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Dame de Sion: une success story

Célèbre blanc de l’entreprise Les Fils de Charles Favre, la Dame de Sion a vu le jour il y a soixante ans. Au même moment, Jean-Yves Jacquemet entrait dans la maison. Il y travaille toujours!

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Olivier Maire
25 novembre 2019

Jean-Yves Jacquemet et Vincent Courtine trinquent aux 60 ans de la Dame de Sion.

Avec son étiquette culte, dessinée par le peintre valaisan Charles Menge (1920–2009), et son arôme au fruité et à la finesse reconnaissables entre mille, la Dame de Sion est l’emblème de l’entreprise Les Fils de Charles Favre. En vente chez Coop, le millésime 2018 a obtenu une médaille d’or au dernier Grand Prix du Vin Suisse.

La maison de Sion commercialise quelque 300000 bouteilles de ce fendant par an, dans les formats 35 cl, 70 cl et 150 cl, ce qui représente environ 15% de la production. «C’est un vin très ancré, auquel les amateurs restent fidèles. Certains collectionnent les contre- étiquettes, toujours dotées de phrases humoristiques», indique le directeur Vincent Courtine (39 ans). Ces dernières consistent actuellement en des définitions de mots valaisans choisis par les employés de la cave. A l’image de Beau pays, mais sec: «Se dit quand il est grand temps d’ouvrir une bouteille.»

Hanny Favre, la Dame de Sion

La femme représentée sur l’étiquette, en costume sédunois traditionnel de l’association «Sion d’autrefois», s’appelait Hanny Favre (1919–2006). Au décès de son mari René-Pierre Favre en 1960, elle avait repris la direction de l’entreprise, après avoir demandé aux employés s’ils acceptaient de rester. Tous lui avaient assuré leur soutien. «Madame Favre était respectée. Intransigeante, mais aussi très humaine, à l’image de la Maison», témoigne le collaborateur Jean-Yves Jacquemet (76 ans). Membre du comité de la prestigieuse Académie internationale du vin, cette mère de quatre enfants, originaire du Haut-Valais, avait reçu en 1989 la distinction de «Personnalité de l’année» par le monde viticole: «J’ai fait de mon mieux pour défendre la cause du vin», avait-elle alors déclaré, soulignant aussi l’aide de ses conseillers, de ses collaborateurs et de ses enfants. Auteur d’un hommage paru dans Le Nouvelliste à sa disparition, le fondateur de l’Institut international des droits de l’enfant Jean Zermatten, un proche de la famille Favre, écrivait: «Hanny s’illustra par l’idée géniale de la Dame de Sion, ce breuvage simple, clair, un brin pétillant, pour l’apéritif ou pour rincer les lendemains qui déchantent, allumer les feux des élections, entonner les hymnes tardifs des carnotzets…»

De l’amigne au fendant

Soixante ans après ses débuts en tant qu’apprenti de commerce, Jean-Yves Jacquemet œuvre toujours au sein des Fils de Charles Favre, à mi-temps, en tant que délégué commercial. Figure de l’entreprise qu’il aime tant, l’homme explique le succès de la Dame de Sion par sa plus petite contenance: «On a lancé les trois huitièmes dans les cafés, d’abord à 9 fr. 50 puis à 10 fr. Les gens ont apprécié: plutôt que de payer une tournée, chacun payait sa bouteille.»

Il se souvient qu’au départ la Dame de Sion était produite avec de l’amigne, un cépage rare: «Etant donné qu’on avait des difficultés pour s’approvisionner, on a arrêté de vinifier.» Mais les consommateurs en redemandaient… Alors le fendant a pris le relais. «Et c’est parti en flèche, sous l’impulsion de Jean-Pierre Favre», salue Jean-Yves Jacquemet. Ce dernier, l’un des fils de Hanny Favre, avait succédé à la tête de l’entreprise au début des années 1970, jusqu’à son décès en 2010. Il a marqué l’histoire de la maison: «Il avait un réseau incroyable. Des clients me parlent encore chaque semaine de lui», affirme Vincent Courtine. Caractère, engagement et humanité portent la cave valaisanne.