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La folle ascension de l'Aperol Spritz

A Padoue, dans le nord de l’Italie, deux frères ont créé il y a 100 ans une liqueur amère orange, l’Aperol. Sous forme de cocktail, cet alcool s’est imposé en à peine quelques années sur le devant de la scène de l’apéritif. 

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28 octobre 2019

Spritz renvoie à la «giclée» d'eau gazeuse qui fait partie du cocktail.

A gauche au bout de la ruelle, puis la troisième à droite, le long de l’étroit passage entre les deux maisons, puis encore à droite à l’angle. Rendez-vous au Bacarando, l’un des nombreux bàcari, des petits établissements typiquement vénitiens, entre bar et restaurant. On y trouve encore les Vénitiens qui profitent de la vie loin de l’agitation du centre et partagent volontiers ces moments avec les quelques touristes qui se sont aventurés dans la profondeur des ruelles.

Cette atmosphère tranquille au premier abord donne bien du travail aux propriétaires Jacobo Tonetti et Federico Bastigo. Les deux quadragénaires proposent un large choix de cicchetti, des amuse-bouches traditionnels. A l’heure de l’apéritif, les nuances orangées sont reines: il n’y a quasiment pas une table où l’on ne boive pas d’Aperol Spritz. «Nous en servons plus de 500 par soir. C’est la boisson de toutes les occasions, qu’il s’agisse d’un mariage ou d’un enterrement», lance Jacobo Tonetti.

«Un cocktail raffiné et accessible»

Andrea Neri, responsable de la marque Aperol

L’Aperol, inspiré du mot «apéro», est pour ainsi dire né à Venise. Ou presque. Cette liqueur douce-amère a été inventée par les frères Luigi et Silvio Barbieri. La légende veut qu’il leur ait fallu sept ans pour en être satisfaits. Secret aujour­d’hui encore bien gardé, la recette se compose notamment de diverses herbes, et d’orange amère.

Le duo a présenté sa trouvaille en 1919, à la foire internationale de Padoue, qui se trouve à une petite quarantaine de kilomètres de Venise. Le succès a été immédiat: après les privations de la Première Guerre mondiale, cette liqueur est vite devenue populaire. Sur un marché dominé par les spiritueux au taux d’alcool élevé, les 11% de l’Aperol ont séduit de nouveaux consommateurs, en particulier les femmes et les sportifs.

Des cendres à la renaissance

Ce succès a connu une fin abrupte lorsque Padoue a subi de lourds bombardements pendant la Seconde Guerre mondiale et que la production des Barbieri a été réduite en cendres. En 1946, ils ont relancé l’affaire. La population de l’après-guerre était friande de nouveautés. L’Aperol Spritz, cocktail à base d’Aperol et de prosecco développé par des barmans vénitiens, correspondait à la nouvelle joie de vivre d’alors.

Pour Andrea Neri, du groupe Campari, auquel appartient Aperol depuis 2003, le succès de l’Aperol Spritz n’a rien d’étonnant: «Il est plus complexe et raffiné que la bière ou le vin mousseux, mais plus accessible qu’un cocktail classique.»

Success story économique

Son groupe, qui est l’un des plus grands dans le domaine des liqueurs, est parvenu à faire du classique vénitien une véritable icône, y compris en Suisse. En effet, depuis qu’il a repris la marque, les ventes ont été multipliées par huit. «Aujourd’hui, l’Aperol Spritz occupe la neuvième place des cocktails les plus vendus au monde», annonce fièrement Andrea Neri.

Le groupe Campari s’est donc fait un plaisir de fêter en grande pompe les 100 ans de l’Aperol. Il a, par exemple, proposé un concert gratuit cet été sur la place Saint-Marc à Venise, avec plus de 6000 spectateurs et des invités de marque du monde entier. Pour Andrea Neri, remercier la ville natale de l’Aperol Spritz était une évidence. Lui-même fait partie des nombreux amateurs: «Depuis que je l’ai découvert à Venise en 2005, je lui voue un véritable culte!»


Aperol et prosecco

La recette d’une boisson culte

Verser une part de prosecco puis une autre d’Aperol dans un verre contenant des glaçons. Y ajouter une giclée d’eau pétillante et décorer avec une rondelle d’orange. Le cocktail est ainsi homogène: il n’y a plus qu’a porter un toast!