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Vaud: fromagerie au féminin

Marianne Meylan est la première fromagère formée dans la fromagerie Hauser au Lieu dans la vallée de Joux. Entre fabrication de Gruyères et Vacherins Mont-d’Or, elle a la responsabilité chaque semaine de la production de plusieurs centaines de yogourts.

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Nicolas de Neve
07 mai 2018

Marianne Meylan fait un métier encore majoritairement masculin. Mais les choses évoluent.

 

Dans le village du Lieu – chef-lieu d’une des trois communes de la vallée de Joux  – les laiteries sont, avec l’horlogerie (Breguet, Blancpain et autres), des temples de savoir-faire et de précision. N’est-ce pas dans le coin que le génie local – commun aux deux côtés de la frontière franco-suisse – a élaboré cette merveille fondante, le Vacherin Mont- d’Or? Mais ce n’est pas ce dernier qui nous attire aujourd’hui dans la Vallée.

 

La star locale que l’on vient rencontrer, c’est Marianne Meylan, la première fromagère formée dans la fromagerie familiale Hauser, fondée en 1981. Le patron, Patrick Hauser, n’a pas hésité le jour où Marianne est venue lui demander de l’engager comme apprentie: «Je connaissais bien sa famille. Sa mère est agricultrice, son père pêcheur sur le lac de Joux. Elle sait ce que c’est que de bosser dur dans un univers plutôt masculin.»

Ses parents l’ont soutenue dans son choix. «Je disais toujours à ma mère que jamais je ne ferais un métier où il faut se lever tôt, lance la fromagère de 23 ans. Mais voilà. J’ai fait plusieurs stages. Et le seul qui m’ait plu, c’était ici. Je me rattrape en dormant jusqu’à 10 heures quand j’ai congé!» Elle aime le travail d’équipe. Mais pas avec d’autres filles: «Non merci! Il y a toujours un problème. Avec les hommes, c’est plus facile.»

Pour Patrick Hauser, avoir une femme dans l’équipe est un avantage: «Ce n’est pas une généralité, c’est mon expérience qui parle. Elles sont plus précises et soigneuses que les hommes. Pour certaines tâches, c’est important.»
 

Un métier qui se féminise

Comme tous les apprentis romands de sa filière, Marianne s’est rendue une fois par semaine pendant trois ans à l’institut agricole de Grangeneuve (FR) pour les cours. Des quatre filles qui ont débuté la formation avec elle en 2010, elle est la seule à l’avoir achevée. Trop dur? «Les hommes ont plus de facilité, c’est vrai. Mais je me débrouille bien», commente-t-elle en déplaçant une boille, remplie de yogourt, pesant 40 kg.

Selon Xavier Cudré-Mauroux, doyen de la filière, le nombre de jeunes femmes qui se lancent dans l’apprentissage de «technologue du lait» est en augmentation depuis dix ans. «Chaque année, il y a environ 20% d’apprenties. Dans les années 90, s’il y en avait une par volée, c’était exceptionnel. Sur les 45 jeunes qui termineront leur CFC cet été, dix sont des femmes.» La robotisation des fromageries artisanales participerait à cette féminisation: «Certains travaux, comme le brossage des meules qui atteignent 40 kg, ne sont plus faits à la main. Ça aide», illustre-t-il.

Après Marianne, une deuxième fromagère a été formée chez Hauser. Cet automne, une troisième apprentie va débuter. «C’est que je suis un gentil patron», plaisante le boss.

Le yogourt valorise le lait

L’ambiance dans la laiterie du Lieu est joyeuse. Tout le monde se tutoie. Un employé roumain fait des blagues à Marianne alors que nous nous affairons à la photographier. Chaque jour, tous débutent la journée à 5 heures. Les paysans viennent écouler leur lait dès 6 heures. Puis il faut fabriquer les fromages, beurres et yogourts jusqu’à midi. «Ensuite je dors tout l’après-midi!», explique la jeune fille, sourire toujours aux lèvres.

Chaque semaine, la laiterie traite 36 000 kg de lait, dont 500 kg sont transformés en yogourt. Plus qu’un débouché, c’est un moyen de satisfaire la clientèle et de valoriser le lait. «Comme il y a des contingents pour les fromages, explique Patrick Hauser, on devrait vendre le lait excédentaire à l’industrie qui le paye 40 centimes le kg. En le transformant nous-mêmes, le producteur de lait peut en toucher le double.»

Au bon lait de la Vallée

Cette tâche revient tout entière à Marianne. Non qu’elle ne soit capable de remuer les lourdes meules de Gruyère. Mais c’est un travail qui demande du soin. «Je peux le faire seule avec mon petit matériel. Ça me convient!», explique-t-elle. Chaque vendredi ou samedi, elle prépare son yogourt. Le lait est stérilisé à 93 °C, les cultures sont ajoutées et, une fois fermenté, le yogourt nature est coulé dans des boilles qui sont mises au frigo. Le lundi est dédié à la mise en pot. Après avoir mélangé l’arôme dans un bac, une machine remplit les pots, les scelle et imprime la date.

La recette est la même que depuis qu’elle a commencé. Si les arômes sont achetés tout prêts, ce qui donne le goût unique des yogourts régionaux, c’est le lait qui est livré par sept producteurs de la Vallée. Un plus évident.

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www.hauser-authentique.ch

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Ma région dans mon magasin

Yogourts artisanaux Hauser, cinq arômes, 1 fr. 10/180 g. Dans les Coop du Sentier, Vallorbe, Orbe, Montagny et Yverdon-les-Bains.