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Voyage en Roumanie

Ecoles allemandes, investisseurs étrangers, tourisme en plein essor... L’histoire fascinante de la Transylvanie ne se résume pas à Dracula.

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Alamy, Shutterstock, Getty Images, DR
11 février 2019
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Roumanie

Héritage d’un passé mouvementé, nombreux sont les villages de Transylvanie à posséder une église fortifiée. Au XIIe siècle, le roi hongrois Géza, dont le territoire englobait cette région, eut l’idée de la faire protéger des raids récurrents par des colons venus de l’actuelle Allemagne. Paysans et ouvriers arrivèrent par milliers, attirés par les exemptions de taxes fiscales et douanières et par le matériel de construction que leur offrait le roi Géza. Ils cultivèrent la terre et construisirent des villages, dont chacun possédait une église fortifiée, avec des tours et une enceinte qui offraient un refuge contre les pilleurs venus de l’Est.

Les jeunes Roumains sont attachés aux traditions et sont souvent polyglottes.

Les Saxons de Transylvanie

Les fortifications, munies de mâchicoulis et de meurtrières, contenaient des vivres et un abri pour chaque famille. Elles se révélèrent étonnamment efficaces: bien que souvent assiégées, peu de ces églises fortifiées tombèrent en mains ennemies. Des quelque 300 églises fortifiées construites en Transylvanie, environ la moitié ont été conservées. Celle de Hărman, qu’il vaut la peine d’admirer au soleil couchant, propose une reconstitution sonore du dialecte des «Saxons de Transylvanie». C’est ainsi que les Hongrois nommaient leurs sujets germanophones. Un nom qui leur resta, bien que la plupart des immigrants ne soient pas venus de Saxe, mais de la région Moselle-Rhin. Leur dialecte, qui demeura inchangé durant des siècles, n’est guère compréhensible des germanophones d’aujourd’hui.

La plus belle église fortifiée de Roumanie se trouve à H ă rman.

En 1930, plus de 700000 habitants de Roumanie se réclamaient d’ascendance allemande. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 36000, en raison de la politique du dictateur communiste Nicolae Ceaușescu. Son régime, friand de devises étrangères, reçut en effet 5000 DM de prime de la République fédérale d’Allemagne pour chaque Roumain d’origine allemande émigré (principalement en RFA).

Dans l’église de Mediaș, notre guide Lutz Connert, aujourd’hui âgé de 70 ans, nous raconte qu’à 28 ans, il s’inscrivit sur une liste de candidats à l’émigration. Il ne reçut son autorisation d’émigrer qu’après versement par ses parents de pots-de-vin à un officier de la police secrète, la Securitate: «Des centaines de millions furent ainsi versés en plus, non pas à l’Etat, mais directement aux fonctionnaires.» Il immigra en 1972 à Düsseldorf, où il devint un architecte reconnu.

Le temps semble s'être arrêté à la campagne.

Après la révolution de 1989 qui mit fin à la dictature et coûta la vie aux Ceaușescu, les choses ne s’améliorèrent pas d’elles-mêmes. Selon Lutz Connert, de nombreux fonctionnaires corrompus de la Securitate conservèrent leur influence. Quant à lui, il revint à Mediaș à l’âge de la retraite. Fièrement, et dans un allemand parfait, il commente désormais les fresques et le retable de l’église de sa ville aux visiteurs germanophones.

Quelque 200000 germanophones quittèrent la Roumanie dans les années 1990. Pourtant, le courant contraire existe et les retraités ne sont pas les seuls à rentrer: les jeunes sont eux aussi attirés par la Roumanie. La ville de Sibiu en est un excellent exemple: lorsque l’actuel président roumain Klaus Iohannis y était maire, il ne s’est pas contenté d’en réhabiliter le magnifique centre historique, il a aussi apporté un grand essor économique à la région en y attirant des investisseurs étrangers.

