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Un film sur les cépages rares

Plant robert, bondoletta, himbertscha, rèze… Ces vieux cépages sont choyés par des viticulteurs passionnés. Ils les présentent dans le nouveau documentaire de Florian Burion, tourné aux quatre coins de la Suisse.

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Bassam Jreidi
26 août 2019

En Lavaux, le réalisateur vaudois Florian Burion est parti sur les traces du plant robert.

Sur les hauts d’Aran, en Lavaux, Florian Burion déguste un vin rouge d’Henri et Vincent Chollet. Ce nectar a des arômes de poivre et de fruits noirs. Il s’agit d’un plant robert, un cépage ancien sauvé de la disparition dans cette région à la fin des années 1960.

Au domaine Mermetus, on valorise cette spécialité depuis près de quarante ans: «Le plant robert, qui réagit aux différents terroirs, vieillit de manière très intéressante. Il excelle avec de la cochonnaille, du gibier et certains fromages, à l’image d’un très vieil emmental», précise Vincent Chollet autour de la table.

Le réalisateur est ravi de retrouver la famille Chollet, un an après y avoir tourné les images de son documentaire Cépages rares, un patrimoine suisse. «On est venus à trois durant les vendanges, l’assistant réalisateur trilingue, un ingénieur du son et moi, afin de rester discrets», raconte-t-il.

Du Tessin au canton de Lucerne

Le film emmène d’abord le spectateur au Tessin, où le vigneron Stefano Haldemann, passionné par les raisins oubliés, discute avec Gertrud Burger de Pro Specie Rara. Tous deux collaborent au nom de la biodiversité. «Conserver les variétés anciennes, c’est aussi une manière de maintenir notre histoire en vie», observe Stefano Haldemann. En pleine vendange, à ses côtés, on découvre une partie de l’histoire du cépage rouge bondoletta, fille de la bondola et du completer, grâce au biologiste José Vouillamoz. «Il venait de terminer d’écrire un livre sur le sujet à ce moment-là et son éclairage de spécialiste a été précieux», nous révèle le réalisateur, diplômé de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne. Il nous emmène en images dans les Grisons, où renaît le completer: «Il a toutes les facettes qu’un vin blanc peut avoir», décrit le vigneron Martin Donatsch.

Un peu plus tard, dans le canton de Lucerne, Florian Burion filme le vignoble du village de Hitzkirch, où pousse le hitzkircher, un enfant du completer. Le cinéaste a fait plusieurs fois le tour de la Suisse avec son équipe durant les deux mois du tournage: «Parfois c’était un peu sport, on devait filmer à la fois à Zurich et dans les Grisons en un jour…»

A Viège, dans le Haut-Valais, il donne la parole à Josef-Marie Chanton, qui a sauvé le blanc himbertscha de la disparition. «On a la bouche qui reste sur un côté citronné, ce qui donne envie de reprendre une gorgée», dit José Vouillamoz lors d’une dégustation du millésime 1986. Car il ne suffit pas de sauvegarder une variété aux yeux d’un vigneron: «Ça ne sert à rien d’avoir un cépage qui est là rien que parce qu’il est ancien. Par contre quand il donne la preuve que c’est un bon vin, c’est génial», déclare Serge Heymoz de Sierre, en référence à la blanche rèze, originaire du Valais.

Le documentaire conclut qu’au vu de l’impact du changement climatique sur la vigne, les cépages ont plus que jamais leur mot à dire. 

«Cépages rares, un patrimoine suisse», de Florian Burion, disponible en DVD à partir de l'automne 2019