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Recherches fréquentes

«Il faut intéresser la nouvelle génération aux vins suisses»

Le chercheur Jean-Laurent Spring nous parle des cépages de demain, résistants aux maladies de la vigne et donc compatibles avec une viticulture écologique. Ils voient le jour sur des domaines expérimentaux répartis entre les cantons de Vaud, du Valais et du Tessin.

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Valentin Flauraud
21 octobre 2019

Qui dit essais viticoles dit vendanges. Jean-Laurent Spring indique qu'elles se sont closes le 18 octobre, avec un bon rapport sucres-acidité du raisin.

Pourquoi créez-vous de nouveaux cépages?
Afin d’obtenir des variétés encore plus résistantes aux maladies de la vigne – tels le mildiou et l’oïdium – que celles qu’on a développées jusqu’à aujourd’hui. On observe un grand intérêt pour les cépages résistants de la part des viticulteurs-encaveurs et de leur clientèle.

Qu’est-ce qui l’explique?
La pression politique et environnementale ainsi que celle des consommateurs. Les produits utilisés pour traiter la vigne préoccupent beaucoup la population. Si l’on veut les réduire de manière significative, la seule alternative est de miser sur les variétés résistantes aux maladies.

Les traitements contre les maladies sont-ils vraiment nécessaires sur des cépages classiques?
Plus que cela, ils sont indispensables, que l’on travaille en production intégrée, en bio ou en biodynamie. Sans protection phytosanitaire, le vigneron perd tout simplement sa récolte. 80% des traitements servent à la lutte contre le mildiou et l’oïdium.

Le poids des arguments des variétés résistantes auprès des jeunes

 

Alors pourquoi les variétés résistantes ne représentent-elles qu’à peine 2% de la surface du vignoble suisse?
Parce qu’implanter une nouvelle variété sur le marché nécessite beaucoup d’efforts. Plus un cépage est ancien, plus il est valorisé. En Suisse, on a une forte attache au terroir et à ce qui est là depuis des siècles.

Les jours du chasselas, du merlot et du pinot noir sont-ils comptés?
Tout dépendra de l’évolution de la ­pression des politiques et des consommateurs sur les aspects environne­mentaux. Si tout à coup ça devient ­totalement politiquement incorrect de trouver la présence même infime de ­résidus phytosanitaires dans un vin, on peut s’imaginer que les nouvelles variétés seront favorisées. Mais je ne pense pas qu’elles vont remplacer les cépages classiques. Je ne le souhaite d’ailleurs pas, j’aime le chasselas et la petite ­arvine!

Comment procédez-vous pour donner naissance à une nouvelle variété?
Nous effectuons des croisements avec des variétés qui possèdent des gènes complémentaires de résistance. L’année suivante on sème les pépins et on fait une analyse génétique sur les centaines de petites plantules qu’on obtient pour voir celles qui ont hérité des gènes de résistance du père et de la mère.

Combien de temps cela nécessite?
Le tri et l’évaluation du potentiel œnologique prennent entre quinze et vingt ans. C’est long et coûteux, mais lorsqu’on trouve un cépage qui donne satisfaction, c’est très intéressant. Nous avons déjà mis sur le marché le cépage rouge divico et le blanc divona. Les prochains, trois ou dans le meilleur des cas quatre, arriveront en 2024 ou en 2025.

La qualité des nouveaux cépages est-elle comparable à celle des anciens?
Comparable oui, mais tous ont leur propre personnalité. Lors d’une dégustation à l’aveugle, une vingtaine de critères sont évalués pour les vins blancs et un peu plus pour les rouges. On ne peut pas se permettre de faux pas du point de vue qualitatif: il en va de la survie de la viticulture en Suisse.

Car la consommation de vin est en baisse, les stocks de l’année dernière peinent à être écoulés.
Oui. Il faut produire des vins qui intéressent une nouvelle génération, plus attirée par la bière que par le vin. Les arguments des variétés résistantes peuvent avoir du poids auprès des jeunes à mon avis.

Comment intégrez-vous le réchauffement climatique à vos recherches?
Nous sélectionnons des variétés plus tardives, dans une perspective de précocité croissante. Nous en aurons besoin dans un futur peut-être pas si éloigné que cela! La résistance aux maladies donne beaucoup plus de plasticité en vue de conditions climatiques changeantes. La virulence de la pourriture grise peut être extrêmement favorisée par des conditions chaudes et humides.

Des changements sont déjà en cours dans le vignoble…
Oui tout à fait. En Valais par exemple, les variétés les plus précoces de pinot noir migrent vers les zones élevées. Des cépages plus exigeants en chaleur lui succèdent comme, par exemple, la syrah, le cornalin, l’humagne rouge. Nous avons la chance en Suisse d’avoir cette large palette de variétés traditionnelles et autochtones. L’évolution se fait en douceur.

Bio express

Né à Genève, où il a grandi, Jean-Laurent Spring a suivi des études au Poly de Zurich. Après quelques années de travail en arboriculture, il œuvre en viticulture depuis 1993 à Pully (VD), pour Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agricole. Il vit à Nax (VS) et fêtera ses 59 ans ce dimanche 27 octobre.