience authentique avec un habitant de la ville.

Après le travail, la journée commence.

Les Sévillans sont décontractés et ont le contact facile à l’image de Tomás Las Peñas (33 ans), un avocat passionné de sport et de gastronomie. Depuis peu, il propose des tours dans les meilleurs bars à tapas sur Airbnb. Il emmène notre petit groupe de cinq personnes dans quelques lieux «secrets» en nous enseignant cet art vivant. «La règle est de commander un à deux tapas par lieu et de choisir la spécialité de l’établissement», introduit-il. Je commence par des chocos en su tinta (calamars dans leur encre) à la bodeguita Antonio Romero arrosés d’une manzanilla (vin andalou très aromatique) puis des escargots et une caille (un vrai délice) au bar populaire Casa Ruperto dans le quartier en vogue de Triana. Ici aucun touriste à l’horizon. Autant dire qu’il vaut mieux assurer en espagnol car il n’est pas facile de trouver des Sévillans, surtout d’un certain âge, parlant une deuxième langue. Une tortilla arrosée de salmorejo à La Antigua Abaceria toujours dans le quartier de Triana et pour finir la soirée en beauté, quelques pimientos de Padrón (piments de Padrón) dans le plus ancien restaurant de la ville. El Rinconcillo a vu le jour en 1670. Il est plein à craquer. Les habitants discutent accoudés au bar en dessous de jambons suspendus. Il est mardi soir, minuit passé. Mais qui a envie de dormir?

Tomás au El Rinconcillo.

¡Hasta la vista Sevilla!

Tous les jours, l’école propose des activités gratuites ou payantes aux étudiants, telles que des projections de film, spectacles de flamenco, visites guidées dans des musées ou encore des excursions afin de découvrir la région.

A la fin du séjour, la séparation est difficile autant avec les élèves qu’avec la ville. Des liens se créent dans ces petites classes d’espagnol. Les expériences semblent amplifiées sous le ciel andalou d’un bleu vif, sans aucun nuage.

A Séville, le flamenco est partout, dans les rues et sur scène.

Cours de langue

Apprendre et voyager

Depuis la Suisse
De nombreux prestataires en Suisse romande proposent des séjours linguistiques. J’ai réservé le mien via Boa Lingua, une agence suisse qui collabore avec des écoles du monde entier depuis déjà plus de 30 ans.

www.boalingua.ch

Guide de poche

Le guide Lonely Planet a publié un livre pratique pour ne manquer aucune miette de Séville. Au menu: suggestion de programme en fonction du nombre de jours sur place, bonnes adresses et plan de la ville. Disponible dans les plus grands points de vente Coop de Suisse romande. Prix: 15 fr. 60