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L'été sur l'alpage

Pour les brebis du Sapalet, au Pays-d’Enhaut, les beaux jours sonnent le début de la vie sur les hauteurs, entre herbe tendre et traite. Reportage à Rossinière (canton de Vaud) auprès de l'exploitation Le Sapalet.

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Valentin Flauraud
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Tatiana Tissot
10 juin 2019

Trois cents brebis rongent leur frein dans un pré à Rossinière (VD) au Pays- d’Enhaut. Elles sont prêtes pour l’ascension qui les mènera à leurs pâturages d’été. Anne-Lise Faerber leur donne le signal du départ et les accompagne avec les chiens. Le troupeau suit sa bergère sur le chemin qui grimpe à travers la forêt. Et puis quelques fortes têtes décident de prendre le sentier qui descend, et bientôt le troupeau lancé au petit trot se scinde en deux. Joakim Henchoz se précipite à travers bois pour leur barrer la route et les renvoyer sur le droit chemin. A 30 ans, il est à la tête de l’exploitation Le Sapalet avec ses deux frères. Soit en tout près de 800 brebis et 45 chèvres.

«On ne les reconnaît pas toutes, mais on a nos brebis préférées»

Joakim Henchoz

 

Galerie photo 

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Une grimpée à pied avec le troupeau

Durant l’ascension d’une heure trente jusqu’à l’alpage du Cottard Dessus, Anne-Lise prend garde de maintenir un rythme modéré pour ne pas épuiser les brebis. A la dernière montée, plus raide, certaines tirent la langue, alors que d’autres s’élancent, pressées d’arriver. Elles s’éparpillent dans le pâturage et broutent l’herbe tendre pendant que l’employée agricole prépare la bergerie avec de la paille fraîche. Une partie dormira là, l’autre préférera rester à l’extérieur. Une fois au milieu du troupeau, on ne sent plus l’odeur des moutons – qui s’accrochera l’air de rien à nos habits.

Les bêtes du Sapalet passeront l’été sur différents alpages jusqu’en septembre, selon la météo. Deux fois par jour, les éleveurs y montent à l’heure de la traite. Celle- ci se fait de manière mécanisée, mais l’homme doit placer chaque brebis: l’opération prend environ une heure. Le lait est ensuite acheminé en véhicule jusqu’à la fromagerie, où il est transformé en fromage, yogourt ou crème double par Joakim et son équipe*.

A la fin de cette première traite sur les hauteurs, toute l’équipe se retrouve autour d’un en-cas dans le chalet. La fille de Joakim, bientôt 4 ans, l’accompagne depuis le matin et sa femme Mathilde le rejoint avec la benjamine, bientôt 2 ans. «J’ai grandi là-dedans et j’ai toujours su que je voulais reprendre l’exploitation de mon père,» raconte Joakim. Il voudrait donner le goût du métier à ses enfants. «Je mets beaucoup de temps, de boulot et d’amour dans l’exploitation, alors bien sûr j’espère qu’elles reprendront après moi.» Très à l’aise au milieu des moutons, les petites ont un faible pour les agneaux bien sûr.

Pause conviviale au chalet avec l'équipe du Sapalet.

 

Le lait de brebis, une idée originale pour des éleveurs du Pays d'Enhaut

Le père et l’oncle de Joakim, Michel et Jean-Robert Henchoz, se sont lancés dans l’élevage de brebis en 2001 sur une idée de ce dernier. Sa fille étant allergique au lait de vache, il a converti son élevage et importé des brebis de race Lacaune du sud de la France. Une direction surprenante au Pays-d’Enhaut, où la tradition bovine est très ancrée. «Mon père et mon oncle étaient des pionniers! Beaucoup de monde s’y est mis depuis», observe Joakim. Aujourd’hui, l’exploitation labellisée Bourgeon bio emploie 15 personnes et montre ses coulisses sur Instagram (@le_sapalet).

Pas bêtes les brebis, mais indépendantes

Le soir venu, autour d’un verre de vin blanc, de pâté d’agneau et de fromages artisanaux, l’éleveur évoque ses brebis. «On en a beaucoup alors on ne les reconnaît pas toutes, mais celles avec des taches sont nos préférées.» Une question sur l’intelligence de ces animaux le pique au vif. «Je n’aime pas cette idée reçue que les brebis sont bêtes. Elles sont très indépendantes et savent se débrouiller toutes seules. Elles sont craintives et gardent une distance de sécurité avec l’homme, qu’il faut leur laisser.»

A 21h30, son frère Valentin vient prendre de quoi se restaurer. Il est encore en train de vérifier les clôtures: pas question de perdre une brebis trop aventureuse! Celles-ci passent la nuit seules sur la montagne, avec un berger des Abruzzes comme gardien. Le gros chien, à l’air pataud, est redoutable pour repousser les attaques de lynx ou de loup.

Confort rustique et colocataires bruyantes

A 6h le lendemain, c’est Michel, le père, qui arrive en voiture pour la première traite. Même s’il a transmis l’exploitation à ses fils, il continue de les aider. Aujourd’hui, une route permet de rejoindre le chalet d’alpage, alors qu’avant, il raconte qu’avec sa famille, ils vivaient auprès des moutons l’été. Nous avons fait l’expérience de dormir dans le chalet au confort rustique. La porte de la pièce principale, la plus douillette car dotée d’une cheminée, donne directement sur la bergerie. On a parfois l’impression qu’une brebis gratte à la porte. Durant la nuit, on les entend bêler régulièrement. Un peu bruyantes comme colocataires, mais elles sont ici chez elles, et nous ne sommes que les invités...

*Plusieurs fromages du Sapalet sont disponibles dans les grands magasins Coop de Suisse romande et leurs yaourts artisanaux au magasin Fooby Bel-Air à Lausanne

Lait de brebis: riche en nutriments

Le point avec Susanne Stalder, nutritionniste pour Coop

Comparé au lait de vache, le lait de brebis est plus riche en protéines et en matières grasses (+40%). Il a également une teneur plus élevée en magnésium, en calcium et en cuivre, ainsi qu’en vitamines A, B2, B8 (biotine), B12 et C. Le lait de brebis et de vache ont une teneur en lactose quasi identique. Le fait que celui de brebis soit souvent considéré comme plus digeste pourrait s’expliquer par des globules gras plus petits et une dispersion plus homogène de la matière grasse, ce qui le rendrait plus facile à digérer. Mais il n’y a pas de consensus scientifique sur le sujet.


Infographie

Tout un éventail d’aliments peuvent être préparés à base de lait de brebis.


Carte d’identité de la brebis lacaune