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Chianti: plus d'un siècle de succès italo-suisse

La famille Triacca œuvre dans le vin depuis 1897 entre la Suisse, la Valteline et la Toscane. Elle est l’une des premières importatrices de chianti en bouteilles.

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Andrea Basci
16 décembre 2019

Sur les 40 hectares de vignes qu?elle possède en Valteline, la famille Triacca cultive principalement du nebbiolo.

La Valteline, en Italie du Nord, est le jardin des habitants de Poschiavo, dans les Grisons voisins. On s’y partage les terres depuis au moins cinq siècles. Giovanni Triacca est le descendant d’une famille suisse qui se consacre à la viticulture en Valteline depuis quatre générations. A la fin des années 1960, Gino Triacca, le père de Giovanni, a eu une intuition géniale: le vin toscan connaîtrait un succès phénoménal. A l’époque, l’œnologie toscane n’était pas encore auréolée de la réputation qu’on lui connaît et le vin était principalement vendu en vrac et en fiasque. Les Triacca ont été parmi les premiers à importer du chianti en bouteilles de 75 cl en Suisse, chez Coop.

Il y a 50 ans, Gino, son frère Rino et leur cousin Domenico ont acheté entre Sienne et Florence la ferme La Madonnina. La première fois que Gino a visité la propriété, il s’est écrié: «Où sont les vignes?» Comme de nombreux terrains dans le Chianti, la ferme qu’avaient choisie les natifs de Poschiavo, était occupée par des bois où se déroulaient les parties de chasse. Il fallut attendre 1975 pour fêter la première vendange.

Parallèlement à La Madonnina, la famille acquiert en Valteline le magnifique monastère La Gatta, ainsi que les vignes adjacentes. Gino ne laisse pas passer l’occasion et parvient à développer les deux caves parallèlement: la propriété toscane compte désormais plus de 300 hectares de bois et d’oliveraies et 100 hectares de surface plantée en vignes, contre 40 en Valteline. Giovanni et son frère Luca gèrent aujourd’hui l’activité vinicole familiale. L’aîné est responsable de la partie commerciale, le cadet de la production. «Nous sommes cons­cients de la responsabilité que nous endossons vis-à-vis de nos pré­décesseurs. Un long chemin a été accompli en plus de 120 ans», indique Giovanni Triacca.

La relève en question

Au moment d’aborder le sujet de la succession, son expression devient plus sérieuse. Ses enfants et ceux de son frère Luca, même s’ils sont encore jeunes pour exprimer un choix, ne montrent aucun intérêt pour le monde vinicole. Le natif des Grisons considère cela comme un changement social: «Nous avons grandi au sein de la cave, nous avions l’impression de faire partie de l’entreprise. Quand nous étions enfants, nous aidions à vendanger ou à mettre en bouteilles. On était payés 2 francs de l’heure et on était contents. Le week-end, nous allions en famille dans le vignoble pour pique-niquer. Notre vie était ramassée là.» Et d’observer que ce rapport étroit avec la campagne n’est plus d’actualité. Pour la nouvelle génération des Triacca, la cave familiale est un travail comme un autre. Dans l’espoir que leurs enfants finissent par se décider, Giovanni et Luca continuent à faire la navette entre la Suisse, la Valteline et la Toscane, en s’occupant personnellement des vignes, de la vinifi­cation et du commerce. «Pour moi, le moment le plus important de l’année est la mise en bouteilles. C’est là que se concentre le travail de plusieurs saisons. J’espère toujours que le consommateur l’apprécie autant que nous, qui sommes les premiers juges de notre vin», conclut Giovanni Triacca.