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Un Noël à Bamako

Grâce à des recettes et des contes, la Vaudoise d’adoption Mireille Keïta Gilgien partage dans un livre un pan de la culture du Mali, le pays où elle a grandi, qu’elle s’apprête à rejoindre en famille pour les Fêtes. Découvrez ses mangues à la malienne et ses œufs surprise!

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Xavier Voirol
17 décembre 2018

Maël (11 ans) et Evan (7 ans) cuisinent volontiers avec leur maman.

La magie de la cuisine la fascine depuis l’enfance. En observant sa maman créer des mets extraordinaires – «elle nous faisait voyager avec pas grand-chose, des ingrédients de base» – Mireille Keïta Gilgien l’admirait un peu plus à chaque repas. Habitante du village vaudois de Baulmes, cette trentenaire a grandi à Bamako, la capitale du Mali, vaste pays d’Afrique de l’Ouest.

Elle a écrit Ma cuisine Malicieuse, paru récemment aux Ed. Mon Village, afin de partager sa culture: «La nourriture est précieuse, c’est important d’enseigner sa valeur aux tout-petits.» Riche en présen­tation d’aliments, comme le tubercule igname et le légume gombo, en recettes et en anecdotes, l’ouvrage comporte aussi des contes inédits, inspirés de son vécu. «J’ai été élevée avec ceux que mon papa nous contait chaque soir, à mes frères et sœurs et à moi», précise-t-elle, en se souvenant que leurs messages portaient leurs fruits.

Aujourd’hui mère de trois garçons, la Baulmérane reproduit ce schéma. Elle a imaginé «L’histoire de Mudu» suite au décès d’une amie proche, afin d’enseigner aux plus jeunes «qu’à un moment donné, il faut lâcher prise. Aimer, c’est aussi savoir dire adieu.»

Montre suisse, temps malien…

Avant de se mettre aux fourneaux pour vous, internautes, Mireille Keïta Gilgien, qui parle français – la langue officielle du Mali – et bambara, la plus parlée, nous sert le yamakoudji une boisson à base de gingembre râpé. Présenté dans une calebasse, un fruit séché qui sert de plat, il est accompagné de petits beignets ronds qu’elle a pris le temps d’élaborer avant notre arrivée, un dimanche de novembre. «Dans mon pays d’origine, on dit en rigolant que si les Suisses ont les montres, les Maliens ont le temps», sourit-elle, tout en racontant qu’à Bamako, on discute longuement lorsque l’on croise des connaissances. «On ne garde pas les choses au fond de soi. Ici, en Suisse, je ressens une plus grande pudeur, on parle de ses problèmes aux psys, pas à ses voisins.»

Mireille Keïta Gilgien montre une petite poupée telle qu'elle aimait en bricoler petite.

La jeune femme aux multiples talents est fascinée par la mode et crée des vêtements en trempant des étoffes dans de la teinture extraite de feuilles. Œuvrant à la découpe d’une mangue, elle se remémore sa rencontre avec son mari, le Vaudois Jean-Michel Gilgien, passionné de voyages. C’était en 2002, dans le cadre d’un festival de théâtre, à Bamako: un coup de foudre. Après maintes réflexions, le couple s’est installé en Suisse. Mireille a quitté physiquement le Mali, mais entreprend des projets afin d’y améliorer l’accès aux soins. Son association, farafina.ch, a permis la construction d’un dispensaire. Lorsqu’elle avait 9 ans, elle a assisté à un accident domestique qui a conduit au décès d’une fillette, n’ayant pas pu être soignée faute d’argent. Depuis, elle veut tout faire pour empêcher un tel drame.

La céréale de l’amour pour Noël

La générosité est à la base de tout, selon la Vaudoise d’adoption. Et cela passe par les repas. Chaque année à Noël, sa maman se levait à 4 h du matin afin d’apprêter le fonio, une céréale d’Afrique de l’Ouest. «Comme une chercheuse d’or, elle séparait les grains du sable. Elle réussissait à les cuisiner avec une sauce aux légumes et au poulet pour une soixantaine de personnes!» Chrétienne – la seule de son quartier dans un pays à 90% musulman – sa famille invitait pour l’occasion tous ses voisins à manger. «Un jour, je lui ai demandé pourquoi elle faisait tout ça. Elle m’a répondu que quand on aime quelqu’un, il ne s’agit pas de le lui dire, il s’agit de le lui montrer.»

Avec son mari et ses enfants, Mireille s’apprête à revivre cette manière de fêter Noël, chère à son cœur: la smala s’envolera cette fin de semaine pour Bamako. Une fondue aux tomates binationale, puisqu’elle sera servie avec des patates douces, promet de régaler les Maliens!


Mangues à la malienne

Apprêtées avec des épices, les mangues se présentent en subtile salade exotique.

Pour 4 personnes
Recette de Mireille Keïta Gilgien

Ingrédients

  • 2 mangues
  • 1 cs d’huile d’olive
  • 1 cs de poivre du moulin
  • 1 cs de paprika
  • 1 pincée de sel
  • 1 citron

Préparation

Eplucher les mangues et les couper en dés. Les mettre dans un saladier et y ajouter l’huile d’olive, le poivre, le paprika et le sel. Bien mélanger le tout. Pour une meilleure conservation, arroser les mangues avec le jus d’un citron.


Œufs surprise

Pour 6 personnes
Recette de Mireille Keïta Gilgien

Ingrédients

  • 6 œufs
  • 400 g de viande hachée
  • 1 cs de farine
  • sel et poivre
  • 1 gousse d’ail
  • 1 petit morceau de gingembre
  • 4 cs d’huile à frire
  • 5 gros oignons
  • 2 cs d’huile d’olive
  • 1 cs de curry doux
  • 1 cs de curcuma
  • 4 gousses d’ail
  • 1 bouquet de coriandre
  • sel et poivre
  • 500 g de tomates en boîte
  • 50 g de lait de coco
  • 1 cc de beurre

Préparation

Commencer par faire cuire les œufs pendant 8 min. Les laisser refroidir dans de l’eau froide puis enlever les coquilles. Mettre la viande dans un saladier et y ajouter la farine, le sel, le poivre, la gousse d’ail et le gingembre râpé. Bien mélanger le tout. Former des boulettes en mettant un œuf au centre. Faire chauffer l’huile dans une poêle. Y mettre les boulettes et les faire revenir pendant 2 min de chaque côté. Réserver.

Eplucher les oignons et les couper en lamelles. Mettre 1 cs d’huile d’olive dans une poêle, ajouter les oignons et les faire dorer. Réserver. Mettre 1 cs d’huile d’olive dans une casserole. Y ajouter le curry doux, le curcuma, l’ail et le gingembre écrasés, ainsi que les feuilles de coriandre. Poivrer. Bien brasser pendant 1 min, puis ajouter la boîte de tomates et le lait de coco. Saler à son goût et laisser cuire pendant 10 min. Réserver.

Etaler le beurre dans une cocotte à l’aide de papier ménage. Ajouter ensuite les boulettes surprise, les oignons et la sauce tomate au lait de coco.

Cuisson: bien fermer la cocotte et la mettre au four préchauffé à 180 °C pendant 1 h.

Accompagnement: de la purée de pommes de terre, du riz ou des bananes plantains.