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Le Docteur Wuilloud à l'honneur à Sierre

Ingénieur agronome au caractère bien trempé, Henry Wuilloud a marqué l’histoire de la viticulture du XXe siècle en Valais. Une exposition lui est consacrée au Musée du Vin, au centre du Valais.

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Louis Dasselborne
03 juin 2019

Vider un verre d’un trait? Une insulte à son vin. Ceux qui ont commis cet impair au domaine de Diolly, au-dessous de Savièse, s’en sont mordu les doigts. Henry Wuilloud (1884–1963), né à Sion, ne les a plus jamais invités. Titulaire d’un doctorat en sciences agricoles, cette figure de la viticulture et de l’agriculture en Valais, au caractère bien trempé, a enseigné à Ecône, Châteauneuf et Zurich. Il tenait à ce qu’on l’appelle docteur et était connu comme le «Docteur Wuilloud».

Le Musée du Vin de ce canton raconte sa vie et son travail foisonnant – il ne dormait que quatre heures par nuit – entre fonctions publiques et indépendance, grâce à un riche fonds d’archives, représentant 20 mètres de rayonnages. 

Ingénieur agronome, œnologue, ampélographe: la réputation d'Henry Wuilloud (1884-1963) dépasse les frontières de la Suisse.

Il a rédigé recettes et accords mets-vins.

 En 1957, l'homme co-fonde l'ordre de la Channe, confrérie bachique pour la promotion des vins valaisans.

Procès-verbaux enrichis de dessins

«Très curieux, grand voyageur, excellent vulgarisateur, cet érudit collectait énormément de données. Il lisait et écrivait beaucoup. Et dessinait aussi. Engagé dans de nombreux comités d’associations, il intégrait parfois en tant que secrétaire des dessins à ses procès-verbaux. Cela amusait ou non», sourit l’ethnologue Fabienne Défayes, commissaire de l’exposition «Les 1001 vies du Docteur Wuilloud». 

Pour mon compte, j’aime mieux mécontenter, froisser tout le monde, que de ne pas dire ma façon de penser, si crue et si dure qu’elle soit.»

Henry Wuilloud (1884–1963)

L’homme, qui s’est marié et n’a pas eu d’enfant, dessinait les étiquettes des vins de son domaine. Des nectars qu’il ne sucrait pas, ni ne filtrait. «Vin filtré, vin tué. Vin sucré, vin déshonoré», martelait ce passionné, hostile à la chimie. Pour les vendanges, le viticulteur demande un «congé militaire» en faveur de l’une de ses juments mobilisée durant la Deuxième Guerre mondiale.

L’ingénieur a procédé à de nombreux essais, tant en viticulture qu’en agriculture, allant jusqu’à planter du café à Diolly. Il passe pour un homme farfelu aux yeux de certains. «On peut l’aimer ou ne pas l’aimer, mais c’est un personnage», déclarait l’écrivaine Corinna Bille (1912-1979). Il effectue plus de 70 voyages en quarante ans, entre l’Europe et l’Afrique du Nord. En Egypte, où il est régulièrement mandaté, il amène vins et fromage, qu’il racle dans le décor des pyramides! 

Des échantillons de terre ramenés de séjours viticoles en France et en Italie.

Le Docteur Wuilloud s'est rendu à plusieurs reprises en Afrique du Nord.

 Fabienne Défayes, commissaire de l'exposition

Assemblage de… 36 cépages

L’ampélologue José Vouillamoz attribue plusieurs raisins cultivés en Valais au Docteur Wuilloud. Y figurent l’aligoté, le chardonnay, le chenin blanc, la syrah ainsi qu’indirectement le diolinoir, croisement entre le rouge de Diolly (robin noir) et le pinot noir. Amateur de bonne chère, Henry Wuilloud ne laisse rien au hasard. Auteur de recettes, il élabore également des accords mets-vins assurés, avec la fiche intitulée sans équivoque «Comment on doit boire les Vins de Diolly». Et associe ainsi l’aligoté, l’humagne et le fendant aux hors-d’œuvre (poissons, écrevisses, homards, huîtres, coquillages), le 36 Plants au potage. Vous avez bien lu, le scientifique qui a géré l’implantation et dirigé le domaine du Grand Brûlé à Leytron, propriété de l’Etat du Valais, a élaboré un vin avec 36 cépages, produit du mélange des meilleures variétés! 

«Les 1001 vies du Docteur Wuilloud», jusqu’au 30 novembre au Musée du Vin, rue Sainte-Catherine 6 à Sierre. Une visite guidée aura lieu le 7 septembre à 11 h.