La Roumanie plutôt que la Chine

Le Valaisan Peter Bayard fut l’un de ces investisseurs. Juriste de formation, il ouvrit en 1996 une fabrique d’appareils médicaux de transfusion à Timișoara, dans l’ouest de la Roumanie. Aujourd’hui âgé de 70 ans, il se souvient qu’«il en manquait dans le pays». Bien qu’au commencement, les paiements n’aient pas fonctionné aussi bien que les commandes, il put ensuite vendre son affaire à une grande entreprise médicale. Depuis lors, Peter Bayard conseille les entrepreneurs suisses désireux d’étendre leurs activités à la Roumanie.

L’investisseur évoque même des entreprises qui ont délocalisé des usines de Chine en Roumanie. «Il y a beaucoup d’ingénieurs bien formés ici.» Et puis la mentalité roumaine est plus proche de celle des Européens de l’Ouest que la mentalité chinoise.

Peter Bayard

Investisseur

«Il y a beaucoup d’ingénieurs bien formés ici»

Des écoles allemandes

L’essor économique roumain, beaucoup plus fort que celui de la Bulgarie, est dû entre autres aux immigrants allemands. Sans eux, il n’y aurait pas en Roumanie autant d’écoles allemandes, qui accueillent aujourd’hui aussi les enfants roumains. Et ceux-ci s’y rendent avec enthousiasme! La guide de voyage Alexandra Iancu (30 ans) de Brașov a par exemple suivi en allemand aussi bien les activités du jardin d’enfants que ses études secondaires. Puis elle a encore élargi ses perspectives professionnelles en étudiant l’anglais, qu’elle parle couramment. «Je n’envisage pas d’immigrer en Europe de l’Ouest pour travailler», affirme la jeune femme, pour qui les bons emplois ne manquent pas en Roumanie.

La situation est moins facile pour les habitants des campagnes. Les villages sont habités par de nombreuses personnes âgées qui travaillaient autrefois dans les coopératives agricoles à l’époque communiste et ne perçoivent aujourd’hui qu’une faible rente. Presque chaque famille y possède une maisonnette, un jardin où cultiver du raisin, des haricots et du chou, un petit champ de maïs et peut-être quelques poules. Beaucoup de familles sont ainsi autosuffisantes. D’autres gardent des troupeaux de moutons ou de vaches. Ce sont ces Roumains au faible niveau de formation qui émigrent au sein de l’Union européenne ou en Suisse pour y travailler dans l’agriculture, la construction ou les soins. Les Roumains bien formés ont de meilleures perspectives dans leur propre pays qu’en Europe de l’Ouest.

La mode des vampires

Le tourisme aussi a le vent en poupe en Roumanie, dont l’une des attractions phares n’est pas une église fortifiée, mais un château: celui de Bran. Situé en Transylvanie, il doit sa célébrité à l’écrivain Bram Stoker, qui en fit la pièce maîtresse de son roman «Dracula». Ce héros assoiffé de sang hante tous les coins et recoins de Bran. Les vampires sont à la mode et rien n’est trop kitsch pour le grand business qu’ils génèrent. Si le château est photogénique et impressionnant de loin, à mesure qu’on s’en approche, son aura de voluptueuse horreur fait place à une épouvante bon marché. Cependant, bien qu’avides de bonnes affaires, les Roumains pimentent souvent leurs attractions «draculiennes» d’un humour salvateur.

Cet article a été réalisé avec le soutien d’ITS Coop Travel. En Suisse romande, plusieurs agences de voyage proposent également des circuits en Transylvanie. Ne manquez pas aussi de visiter Bucarest, une capitale fascinante.

 

Une attraction touristique phare

Le dernier véritable train de bûcherons 

Dans le nord-ouest de la Roumanie, un antique chemin de fer à voie étroite crache sa vapeur depuis Vișeu de Sus en direction de l’Ukraine. Dernier exemplaire des 90 trains de bûcherons qui sillonnaient le pays, il sert toujours au transport de troncs d’arbres. Mais avec quelque 90000 visiteurs par an, il est aussi devenu une attraction touristique, entre autres grâce au Suisse Peter Bayard qui, fort de ses relations, a fait venir 15 wagons désaffectés du train de la Jungfrau. Toute la ville profite du train à vapeur. La plupart des touristes viennent encore de Roumanie, mais la fondation que préside Peter Bayard travaille avec 9000 agences de voyage.