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Une ONU du vin se prépare à Genève

Quelque 600 délégués, œnologues ou scientifiques de 47 pays débattront de questions brûlantes, comme le réchauffement climatique, à Genève la semaine prochaine. Ce sera le 42e Congrès mondial de la vigne et du vin. Interview de la présidente du comité d’organisation, Simone de Montmollin.

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Patrick Gilliéron Lopreno
08 juillet 2019

L’œnologue Simone de Montmollin (50 ans) se réjouit que Genève accueille le Congrès mondial de la vigne et du vin.

Le Congrès mondial de la vigne et du vin évoque-t-il une session de l’ONU?
On peut en effet le comparer à une ONU du vin, où se discutent et s’harmonisent toutes les règles de production et de protection des consommateurs. L’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) est une organisation intergouvernementale, qui met en place un congrès chaque année. L’OIV compte 47 pays membres et représente 85% des surfaces de vignes à l’échelle mondiale, mais aussi 80% des consommateurs de la planète. Elle a son siège à Paris et collabore étroitement avec le Codex Alimentarius, émanation de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) qui a une antenne à Genève. Il est intéressant de noter que l’OIV regroupe à la fois les plus grands producteurs (Etats-Unis exceptés) et de nombreux autres pays qui ne font pas de vin, mais veulent faire entendre leur voix en tant que consommateurs, tels les pays nordiques. Ce congrès s’est tenu en Suisse pour la dernière fois en 1977.

Quels sont les enjeux et les thèmes abordés?
La conférence d’ouverture – accessible au public et gratuite pour la première fois – abordera le thème d’une production durable et des intrants (ndlr: produits utilisés dans le vignoble et lors de la vinification). Plus généralement, tout au long de la semaine, plus de 600 délégués, scientifiques et œnologues exposeront leurs recherches liées à la préservation des ressources et à l’innovation. Les thèmes abordés peuvent être classés selon les quatre commissions de l’OIV: viticulture, œnologie, économie et droit, santé et sécurité. Quelque 200 conférences sont prévues, ainsi que des interventions plus courtes. En fin de semaine, l’Assemblée générale de l’OIV validera un certain nombre de résolutions.

Quelle est l’image de nos vins à l’étranger? Comment se situe la Suisse en comparaison internationale?
Les vins suisses ont beaucoup de succès dans les concours internationaux. Ils sont de grande qualité, mais leur visibilité est limitée car ils sont peu présents sur les marchés étrangers, avec des exportations de l’ordre d’1%. Ce congrès est une formidable occasion pour faire connaître nos vins et promouvoir l’image de la Suisse. Les participants visiteront les six régions viticoles et assisteront à la Fête des Vignerons. Cela dit, il faut bien sûr rester modestes, le vignoble suisse représente 15  000 hectares, soit la moitié de celui de la Bourgogne. A l’échelle mondiale, on recense 7,4 millions d’hectares de vigne, la Chine occupant désormais le deuxième rang, derrière l’Espagne et devant la France…

Et en termes de recherche et d’innovation?
Petite en taille, la Suisse est très présente et appréciée dans les différentes commissions via ses experts. Rappelons que le pays a été pionnier en production intégrée dès les années 70, à une époque où on se souciait surtout de rendements; là-dessus, on a fait beaucoup d’efforts pour développer une approche basée sur la prévention et les alternatives aux intrants. Limiter les traitements, admettre un seuil acceptable pour certaines maladies, trouver un équilibre entre ce que la plante supporte et la récolte attendue, c’est une approche que beaucoup ont alors adoptée à l’exemple des Suisses. Notre recherche s’est aussi orientée sur la création de cépages résistants aux maladies, tels le gamaret et plus récemment le divico et le divona.

Les consommateurs sont extrêmement sensibles aux questions abordées lors du congrès: intrants, changement climatique, etc. Leur point de vue sera-t-il entendu?
Les craintes des consommateurs seront au centre de l’attention lors du congrès, notamment avec la conférence publique du 15 juillet et la contribution du sociologue Gérald Bronner. On parlera beaucoup des changements récents, mobilité, climat, systèmes de production et de vente durables. Autre référence mondiale, Vivian Zufferey, d’Agroscope, traitera également de l’impact du climat sur la physiologie de la vigne.