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Il était une fois la construction de Lavaux

On connaît davantage Lavaux par ses vignerons et ses vins que par ses châteaux et ses églises. Un livre présente le patrimoine architectural de cette région du canton de Vaud dont la protection reste d’actualité.

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Sébastien Closuit
04 novembre 2019

«S’étendant sur environ 30 km le long du versant orienté au sud des berges du lac Léman, du château de Chillon, juste au sud de Montreux, jusqu’aux faubourgs orientaux de Lausanne (…), les étroites terrasses, soutenues par des murs en pierre, couvrent le bas des pentes fortement inclinées entre les villages et le lac.» Ainsi apparaît Lavaux au patrimoine mondial de l’Unesco, où le célèbre vignoble en terrasses figure depuis 2007.Les premiers mouvements de protection datent des années 1970. Aujourd’hui encore, rien n’est arrêté: le plan d’affectation cantonal pour Lavaux, élaboré suite à l’acceptation par le peuple du contre-projet du Conseil d’Etat à l’initiative «Sauver Lavaux» en 2014, a été mis à l’enquête cet été.
A la mémoire de l’écologiste Franz Weber (1927-2019) et de son long combat au nom de ce paysage de carte postale, le livre Les bâtisseurs de Lavaux est sorti de presse en juillet. Historien de l’architecture, le Lausannois Bruno Corthésy a coécrit l’ouvrage. Interview.

Qu’est-ce qui caractérise Lavaux en termes d’architecture?
Il s’agit d’un paysage entièrement construit de la main de l’homme. Sa configuration et sa toponymie si particulières sont le résultat d’un travail qui a commencé au Moyen Age, avec la réalisation des terrasses.

Qu’y a-t-il de naturel dans cette région?
Rien du tout. Même la bordure entre Lavaux et le lac est artificielle, grâce notamment à la stabilisation du niveau des eaux.

Qui a construit les fameuses terrasses?
La légende historique veut que ce soient les moines. Ce n’est pas si simple. Au Moyen Age, l’évêque de Lausanne est devenu seigneur de ces terres. Il a fondé des monastères pour les mettre à profit. Les moines ont fait appel aux habitants pour les travaux. Mais, en raison des épidémies de peste et de l’exode rural, déjà, ils ont dû se rabattre sur des immigrants venus du sud des Alpes ou de la Savoie. Beaucoup de familles de Lavaux en sont les descendantes.

La vigne a toujours été de mise?
Il y en a toujours eu car depuis le Moyen Age, c’est la culture la plus rentable. Mais en regardant les cadastres anciens, on s’aperçoit qu’il y avait aussi des vergers, des céréales, des prés, des jardins potagers. Et dans les hauteurs des forêts et des fermes. Ce n’est qu’au cours du 19e  siècle que la vigne a exclusivement recouvert les surfaces.

La route et le chemin de fer sont arrivés, puis l’autoroute. Fait-elle aussi partie du patrimoine?
Oui, elle caractérise aussi Lavaux. Elle a été réalisée dans une phase de fascination pour la modernité, il fallait se développer. Les constructeurs ont été extrêmement attentifs à essayer de lui donner un design élégant. Les ingénieurs ont par exemple veillé à ce que la taille des piliers soit la plus mince possible afin de ne pas trop altérer le paysage.

Que vous évoque-t-il, ce fameux paysage?
A chaque fois que j’y viens, j’observe quelque chose d’extraordinaire, quelles que soient les variations de lumière. La configuration du lieu réserve toujours une surprise. 

Laissez-vous surprendre!

  • Le plus ancien hôtel de Lavaux? Celui du Signal de Chexbres, ouvert en 1864 et détruit en 2008.
  • Le plus grand domaine viticole d’un seul tenant dans Lavaux, le domaine des Faverges (15 hectares), appartient au canton de Fribourg, qui l’a hérité de l’abbaye d’Hauterive.
  • Le Corbusier a construit à Corseaux pour ses parents la Villa «Le Lac», au toit plat. C’était en 1923. Les autorités de l’époque y ont vu une architecture de «crime de lèse-nature». La maison est inscrite depuis 2016 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, avec 16 autres sites de Le Corbusier. On peut la visiter.
  • Les travaux de l’autoroute du Léman ont duré entre 1966 et 1973. Le maître d’œuvre s’appelait Jean-Emmanuel Dubochet – père de Jacques Dubochet, prix Nobel de chimie en 2017.
  • La commune de Saint-Saphorin a accordé la Bourgeoisie d’Honneur en 1972 à Jean Villard-Gilles (1895-1982), qui y a vécu depuis 1960. Son poème «Le miracle de Saint-Saphorin» est paru en 1975 dans «La Venoge et autres poèmes»

 

L'origine du carnotzet

Cet espace à l’abri des regards, réservé aux initiés, n’a pas été créé au cœur de Lavaux, ni dans une autre région viticole! Bruno Corthésy indique qu’il a été inventé à Yverdon-les-Bains en 1894 et s’est ensuite diffusé rapidement dans d’autres régions. «On a créé le carnotzet pour cultiver la nostalgie de la campagne», déclare-t-il. En Lavaux, on trouve plus de caveaux – ouverts au public pour la dégustation et la vente - que de carnotzets. Mais certaines maisons vigneronnes possèdent les deux.