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SAVEURS
APÉRITIF

Eloge de l'amertume

Célèbre cocktail italien originaire de Florence, le Negroni existe depuis un siècle. On le prépare avec du Campari, du gin et du vermouth rouge.

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Giunti Editore/Negroni/Bentivoglio Family Archive, DR
15 juillet 2019

«Apéro»: voilà un mot qui a le don de susciter l’enthousiasme général! En Italie, l’apéritif correspond non seulement à une tradition, celle de retrouver des amis le soir autour d’un verre, mais désigne également la boisson en elle-même. Bien entendu, cette activité est d’autant plus appréciée à Milan, là où elle est apparue.

Dans la métropole du nord du pays, il n’est pas rare que l’on s’y adonne dès le midi. Si l’apéritif fait partie de l’art de vivre italien, il a aussi une raison d’être plus pragmatique: généralement amer, il a pour effet d’ouvrir l’appétit. Il constitue un moment incontournable, avant de passer au repas proprement dit.

Les 80 ingrédients du Campari

Si vous cherchez une boisson amère, vous ne pourrez pas passer à côté du Campari, que ce soit à Milan ou chez nous. Fondée il y a plus de 150 ans par Gaspare Campari (1828-1882), l’entreprise est célèbre pour sa liqueur à la couleur rouge vif. Elle contiendrait plus de 80 ingrédients, dont la quinine. Seul le chef du groupe Campari en détient la recette.

«Lo spiritello»: icône du groupe Campari, cette affiche publicitaire date de 1921.

Gaspare Campari ne faisait pas seulement commerce des liqueurs; il tenait également un bar. Là, on y servait un apéritif, l’Americano, composé de deux uniques ingrédients: du Campari et du vermouth. Selon les goûts, le barman ajoutait un peu d’eau minérale.

L’Americano a par la suite été revisité pour le plaisir du comte mondain florentin Camillo Negroni (1868-1934). Ennuyé de consommer toujours la même boisson, il a demandé au barman de corser l’apéritif. Ce dernier, qui s’appelait Fosco Scarselli, a alors remplacé l’eau par du gin.

Le comte Camillo Negroni (1868-1934) a donné son nom au cocktail qui a vu le jour grâce à lui.

Conquis, le comte aurait depuis lors réclamé cette boisson à chacune de ses visites. Curieux, les clients se sont mis à commander un «Americano à la façon du comte Negroni». La forme abrégée telle que nous la connaissons aujourd’hui, «Negroni», a été rapidement adoptée. La recette classique? Du Campari, du gin, du vermouth rouge et une tranche d’orange, le tout servi dans un verre rempli de glaçons. Quant au Negroni sbagliato, il mise sur du prosecco au lieu du gin.

Vingt ans de recherches

L’histoire se serait déroulée entre 1917 et 1920. Ayant mené des recherches sur ce cocktail, Luca Picchi y a consacré un ouvrage, intitulé «Negroni Cocktail – An Italian Legend». Ce barman florentin a commencé il y a vingt ans à mener des recherches dans sa ville pour découvrir les origines du breuvage.

Selon lui, «il est important de connaître l’histoire d’une boisson pour pouvoir l’apprécier pleinement». Une histoire qui l’a conduit à savourer l’aventure du voyage: expert mondialement reconnu, il parcourt le monde pour intervenir dans des ateliers. Il est également chef barman au célèbre Caffè Rivoire, à Florence. Le comte Negroni aurait sans doute apprécié d’y commander sa boisson préférée.